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La Boussole

La Boussole V - 29

Suis-je un cas désespéré ?

Je voudrais qu’il disparaisse,
le jour où je suis né.

La Bible, Job, chapitre 3, verset 3
Lost is most,
Pim

Chemins de réflexion

Appelez les pompes funèbres

Récemment, une infirmière me sollicite pour aller voir une vieille dame qui n’a pas le moral.
Je me rends dans la chambre de l’aïeule et je l’écoute se lamenter. Elle me déclare : « Ce matin, je devais mourir. J’ai demandé aux infirmières d’appeler les pompes funèbres et elles n’ont pas voulu. » Cette déclaration ne me surprend pas car je connais le caractère de la personne, à la fois autoritaire et facétieuse. Je l’interroge. Comment sait-elle qu’elle doit mourir aujourd’hui ?
A-t-elle eu une révélation ? Est-elle est connectée en direct au Seigneur ?
Elle comprend l’ironie et me sourit, puis elle ajoute : « Enfin, monsieur l’aumônier, ce n’est pas une vie. J’ai quatre-vingt-quatorze ans, je ne marche plus, je ne sers plus à rien, vous ne croyez pas que j’en ai assez fait ? »
Je lui réponds que je ne suis pas Dieu pour connaître ce genre de limite, puis je lui demande
si elle a parlé à ses enfants de sa volonté de mourir. « Ils sont loin, me répond-elle, je ne les vois pas souvent. »
Je me dis que ce qui manque peut-être le plus à cette vieille dame, ce n’est pas d’être
capable de choisir de mourir, mais de pouvoir encore aimer.
On a prié ensemble et après, ça allait un peu mieux… jusqu’à la prochaine fois.
Fabrice Pichard, aumônier de la Fondation Arc-en-Ciel, Montbéliard (25)

Je me dis que ce qui manque peut-être le plus à cette vieille dame, ce n’est pas d’être capable de choisir de mourir, mais de pouvoir encore aimer.

Espère, tu as de la valeur !

Depuis dix ans, M. ne sort pas de sa cellule et ne veut rencontrer personne. Son crime le culpabilise. Il pense même salir les autres s’ils s’approchent de lui. Il se considère comme un « cas désespéré » et, à l’instar de Job, aurait préféré ne pas être né.
Quelle désespérance et quelle réalité peuvent nous traverser, à certains moments de notre existence, dans la douleur, la souffrance mais aussi, et c’est bien souvent le cas pour nombre d’entre nous, dans le regard porté sur nous-mêmes !
Les échecs de la vie ou, pire encore, le manque de réussites, la mise à l’écart, le rejet, les piques constantes lancées par de « bons » amis viennent entamer notre confiance.
S’installe alors cette petite musique du « suis-je un cas désespéré ? »
La bonne nouvelle réside dans le regard que Dieu porte sur moi et la parole qu’il glisse à mon oreille : « Oui, je tiens beaucoup à toi, tu es précieux à mes yeux et je t’aime. » (Ésaïe 43.4)
C’est ce même Dieu qu’a découvert Job après avoir pu formuler ses doutes et poser ses questions.
Alors définitivement, non, je ne suis pas un cas désespéré ! Toi non plus.
Espère, tu as de la valeur !
Philippe Aurouze, aumônier national protestant des prisons

Vers une version plus authentique de toi-même

« Ferrari dans un corps de 2 CV », comme j’aime me définir, j’ai appris que le désespoir n’est qu’une étape, pas une destination. Mon handicap aurait pu me condamner au désespoir, mais comme Jésus dit : « N’aie pas peur ! », j’ai découvert qu’il pouvait devenir ma plus grande force.
À travers mon parcours de thérapeute devenu conférencier, j’ai compris que nos fragilités sont paradoxalement nos plus grands atouts. Elles nous permettent de tisser des liens authentiques avec les autres, de développer une résilience insoupçonnée, et surtout de vivre pleinement notre foi. Quand on me demande si je suis un cas désespéré, je réponds par une autre question : « Qui ne l’a pas été un jour ? »
L’important n’est pas d’éviter les moments de doute, mais d’apprendre à les traverser avec la certitude que Dieu nous accompagne à chaque pas.
Mon spectacle Le Cul entre deux chaises est né de cette conviction : nos failles ne sont pas des fins en soi mais des portes vers de nouveaux possibles. Le véritable désespoir serait de croire que nous sommes condamnés à rester qui nous sommes alors que chaque limitation peut devenir, par la grâce de Dieu, un tremplin vers qui nous sommes appelés à être.
Non, tu n’es pas un cas désespéré. Tu es simplement en chemin vers une version plus authentique de toi-même, guidé par une foi qui déplace les montagnes.
Jean Baptiste Hibon, thérapeute, conférencier, diacre permanent

Mon Dieu,
Les épreuves de la vie, l’attitude des autres détruisent ma confiance.
Je me crois trop souvent un « cas désespéré ».
Tout comme Job, je désire changer mon regard sur moi-même.
Alors je te confie ce que je suis et souhaite ressentir tout ton amour
pour avancer rempli d’espérance.

Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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