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La Boussole

La Boussole VII-30

Puis-je vraiment m’en laver les mains ?

Quand Pilate vit qu’il n’arrivait à rien, mais que l’agitation augmentait, il prit de l’eau, se lava les mains devant la foule et dit : « Je ne suis pas responsable de la mort de cet homme ! C’est votre affaire ! »

La Bible, Évangile de Matthieu, chapitre 27, verset 24
Seimei – la vie,
Barbara Foubet

Chemins de réflexion

Merci Claudia !

Me laver les mains ? Je n’arrête pas ! C’est épuisant. Non seulement en vertu du principe d’hygiène, mais surtout par obsession existentielle. Le syndrome de Pilate, qui n’en a jamais fini avec sa culpabilité et dont le lavage des mains est devenu le symbole de la mienne, voilà mon histoire !
Mais ce geste, aussi indispensable qu’illusoire, me raconte une autre histoire, celle d’une vie rêvée, libérée de la culpabilité. Une vie qui n’existe pas… Tel est le mécanisme métronomique, autocentré et destructeur de la culpabilité : une eau qui ne lave pas ; des cœurs qui restent prisonniers des poids de l’existence. Y a-t-il une issue ?
Dans le récit de l’Évangile, Madame Pilate joue un rôle discret mais décisif. Anonyme dans le récit, la tradition l’a bien nommée Claudia Procula. Sa question vient casser le cycle infernal de la culpabilité. Au « je m’en lave les mains » de son époux, elle oppose une parole : « Ne t’occupe pas de ce juste ». Parole que j’entends ainsi : « La justice n’est pas ton affaire, c’est la sienne ! ».
Claudia a perçu l’essentiel : la culpabilité est un puits sans fond, mais moins profond que celui de la grâce. Elle casse ainsi le cycle épuisant de la quête obsessionnelle du salut. Un salut simplement offert en Jésus. Merci Claudia !
Pierre Lacoste, pasteur de l’Église libre de Bordeaux-Pessac

Dans le récit de l’Évangile, Madame Pilate joue un rôle discret mais décisif.

Mes mains, c’est moi !

On associe l’expression « s’en laver les mains » à Pilate, qui semble fuir sa responsabilité. Pourtant, cette scène peut interroger notre existence actuelle.
L’homme politique n’a rien à reprocher à Jésus. Il replace la foule devant sa propre frustration de ne pas avoir le droit d’éliminer un homme jugé dangereux.
Face à la pression du peuple, la réponse résonne comme une forme de laïcité, une fausse laïcité : tant que la loi politique n’est pas enfreinte, les affaires religieuses se gèrent ailleurs. Si cela peut sembler politiquement juste, livrer Jésus au peuple revient cependant à céder sa propre gouvernance, donc à abdiquer.
Dans nos œuvres et mouvements, lorsque des soignants se lavent les mains c’est pour se placer en position de soin, effectuer une séparation entre leur quotidien et leur vocation. Une séparation existe de la même manière dans le geste de Pilate entre la question politique et une dimension spirituelle qui ne le concerne pas.
Que l’on soit soignant ou politique, la question se pose alors d’une transformation de la séparation en passage. Le responsable politique est aussi un humain. La vocation du soignant impacte aussi sa vie personnelle.
Ce passage constant entre fonction et vocation me paraît central pour vivre pleinement notre dimension humaine.
Marc de Bonnechose, pasteur et aumônier

Les tendre plutôt que les laver

La main assure des fonctions essentielles dans nos vies. Elle est capable de réaliser les pires comme les plus belles œuvres.
Se laver les mains de toute situation sous-entend : « J’arrête, j’ai fait ma part et j’ai la conscience tranquille ». Ce lâcher-prise peut être salutaire quand nous avons atteint nos limites ; pourtant, est-il possible de s’en laver totalement les mains, alors même que notre société peine à assurer les besoins vitaux d’une frange de plus en plus large de sa population ?
Chacune de mes actions, aussi minime soit-elle, contribue au bien général, mais quel degré d’engagement me donnera le sentiment du devoir accompli ? S’en laver les mains peut être assimilé à un abandon du combat face à un obstacle trop important.
Le découragement est humain et, sans aide, il est parfois difficile de continuer à œuvrer.
L’espérance est l’essence même de notre vie de croyant. À l’Entraide protestante, l’affirmation « Tout est possible à celui qui croit » prend tout son sens. Je peux me réjouir des victoires quotidiennes, j’ai fait mon possible en œuvrant pour le bien de mon prochain, et je mets toute ma confiance en Dieu pour accomplir ce qui m’est impossible.
Je ne suis pas insensible à ce qui se passe autour de moi, mes mains sont faites pour servir.
Au lieu de m’en laver les mains, je les tends à mon prochain en toute confiance.
Haja Honoré Ranaivoson, président de l’Entraide protestante de Reims (51)

Seigneur,
J’aspire tellement à te ressembler !

Que ton esprit fasse son œuvre, s’il te plaît,
pour que j’aime comme tu aimes,
pour que tes préoccupations soient miennes.

Pour que je fasse ta volonté
et me conduise comme tu te conduirais.

Amen
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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