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La Boussole

La Boussole VII-33

Est-ce que chaque goutte compte ?

Les pauvres et les malheureux cherchent de l’eau, mais rien. La soif leur dessèche la langue.

La Bible, Ésaïe, chapitre 41, verset 17
Jusqu’au dernier croc,
Marièle Gissinger

Chemins de réflexion

Nos actions ont de l’influence

Je me souviens d’une scène saisissante du film Va, vis et deviens de Radu Mihaileanu : le héros, un enfant éthiopien qui a connu la soif, hurle de désespoir lorsqu’il prend sa première douche et voit toute l’eau s’échapper par la bonde. Cet enfant sait que la soif dessèche la langue, que privé d’eau, l’homme ne peut survivre que trois à cinq jours. Qu’une goutte est une goutte, et que chaque goutte compte.
Aujourd’hui, en France, le manque d’eau n’est pas une menace lointaine ou fictionnelle. Eh oui, nous ne sommes pas tout puissants : nous ne savons pas créer l’eau ; et toute l’eau douce finit salée, à la mer. Il nous faut réapprendre à craindre la soif, économiser nos ressources, préserver la planète. Face à ce défi immense, nos gestes quotidiens peuvent sembler dérisoires, et l’écologie politique peine à convaincre.
Pour ne pas désespérer, restons modestes : nous ne sommes pas là pour changer le monde, mais nos actions ont de l’influence ! En matière d’écologie comme dans notre engagement au service des plus vulnérables. Je repense à cette affiche contre l’abstention d’une campagne de sensibilisation : une goutte qui tombe à la surface d’un verre déjà plein a le pouvoir incroyable de le faire déborder.
Élisabeth Walbaum, déléguée à la réflexion et l’animation spirituelles à la FEP

Aujourd’hui, en France, le manque d’eau n’est pas une menace lointaine ou fictionnelle.

Saluons les bonnes volontés

Cet été encore, la France a eu soif – niveau des rivières au plus bas, sols craquelés, restrictions dans plusieurs départements – pour finalement être submergée par des pluies dévastatrices : le climat nous a rattrapés.
Et pourtant, j’observe aussi ce qui évolue dans le bon sens. Des voisins qui réduisent leur arrosage sans qu’on le leur demande, des douches plus courtes, des communes qui utilisent l’eau de pluie pour leurs espaces verts, qui réparent leur réseau de distribution, etc. Rien d’exceptionnel, mais une vraie prise de conscience qui avance à son rythme.
Chaque goutte compte-t-elle vraiment ? Une seule, sans doute peu. Mais une goutte ne reste jamais seule : elle rejoint d’autres gouttes, d’autres gestes jusqu’à peser, parfois, sur une décision politique.
L’eau ne se fabrique pas. Il existe un cycle de l’eau ; sa quantité sur terre reste la même. Nous n’y pouvons rien changer. L’eau nous est confiée, comme un bien commun à partager plutôt qu’à posséder. La regarder ainsi change déjà quelque chose en nous, suscite l’envie de bien faire.
Encourageons ce qui se met en place. Saluons les bonnes volontés. Croyons en ce que chaque geste prépare, même si nous n’en voyons pas immédiatement les effets. L’espérance, elle aussi, se cultive goutte après goutte.
Philippe Aurouze, pasteur, aumônier national protestant des prisons

Chaque goutte compte

Chaque goutte compte. Cet été, dans la Montagne Noire, j’ai un jour ouvert le robinet : rien n’est sorti. La source alimentant le hameau où je résidais était tarie, pour la première fois. Expérimenter l’absence d’eau m’a fait me rendre compte que ce simple geste, ouvrir le robinet et boire, n’allait pas de soi. L’eau peut se boire, abreuver faunes et flores sauvages, mais aussi irriguer le champ voisin, faire tourner la turbine de l’usine hydroélectrique… ou refroidir les data centers qui nous permettent d’utiliser ChatGPT ! À quoi allons-nous l’utiliser ? Pour l’essentiel, ou pour l’accessoire ?
Chaque goutte compte. En Gironde, cet été, l’eau a aussi servi à éteindre le feu. Feu dont le déclenchement naît de l’imprudence humaine, et dont les causes sont le réchauffement climatique, la sécheresse, mais aussi de nombreuses pratiques de sylviculture et d’urbanisme non adaptées. La responsabilité collective de l’humanité n’est plus à démontrer dans les crises écologiques qui nous touchent. Allons-nous continuer uniquement à réparer les dégâts quand ils arrivent, ou allons-nous changer de vie, changer de modèle, et protéger le vivant ?
Chaque goutte compte. L’eau est indispensable à la vie. Et une seule goutte d’eau suffit à abriter la vie. C’est là notre espérance : un tout petit geste, une toute petite goutte peut devenir un grand fleuve !
Antoine Rolland, vice-président délégué d’Église verte

Seigneur, apprends-nous à regarder l'eau 
comme un don précieux et menacé.
Garde-nous d'être découragés par l'ampleur de la tâche.
Donne-nous la force d'agir, goutte après goutte,
sans prétendre changer le monde entier.
Fais de nous cette goutte qui, un jour, fait déborder le verre.
Amen.
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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