Heureux ceux qui sont doux, car ils recevront la terre que Dieu a promise !
La Bible, Évangile de Matthieu, chapitre 5, verset 5

Sophie Jourdan
Chemins de réflexion
Des mains vides
À l’approche du 11 novembre et de son cri « Plus jamais ça ! », la question résonne comme une urgence. L’armistice nous rappelle ce moment où les armes se taisent enfin. Mais face à l’injustice ou au mépris, élever la voix pour la dignité humaine reste parfois le seul chemin.
Devant la fureur de ce monde, nous sommes tentés par le découragement. La vraie radicalité est alors de revenir à la racine. Le philosophe Paul Ricœur nous le rappelle, le mal rugit avec fracas mais il n’a pas le dernier mot : « Si radical que soit le mal, il n’est pas aussi profond que la bonté. »
C’est ici que la promesse « Heureux les doux » révèle son pouvoir. La douceur n’est ni la soumission, ni la lâcheté. Elle empêche la haine de nous contaminer et nous tient debout face à la tempête. Prendre soin, combattre l’injustice et garder un cœur ouvert est un chemin exigeant où l’on marche souvent les mains vides.
Mais c’est dans cette pauvreté même que réside notre force. Ces mains nues restent les seules capables de soutenir, d’écouter et de reconstruire. La seule efficacité qui compte réside dans cette douceur radicale qui, au jour le jour, défend la vie et restaure l’humain.
Éliane Wild, aumônier de l’Uepal en retraite
Prendre soin, combattre l’injustice et garder un cœur ouvert est un chemin exigeant où l’on marche souvent les mains vides.
Une radicalité d’amour
À quelques jours de la commémoration de la fin de la Grande Guerre, une première question m’interpelle : la guerre n’est-elle pas une des plus grandes radicalités ?
La guerre conduit à l’inefficacité et non à l’efficacité : où est l’efficacité quand on détruit les choses et les personnes ?
La notion de radicalité suppose un certain rapport, exclusiviste, à la vérité : une fois que j’ai dit à mon interlocuteur ce qu’est la vérité pour moi, il n’y a plus de place pour la sienne. Et la guerre, ce sont bien deux vérités qui s’opposent…
La clé est la tolérance vis-à-vis de l’autre, qui pense peut-être autrement que moi. Si je suis si radical envers lui, est-ce que je le respecte dans sa différence ?
Une deuxième question émerge : faut-il vraiment toujours être efficace ? Notre monde, certes, prône l’efficacité, le faire, le pragmatisme. Mais être efficace, est-ce cela le but de la vie ?
Car ce n’est pas parce que j’ai la capacité et la puissance de faire quelque chose que je dois forcément le faire. C’est là qu’intervient la notion de non-puissance chère à Jacques Ellul. « Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort », affirme l’apôtre Paul. Et c’est aussi dans la faiblesse de la croix que le Christ a accompli le salut de l’humanité.
Certes, la croix est une radicalité, mais une radicalité d’amour.
Christophe Hahling, pasteur baptiste et méthodiste émérite
Un chemin de douceur libérateur
La question de la radicalité est ô combien actuelle au vu de la polarisation des débats politiques en cette veille d’élection présidentielle, et des revendications de la jeunesse qui descend dans la rue et réclame une place dans ces débats.
À la distribution alimentaire du Diaconat, nous répondons au besoin primaire de deux cents personnes chaque semaine : se nourrir. Pour ne pas tomber dans une forme de toute puissance, nous devons nous positionner dans la radicalité de l’accueil inconditionnel.
Les bénévoles, dans leur dialogue simple et vrai avec les personnes accueillies, me rappellent que notre activité est au service de la relation. Notre projet associatif s’articule autour de la participation des personnes concernées, impliquées dans nos réflexions, décisions, projets, et invitées à participer à des activités annexes : initiation au français, ateliers de cuisine, glanage de légumes…
Avec les bénévoles, nous sommes unanimes : quand les rapports sont radicalement différents avec les personnes accompagnées, elles se révèlent, comme Fatima qui semblait timide et s’est montrée avenante et fédératrice.
Le chemin de douceur que le Christ nous propose dans la relation est radical. Il nous déplace et nous libère de nos à priori pour voir l’autre à travers ses yeux. Le temps pris est loin d’être perdu, il prend tout son sens.
Stéphanie Lepicard, travailleuse sociale au Diaconat Protestant de Grenoble
Aide-moi, mon Dieu, à croire que ta bonté
est plus profonde que le mal.
Garde ma parole ferme contre l'injustice
et mon cœur ouvert à l'espérance.
Fais de mes mains vides une force simple
pour soutenir et reconstruire.
Amen
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.