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La Boussole

La Boussole VII-27

Suis-je trop proche ?

Un Samaritain s’arrête pour prendre soin d’un homme qui a été agressé et gît au bord de la route. Avant lui, un prêtre et un lévite ont ignoré le blessé…

Il s’approche, il verse de l’huile et du vin sur ses blessures et il lui met des bandes de tissu.

La Bible, Évangile de Luc, chapitre 10, verset 34
Slow (détail),
Claire Biette

Chemins de réflexion

Cet homme, c’est moi !

Mais qui est donc cet homme, ce Samaritain, ce bénévole, capable de voir, de venir, de s’approcher-tout-près, d’être touché, puis de toucher à son tour (ce sont les verbes du texte) ? Cet homme, c’est moi ! Mais à certaines conditions… Chacun de ces verbes décrit une étape indispensable de la proximité.
Premièrement, il faut voir. Mais peut-on voir si l’on a les yeux fixés sur son nombril, scrutant le moindre de ses besoins, la moindre de ses peurs ? Celui ou celle qui veut devenir proche doit apprendre à marcher les yeux grands ouverts. Il faut ensuite se rendre proche. C’est le passage à l’acte. La distance se réduit. Une histoire dont on ne sait rien est sur le point de s’écrire. Pour s’approcher, il ne faut pas être curieux, il faut être touché, ému par l’histoire de l’autre au point de désirer, l’espace d’une rencontre, la faire sienne. Être touché, c’est devenir touchant. Les gestes du Samaritain qui verse, qui panse, qui porte, forment la chaine d’actes décisifs de la rencontre. Il ne se paye pas de mots : devenir proche, c’est agir.
Oui, cet homme c’est moi ! Quand je prends conscience qu’au fond, cet autre abandonné au bord de la route, c’est moi et que ma vie a du prix aux yeux de Dieu le tout-proche.
Pierre Lacoste, pasteur de l’Église libre de Bordeaux-Pessac

Pour s’approcher, il ne faut pas être curieux, il faut être touché, ému par l’histoire de l’autre au point de désirer, l’espace d’une rencontre, la faire sienne.

Aider n’est pas sauver

Cette question revient souvent lorsque j’accompagne une personne en difficulté. Elle en soulève une autre, tout aussi essentielle : jusqu’où puis-je aider ?
Je dois agir avec ce que je suis, mes qualités, mes compétences, mais aussi mes limites, ce qui suppose de bien me connaître, d’accepter de ne pouvoir ni tout porter ni tout résoudre.
Cet équilibre me permet d’avoir une bonne posture psychologique et émotionnelle. Car aider n’est pas sauver, mais accompagner avec justesse, respect et discernement. Apprendre à poser des limites est indispensable.
Savoir dire non, se mettre à distance ou laisser un autre prendre le relais ne devrait pas être source de culpabilité. Au contraire : reconnaître mes limites est signe de lucidité et de responsabilité. Là où je ne suis plus efficace, d’autres peuvent combler un besoin.
Lorsque j’accompagne quelqu’un, une proximité, nécessaire, se crée. Mon empathie et ma compassion me poussent à faire preuve d’authenticité et d’humanité. Sans cette proximité, l’aide serait mécanique, un enchaînement de gestes impersonnels car, dans mon soutien, j’offre une part de mon attention, de mon écoute et de mon cœur.
Jésus en est un exemple : c’est ému de compassion qu’il agissait. Mais il savait aussi se retirer pour se ressourcer, même quand le besoin autour de lui était immense.
Dorcas Moury, pasteure de l’Église protestante baptiste Le Pain de Vie à Épinay-sur-Seine (93)

Entre le trop près et le trop loin

Ce questionnement est présent de façon assez inconsciente chez les soignants du grand âge et la réflexion opposée qui prédomine, de façon plus perceptible chez certains, est davantage : « Comment se tenir à distance de l’autre ? ». En effet la difficulté à exercer le métier, son lot de souffrances, la violence verbale et physique de certains résidents atteints de pathologies neurodégénératives génèrent un instinct de protection, mettant à mal l’empathie et le désir de rapprochement.
Cependant, des mécanismes contraires d’attachement apparaissent également sous le poids des émotions partagées et de moments complices et là, la juste mesure entre le trop près et le trop loin est difficile à négocier. À y réfléchir, le résultat de cette juste distance est ce que l’on pourrait appeler le professionnalisme ; il préserve la bientraitance et le respect pour l’un et l’autre des protagonistes.
Au-delà de ces règles professionnelles, nous constatons régulièrement, chez certains soignants, un besoin d’échanges chaleureux avec la personne âgée. Une proximité s’installe progressivement, se nourrit à l’occasion des soins et des petites attentions du quotidien. Un climat de confiance réciproque se crée et la sensibilité de chacun éclot, donnant du sens et la reconnaissance tant attendue.
Car à quoi reconnait-on aussi un bon professionnel ? Sans conteste à son humanité….
Dominique Magro, cadre santé Maison de Santé Protestante de Nîmes (30)

Seigneur, merci parce que tu es celui qui, le premier, 
s’est fait proche de moi, en Jésus-Christ.
Apprends-moi à refléter ton cœur d’amour et de compassion dans mes relations.
Merci de m’avoir créé avec des compétences, des qualités, mais aussi des limites.
Je veux apprendre à m’accepter et à accepter mes limitations dans l’aide que je peux apporter.
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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