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Photo d'une personne exilée accueillie en France
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Accueil de l'étranger

Je suis passé par là, alors je sais…

Je m’appelle Georges, je suis syrien et je vis à Bordeaux. J’étais étudiant en anthropologie dans mon pays. Je suis arrivé en France, avec mon père âgé et malade, par les Couloirs humanitaires, en décembre 2022. J’ai transité par le Liban où nous sommes restés dix ans, ça n’a pas toujours été facile, la communauté libanaise n’est pas très accueillante avec les Syriens. J’ai occupé plusieurs emplois à Beyrouth, à la télévision, dans un bureau diplomatique, puis j’ai appris le métier de joaillier. J’ai organisé des réunions avec des personnes de différentes confessions religieuses pour apprendre à nous connaître et à accepter nos différences.

En France, j’ai été accueilli en Gironde, dans une maison très isolée, par un vieux monsieur qui vivait seul et avec lequel je parlais en anglais. Quand je prenais le car pour aller aux rendez-vous administratifs à Bordeaux, ce n’était pas facile. Je ne parlais pas la langue. J’étais très étonné par la liberté des gens, leur insouciance, leur gentillesse et leurs sourires, auxquels je n’étais pas habitué au Liban. Le monsieur qui nous accueillait est décédé, nous avons été hébergés par le 115 pendant deux mois avant d’avoir un appartement à Bordeaux grâce à la SLBB1 et au Diaconat de Bordeaux.

Pour les étrangers, c’est difficile de s’intégrer. Ils ne parlent pas la langue, ils ne comprennent pas la culture, les religions, les habitudes. Aujourd’hui, je suis bénévole dans plusieurs organisations pour accueillir les personnes réfugiées et faciliter leur intégration. Je suis passé par là alors je sais ce qu’elles ressentent et ce qu’elles ont besoin de connaître. Je traduis, j’accompagne, j’explique le fonctionnement, les usages, les trucs administratifs…

Pour vivre réellement sous la devise « Liberté, égalité, fraternité », il existe quatre langages humains que les réfugiés doivent maîtriser. Tout d’abord, il y a le langage du sourire qui vous rend beau, sans prononcer un mot ; quand la personne en face sourit, on se sent mieux. Il y a aussi le langage de la politesse et du savoir-vivre – compris par tous -, et le langage du respect qui informe sur notre origine et la nature de notre communauté. Enfin, la tolérance religieuse et culturelle est essentielle : elle est un langage universel et la seule « religion » adoptée par tous les êtres humains.

Pour vivre réellement sous la devise « Liberté, égalité, fraternité », il existe quatre langages humains que les réfugiés doivent maîtriser.

J’explique aux réfugiés que la première chose pour s’intégrer, c’est apprendre le français. Il y a les cours de l’OFII et plein d’applications gratuites. Il faut rencontrer des gens, établir des connexions.

La deuxième étape consiste à s’ouvrir à la culture française et à respecter ce qui peut nous paraître étrange, mais qui est normal en France, comme l’art, la musique, le rire, les loisirs. Je conseille aussi de fréquenter les bibliothèques publiques pour mieux découvrir la culture. Je connais une femme qui a décidé d’enlever son voile parce qu’elle sentait que cela dérangeait les gens et qu’elle n’était pas à l’aise. Elle fait aussi du vélo, ce qui n’est pas courant pour une femme dans son pays.

J’ai une bonne connaissance de l’islam et des religions monothéistes grâce à mes lectures et mes études. Elle m’aide à comprendre les arrière-plans religieux et culturels des réfugiés afin de faciliter leur intégration ici, à travers le dialogue. La laïcité est la base de l’intégration.

La troisième chose, c’est le travail. Si les réfugiés ne peuvent pas travailler, ils doivent essayer le bénévolat. Parce que le bénévolat et le travail, c’est la meilleure façon de s’intégrer. Je suis bénévole au Diaconat de Bordeaux, avec le SLBB, le Secours catholique, les Restos du cœur ; avec un collègue, je distribue aussi du thé et des sandwiches aux gens dans le besoin.

J’ai étudié le français à l’université de Bordeaux en 2025 pour pouvoir poursuivre mes recherches en anthropologie2. Depuis trois mois, je travaille à la SNCF, je prends en charge les voyageurs âgés ou handicapés. Je m’en occupe comme si c’étaient mes parents. Je ne suis pas en France pour prendre de l’argent. Je me sens à ma place.

Propos recueillis par Brigitte Martin


Un article tiré de Proteste 185 « Le rire c’est du sérieux ».

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