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La Boussole

La Boussole VII-36

Et si on parlait de bienveillance institutionnelle ?

Faites pour les autres tout ce que vous voulez qu’ils fassent pour vous.

La Bible, Évangile de Matthieu, chapitre 7, verset 12
Une attention,
Jean-Claude Schaal

Chemins de réflexion

La bienveillance, l’art d’habiter nos institutions

Des financements qui baissent, des dispositifs qui s’arrêtent, un soutien de l’État qui vacille. Le travailleur social a besoin de moyens pour remplir sa mission. Les soignants, les éducateurs, les auxiliaires de vie, les chefs de service… espèrent être écoutés quand la charge de travail grandit et que les consignes se multiplient.
Les associations s’impliquent pour soulager et servir. Leurs dirigeants voudraient le meilleur. Pourtant, eux aussi reçoivent des injonctions extérieures. Rapports, contrôles, bilans… l’administratif occupe parfois 30 % de la journée. Il reste alors moins de temps pour les personnes accompagnées. Les équipes en pâtissent.
Un tiers qui écoute, tel un aumônier, devient alors précieux. Il entrouvre une porte de compréhension quand tout pèse. La bienveillance émerge. Elle invite à la rencontre, à l’entraide, à l’intérêt commun. La volonté de vouloir le bien existe jusqu’à être affichée dans les couloirs, salles d’attente, lieux de vie. L’accueil, l’inclusion, l’écoute, les paroles valorisantes et bien d’autres attitudes positives changent l’écosystème institutionnel.
L’Évangile propose un chemin : se mettre à la place de l’autre. Directions, financeurs, soignants, familles, chacun peut s’y exercer. La bienveillance devient alors une manière d’habiter nos institutions, leur ADN.
Philippe Aurouze, pasteur, aumônier national protestant des prisons

L’accueil, l’inclusion, l’écoute, les paroles valorisantes et bien d’autres attitudes positives changent l’écosystème institutionnel.

Un acte de résistance quotidien

« Avec ma valise étiquetée et tous ces objets marqués à mon nom, je plonge quatre-vingts ans en arrière, lors de ma première colo ! Me voici à la merci de toutes ces gentilles personnes et sans espoir de retour. »
Entrer en établissement fragilise, d’autant que la hausse des tarifs ajoute encore à la souffrance. L’angoisse financière pèse sur tous les établissements.
Pris entre tâches et injonctions, les acteurs sociaux subissent une violence systémique et, à leur corps défendant, l’exercent parfois sur ceux qu’ils accompagnent. C’est la détresse au travail.
Paul Ricœur et Emmanuel Levinas nous rappellent que l’éthique commande de percevoir en l’autre un appel inconditionnel, et non un dossier de plus à traiter. Face à la dureté du système, bien des structures tentent de résister. Pour ne citer qu’un exemple, sur les murs de bien des services, l’administration prend le parti d’afficher des messages percutants sur l’accueil, le respect ou le vivre-ensemble, parfois accompagnés d’une petite touche d’humour.
Ces initiatives ne résolvent certes pas les difficultés structurelles, mais elles rappellent que l’institution n’agit pas seulement par calcul, qu’elle ne signe pas un contrat commercial où « je te donne pour que tu me rendes ». L’encouragement à refuser la déshumanisation et à préserver, envers et contre tout, le respect mutuel est un acte de résistance quotidien.
Éliane Wild, aumônier de l’Uepal en retraite

Une raison d’être comme une évidence

« La bienveillance, c’est la raison d’être de notre établissement ! » Voici une formulation qui ne manquera pas de faire écho aux préoccupations de ceux qui œuvrent aux côtés des plus fragiles. Car choisir les métiers de l’accompagnement répond bien souvent à une vocation. Ainsi, la bienveillance s’impose comme l’évidence, plus fortement encore dans les institutions d’inspiration chrétienne.
Et pourtant, il n’est pas rare de nous sentir découragés lorsqu’elle est mise à mal par une société de la performance qui menace la relation à l’autre. Dès lors, nous pouvons nous éloigner de nos dispositions sincères à vouloir le bien, absorbés par des problèmes qui accaparent nos pensées.
Récemment, j’ai vu le film « Soudain » de Ryūsuke Hamaguchi. En marge de la narration qui n’a de cesse d’honorer les fragilités, la question de la dignité humaine est abordée tel un chemin éthique incarné. L’intention sincère de Marie-Lou, directrice d’Ehpad, est de transformer la relation au soin et donc aux résidents. Cependant, ce magnifique élan ne dissimule en rien ses doutes, ses erreurs et ses contradictions dans une société incapable de ralentir et dont elle est prisonnière.
C’est possiblement dans cet aveu d’humilité que se situe le terreau fertile de la bienveillance : oser prendre le temps à rebours et refuser le confort de la certitude.
Clément Grenier, directeur d’appui à la Fondation John Bost

Seigneur, garde mon cœur de l'indifférence.
Aide-moi à voir en chaque visage la même fragilité
et la même espérance que les miennes.
Ce que je refuse pour moi-même,
que je ne l'inflige jamais à mon prochain.
Amen
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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