SOUTENIR LA FEP
La Boussole

La Boussole VII-28

Citoyens du ciel et de la terre ?

Quant à nous, nous sommes citoyens des cieux, d’où nous attendons que vienne notre Sauveur, le Seigneur Jésus-Christ.

La Bible, Philippiens, chapitre 3, verset 20
En mer Égée,
Bernard Fontan

Chemins de réflexion

Jamais assignés à résidence

Bleu blanc rouge : défilés, bals et décorations… le 14 juillet, les Français sont en fête !
Il fait bon être ensemble avec nos parcours et nos identités diverses, et faire passer au second plan les débats qui nous divisent sur ce qui est, ou n’est pas, d’être français.
Mais que célébrons-nous ? Une histoire dont nous sommes fiers, un pays où beaucoup aimeraient bien vivre et la chance que nous avons d’y habiter, ou la joie de nous soumettre aux lois de ce pays (et de payer des impôts) ?
Être citoyen d’un pays, c’est jouir de droits et accomplir des devoirs. L’apôtre Paul, que la citoyenneté romaine a protégé, rappelle que cette part de notre identité ne résume jamais complètement ce que nous sommes. Quels que soient notre histoire, notre couleur de peau ou notre lieu de vie, notre premier droit est celui de vivre et nous n’avons rien eu à faire pour l’obtenir.
C’est gratuitement que Dieu donne la vie. Et notre identité est toujours ouverte vers un avenir meilleur dans la construction duquel s’engager. Nous sommes citoyens d’un monde à venir et d’une espérance à bâtir, jamais assignés à résidence dans les limites de notre humanité. Les mains dans le cambouis des défis d’aujourd’hui et la tête tournée vers l’horizon d’une promesse qui nous devance.
Anne Faisandier, pasteur EPUdF, Temple du Marais (75)

Mais que célébrons-nous ? Une histoire dont nous sommes fiers, un pays où beaucoup aimeraient bien vivre et la chance que nous avons d’y habiter, ou la joie de nous soumettre aux lois de ce pays (et de payer des impôts) ?

Un terreau fertile d’accueil, d’ouverture et de respect

Les drapeaux tricolores flottent partout dans le pays et le défilé du 14 juillet veut rappeler la grandeur de la France sur fond de prise de la Bastille. Pour peu qu’une troisième étoile s’ajoute sur un maillot, alors la ferveur nationale explosera. Fierté… et semblant d’identité retrouvée.
Dois-je exister dans la manifestation de la puissance, dans le désir de victoire, dans la quête de performance ? Les nationalismes créent plus de tensions, d’opposition et de conflits qu’ils ne suscitent de rapprochements, de fraternité ou de sororité. Notre citoyenneté est limitée à la possession d’un passeport qui réduit, enferme voire exclut.
La double citoyenneté, quand elle est possible, ouvre une voie à l’acceptation de la différence. Un pas de côté m’invite à me croire citoyen universel d’un monde où tous les humains seraient – réellement – égaux. Utopie !
Une autre citoyenneté s’offre dès lors à moi : celle du ciel. Mon identité repose désormais sur celle offerte par Dieu, à tous sans distinction. Elle m’élève tout en m’enracinant dans un terreau fertile d’accueil, d’ouverture et de respect. Mes valeurs changent laissant de côté le repli sur soi et l’autoprotection. En ces temps de fête, je veux regarder au-delà de la couleur de mon passeport et vivre pleinement ma double appartenance : je suis citoyen du ciel et de la terre.
Philippe Aurouze, pasteur, aumônier national protestant des prisons

Choisir la fraternité plutôt que l’entre-soi

Les paroles qui précèdent nous rappellent que notre identité ne se résume jamais à un passeport ni à un territoire. Si nous sommes citoyennes et citoyens du ciel et de la terre, les frontières ne peuvent être les limites de notre regard ni de notre engagement.
Cette conviction prend pour moi un visage très concret. J’accompagne des personnes et des familles qui ont fui la guerre, les persécutions ou les menaces liées à leurs engagements et trouvent refuge en France. Parmi elles, de nombreuses femmes ont dû quitter leur pays parce qu’elles défendaient les droits humains et œuvraient à construire la paix.
« Tout ce qui se passe dans le monde finit, tôt ou tard, par nous atteindre tous. » Ces mots de Tamara Aboalwan, accueillie en France après des années d’engagement en faveur des droits humains et de la protection des populations civiles en Syrie, rappellent que notre citoyenneté ne s’arrête pas aux frontières. Ce qui menace les libertés d’un côté du monde finit toujours par concerner l’ensemble de la communauté humaine.
À l’heure où les replis identitaires progressent, cette conviction nous invite à choisir la fraternité plutôt que l’entre-soi, la rencontre plutôt que le soupçon. Elle nous rappelle que défendre la dignité, la liberté, la paix et la démocratie ne consiste pas seulement à protéger des valeurs mais à reconnaître que nous en sommes, ensemble, les dépositaires et les artisans.
C’est peut-être là que se rejoint, très concrètement, notre double citoyenneté.
Claire Toutlemonde, cheffe de projets Couloirs humanitaires et Femmes exilées engagées à la FEP

Seigneur, que ton règne vienne,
Sois notre roi, ici et maintenant.
Nous voulons être citoyens de ton Royaume,
te servir dès aujourd’hui pour hâter le jour où il n’y aura plus ni ciel ni terre,
ni séparation entre les humains, ni avec toi.
Amen
Version à télécharger et imprimable

Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

Abonnez-vous pour recevoir la Boussole

Suivez-nous sur les réseaux sociaux