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La Boussole

La Boussole VII-34

Empathie, sympathie ou compassion ?

Quand il sortit de la barque, Jésus vit une grande foule et fut rempli de compassion pour eux

La Bible, Évangile de Marc, chapitre 6, verset 34a
Les deux sœurs,
Marie-Hélène Vallade Huet

Chemins de réflexion

Petite zoologie chrétienne des sentiments

Dans la grande ménagerie des relations humaines, l’empathie, la sympathie et la compassion sont trois animaux que l’on confond volontiers. Ils se ressemblent, fréquentent les mêmes territoires, mais ne se nourrissent pas de la même chose.
L’empathie est la plus sophistiquée. Elle possède ce talent rare et parfois épuisant qui consiste à entrer dans les chaussures d’autrui sans même vérifier sa pointure. Elle cherche à comprendre de l’intérieur, à ressentir ce que l’autre éprouve. C’est une qualité admirable, à condition de ne pas finir par habiter la vie des autres en oubliant de rentrer chez soi.
La sympathie relève davantage de la résonance. Elle incline la tête, soupire au bon moment, partage sincèrement les joies ou les peines. Elle est le personnage secondaire indispensable des grands romans : toujours présent, toujours touchant, mais pas toujours décisif.
La compassion appartient à une autre catégorie. Elle commence par être affectée, mais refuse d’en rester là. Elle se lève, marche, porte, accompagne, relève. Elle sait que l’émotion, aussi noble soit-elle, ne nourrit ni ne console personne et ne transforme rien.
On pourrait dire que l’empathie demande : « Que ressens-tu ? », la sympathie : « Que puis-je ressentir avec toi ? », tandis que la compassion, déjà en train d’enfiler son manteau, interroge simplement : « Par où commence-t-on ? », parce que la compassion n’est pas une émotion supplémentaire : elle est une mise en mouvement avec les autres.
Matthieu Cavalié, pasteur, Église protestante unie de Rochefort (17)

La compassion commence par être affectée, mais refuse d’en rester là. Elle se lève, marche, porte, accompagne, relève. Elle sait que l’émotion, aussi noble soit-elle, ne nourrit ni ne console personne et ne transforme rien.

Une fêlure bienvenue

Je me souviendrai toujours de ce stagiaire rappelé à l’ordre lors d’une analyse de pratique. Il avait osé parler de compassion. On lui avait aussitôt signifié ce mot comme « non professionnel », seule l’ « empathie cognitive » ayant droit de cité, la sympathie étant renvoyée au domaine privé.
Pourtant, le terrain fait voler en éclats ces dogmes. La compassion, cet ébranlement des entrailles, est bien souvent au cœur des vocations. La sympathie permet de traverser les écueils du quotidien. Quant à l’empathie cognitive, sans réelle compassion, elle sonne faux.
C’est ici que Paul Ricœur évoque la sollicitude. Celle-ci rejette toute compassion condescendante: elle demande de reconnaître sa propre finitude et d’accueillir l’autre dans son irremplaçable singularité.
Admettre cette fragilité commune est au cœur même de nos accompagnements. Le professionnalisme réside dans la juste distance d’une présence incarnée. Mais parfois, la fatigue provoque des pannes.
Rappelons-nous alors ce mot de Lydie Dattas : « Ce n’est pas notre vouloir qui console, mais la fêlure par laquelle, malgré notre fatigue, la bonté s’échappe malgré nous. » Il arrive que de simples mots ou gestes maladroits, nés de cette fêlure, produisent de façon inattendue un effet profond.
Éliane Wild, aumônier de l’Uepal en retraite

Trois réponses à la souffrance de l’autre

Voilà plusieurs années que nous accueillons des familles exilées. D’où viennent-elles ? Pourquoi les accueillons-nous ? Par devoir ? Par empathie ? Par compassion ? Par sympathie ?
Difficile de rester insensible à la détresse de ceux qui sont prêts à prendre tous les risques pour échapper à une vie insupportable, sans perspective, ni avenir ! Difficile de ne pas se mettre à leur place, de ne pas faire preuve d’empathie !
Qui sait si nous ne serons pas nous aussi, un jour, des réfugiés pour des raisons environnementales, économiques, voire politiques ?
Premiers échanges à leur arrivée en gare : l’inquiétude se lit dans le regard de la maman, ses deux plus jeunes enfants s’accrochent à elle. Soulagement, ils sont sortis d’affaire. Un nouveau départ, une nouvelle vie ?
Mais la route est encore longue. Il va falloir apprendre une nouvelle langue, découvrir un nouveau pays, une nouvelle société. Quels sont leurs projets ? Travailler dès que possible, gagner de l’argent, ne plus dépendre des autres.
On voudrait que ça aille vite. Mais que c’est long l’apprentissage du français, du vivre ensemble. Est-ce cela la compassion ?
On apprend à se connaître, à se reconnaître, à se respecter. On crée des liens, on partage des temps de fête, les premières réussites… Les rapports deviennent plus naturels, plus amicaux. On sympathise.
Robert Antoni, président de l’AMRV, Accueil Migrants Réfugiés à Valdahon (25)

Seigneur, guide-moi
quand la fatigue et mes certitudes m’aveuglent.
Apprends-moi à rester ancré dans ma propre vie
et à être pleinement présent à l’autre.
Que malgré mes fragilités ou mon désarroi,
ta bonté continue de se frayer un chemin.
Amen

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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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