Chaque fin de vie est unique
Si la réalité de la mort est inéluctable, la date et les modalités de la cessation de la vie restent en suspens. Aucun de nous ne peut dire ce qui se passera à l’instant de son dernier souffle.
Cependant, on peut parfois être un témoin privilégié de ces derniers instants, en tant que membre de la famille, ami, soignant, bénévole. Le chemin à parcourir depuis l’annonce de la maladie est plus ou moins long. J’ai accompagné une malade qui a combattu longtemps et avec opiniâtreté son cancer . Un jour, elle a verbalisé que la fin était proche et elle est morte le lendemain, apaisée.
Auprès des personnes en fin de vie
Comme bénévole dans une maison médicale de soins palliatifs, quand j’entre dans une chambre, je me présente sans m’imposer. Je suis à l’écoute de la personne ; elle peut être dans le déni, la tristesse, la peur, les larmes, la colère ou la paix. Verbaliser ses ressentis, ses craintes, ses incertitudes, ses angoisses libère ; ils sont rarement exprimés aux proches, pour ne pas les inquiéter et pour les protéger.
Je me souviens de cet homme, la porte de sa chambre était ouverte. Il m’a proposé de m’asseoir et m’a parlé de sa vie, son enfance, sa scolarité dans une institution catholique, ses brillantes études de médecine, sa passion pour le chant grégorien, sa carrière comme généraliste, son amour pour les autres. Puis il a verbalisé ses regrets et l’incohérence de certains de ses choix. S’est ensuivi un échange profond ; oui, la parole libère. Il m’a remerciée pour cette rencontre improbable, un courant d’humanité magnifique était passé entre nous, il est mort deux jours après.
Certains préfèrent un départ solitaire. Il convient de respecter leurs aspirations personnelles.
Auprès des proches
Les familles et les proches sont aussi touchés par la mort d’un des leurs, auprès duquel ils se sont parfois impliqués à plein temps. Il faut entendre aussi leur souffrance, l’absence, le vide…
Ces expériences d’accompagnement nous renvoient à notre propre finitude. Comment serai-je face à la mort ? Quand ma devise est de « vivre quotidiennement l’aujourd’hui et maintenant », je ne suis pas sûre de pouvoir anticiper et gérer paisiblement ma propre fin, d’être cette « gentille malade » dont rêvent les bénévoles et les soignants !
Je fais miens ces quelques mots que j’ai notés lors d’un colloque sur la mort : « Contrairement à ce que notre société moderne véhicule, la mort n’est pas une anomalie, ni l’événement le plus terrible qui puisse arriver. La mort est au contraire la chose la plus naturelle du monde, inséparable de son autre polarité tout aussi naturelle qu’est la naissance ou la conception. »
Nicole Jacob, bénévole en soins palliatifs dans une maison médicale