Jésus prêche dans la synagogue, à Nazareth où il a grandi. Après son intervention, tous deviennent furieux et tentent de le tuer.
La Bible, Évangile de Luc, chapitre 4, verset 24
Vraiment, je vous l’assure : aucun prophète n’est bien accueilli dans sa patrie.

Claire Tragel
Chemins de réflexion
Rétablir la vérité
Quand on lit la Bible, il apparaît que la condition de prophète n’est pas enviable, et rares sont ceux qui se précipitent sur la fonction ! L’extrait dont est issu cette phrase si connue – dont vous ignoriez peut-être l’origine biblique – ne fait pas exception à la règle : Jésus échappe de peu à la mort après sa première prise de parole publique dans la ville où il a grandi.
Il a pourtant parlé dans un lieu autorisé (la synagogue) et en citant les prophètes qui l’ont précédé, rien de nouveau. Il reprend leurs propos à son compte en affirmant : « Aujourd’hui, tout ceci est accompli ». Ces quelques mots suffisent à mettre en colère ceux qui l’écoutent. Sans doute parce qu’ils ne supportent pas l’image que leur renvoie Jésus de l’écart qui existe entre leurs paroles et leurs actes. Plutôt que de se demander comment ils pourraient changer, ils s’attaquent à celui qui parle. Un grand classique des lanceurs d’alerte encore de nos jours.
Parfois, une parole qui rétablit la vérité est pourtant nécessaire et, parce que l’enjeu défendu vaut plus que nos intérêts personnels, on trouve le courage de la porter et d’assumer les risques encourus.
Dans la Bible, c’est Dieu qui attire l’attention du prophète sur ce qu’il doit défendre, au nom de la vie et de l’amour plus forts que tout. Et nous, dans quel idéal pouvons-nous enraciner notre courage ?
Anne Faisandier, pasteur EPUdF, Temple du Marais (75)
Plutôt que de se demander comment ils pourraient changer, certains s’attaquent à celui qui parle. Un grand classique des lanceurs d’alerte encore de nos jours.
Ouvrir les yeux et poser un autre regard
Arrivée d’Allemagne, il y a plus de trente ans, comme « ministre associé » en France, je me sens aujourd’hui certes assimilé mais toujours un peu allemand, et donc étranger. Car une différence d’origine implique forcément un arrière-plan culturel et historique différent et parfois un regard décalé sur certaines réalités françaises.
Souvent, on vante la discipline au travail des habitants de mon pays, leur ponctualité ou encore, en politique, leur capacité de faire des compromis. Mais, en tant qu’Allemand, je me garderais bien de me prendre pour un prophète car une telle attitude serait vite considérée comme hautaine ou prétentieuse.
C’est plutôt comme chrétien que je me trouve parfois un peu en décalage. Ma référence est le royaume de Dieu : plus qu’un projet lointain, il est parfois une réalité cachée.
Il suffit que j’y prête attention et essaie de vivre les valeurs qu’il met en perspective. J’en fais d’ailleurs l’expérience tous les jours, dans le monde du handicap. J’essaie de poser un regard autre sur les êtres et les choses.
Et si être prophète consistait simplement à ouvrir les yeux et à devenir attentif, avec tous ses sens, à une réalité inaccessible et indéchiffrable pour d’autres ?
Christian Apel, pasteur-aumônier à la Fondation John Bost (95)
Rester fidèle à la mission confiée
Cette parole résonne dans mon engagement au sein de l’entraide et révèle une réalité profondément humaine : il est souvent plus difficile d’être reconnu par les siens que par ceux qui nous découvrent sans préjugés.
Pendant des années, j’ai reçu de nombreux témoignages de reconnaissance des personnes accompagnées, partenaires ou bénévoles. Présidente de l’association d’entraide AGAPE depuis peu, j’ai été très bien accueillie, avec mes origines et ma culture différentes. Pourtant, dans mon entourage proche, on me reproche de consacrer trop de temps aux autres. Ces remarques sont d’autant plus difficiles qu’elles viennent de ceux dont le regard compte le plus pour moi.
Ceux qui nous côtoient depuis toujours peuvent avoir du mal à percevoir les changements liés à l’appel qui nous anime. Ils nous voient tels que nous avons été, plus difficilement tels que nous devenons.
Être prophète dans son pays, c’est rester fidèle à la mission que Dieu nous confie, même quand nous sommes incompris. L’engagement chrétien ne cherche ni les applaudissements ni l’approbation. Il répond à un appel qui trouve sa force dans l’Évangile. Jésus a connu l’incompréhension des siens. Son exemple m’encourage à poursuivre mon service avec humilité et persévérance, confiante que Dieu accomplit son œuvre à travers nous, parfois loin des regards les plus familiers, mais jamais loin de son regard à lui.
Marie-Antoinette Badjeck Bissa, présidente AGAPE, Église protestante unie en Vallée de Chevreuse (91)
Mon Dieu, donne-moi le courage de voir avec tes yeux
et d’entendre tes interpellations ;
qu’en regardant ton Fils je reçoive l’énergie nécessaire
pour m’engager au service du bon, du bien et du beau,
même s’il m’en coûte ma tranquillité et parfois même ma sécurité.
Amen
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.