Marie se tenait près du tombeau, dehors, et pleurait. Tandis qu’elle pleurait, elle se baissa pour regarder dans le tombeau.
La Bible, Évangile de Jean, chapitre 20, verset 11

Sophie Jourdan
Chemins de réflexion
Marie-Madeleine pleure Jésus
Le destin de Marie-Madeleine est fascinant. L’Église catholique avait besoin d’une figure féminine plus accessible que celle de Marie, mère de Jésus, dont l’exemple semblait difficile à suivre. En tordant un peu les textes des Évangiles, le pape Grégoire le Grand fait de Marie-Madeleine, en 591, une figure féminine qu’il veut d’une extraordinaire proximité humaine.
Marie-Madeleine est une femme qui a connu le péché, la passion, les larmes et la conversion. Elle offre un itinéraire « ordinaire » auquel beaucoup de croyants peuvent s’identifier. Dans la piété médiévale, Marie est la reine du ciel et Marie-Madeleine devient la grande pénitente, celle qui montre qu’aucun péché n’est irréversible.On peut cependant se demander si les larmes de Marie-Madeleine évoquées dans l’expression « pleurer comme une madeleine » sont celles de la pénitente pardonnée ou celles de la disciple qui témoignera de la résurrection… L’image de la prostituée repentie ne repose sur aucun texte évangélique ; osons donc affirmer que les larmes de Madeleine sont celles d’une femme qui pleure Jésus qu’elle croit mort et qui est transformée par sa rencontre avec le Christ ressuscité.
Brice Deymié, pasteur de l’Église protestante française au Liban
L’image de la prostituée repentie ne repose sur aucun texte évangélique…
Dieu recueille nos larmes
Avec les trop fortes chaleurs du début d’été, de nombreuses personnes ont souffert et certaines sont décédées. Des temps de l’au revoir ont été proposés dans certains de nos établissements. Nous sommes présents auprès de ceux qui restent, nous écoutons la tristesse des personnes accueillies et du personnel. Parfois j’entends : « Je ne vais pas pleurer quand même, pas ici ! »
Et pourquoi pas ? Y a-t-il un lieu et un temps pour s’autoriser à pleurer ? Le code du travail, les règlements intérieurs nous indiqueraient-ils où et quand pleurer ?
« Il faut que ça sorte, pleurer, ça fait du bien » ai-je entendu. C’est vrai pour les autres, mais pas pour soi. Moi, il faut que je sois fort(e), je dois soutenir l’équipe, je ne peux pas flancher.
Est-ce que pleurer est un aveu de faiblesse ? L’expression de nos émotions nous rend-elle défaillants dans notre rôle et notre fonction ? Soutenir ceux qui sont affligés, rejoindre mon frère, ma sœur en humanité dans sa souffrance, c’est aussi m’autoriser à pleurer avec eux.
Celui ou celle qui souffre n’a que faire d’un vis-à-vis impassible, statufié, lisse comme une image de papier glacé.
Pourquoi la Bible présente-t-elle Dieu comme le Consolateur si ce n’est pour nous inviter à exprimer notre peine ? Il recueille chacune de nos larmes avec compassion. Alors oui, pleurons comme des madeleines !
Charles-Édouard Doublier, animateur de l‘accompagnement spirituel, Armée du Salut
Il m’est tombé dans les bras
Notre association d’entraide est engagée à la maison d’arrêt de Grasse, Nous proposons un logement pour les familles des détenus qui habitent loin et disposent de faibles revenus, afin que leurs visites au parloir se passent pour le mieux.Notre but est de garder le contact avec la famille, d’éviter les suicides en détention, de faciliter la réinsertion.
Un jour, le directeur du SPIP (service pénitentiaire d’insertion et de probation), que je connaissais et qui appréciait notre travail, m’a téléphoné pour me demander un service un peu particulier.
Il s’agissait d’héberger un homme sous-main de justice, séparé de sa femme et de ses deux enfants, qui travaillait mais n’avait que sa voiture pour hébergement. Le juge d’application de peines lui avait accordé la garde de ses enfants pendant les vacances de Noël et il cherchait désespérément un logement pour une dizaine de jours.
J’ai accepté. J’ai fait visiter le petit studio à ce monsieur, avec les trois couchages ; les services de la mairie avaient apporté un petit sapin décoré. Et, à ce moment-là, le monsieur m’est tombé dans les bras et s’est mis à pleurer, en me confiant que c’était pour lui le plus beau moment de sa vie parce qu’il pouvait enfin offrir quelques jours de vacances à ses enfants.
Jean-Marc Pellegrini, président de A.I.D.E.R, Association d’initiatives diaconales de l’Église réformée de Grasse (06)
Seigneur,
Tu connais les larmes que personne ne voit,
celles qui naissent de nos blessures, de nos regrets,
de nos deuils, de nos espérances déçues.
Tu n'as jamais méprisé les larmes.
Tu les as accueillies comme une prière silencieuse,
comme un langage que les mots ne savent pas dire.
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.