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La Boussole

La Boussole V - 4

Suis-je fier(ère) de mon travail ?

Que la tendresse du Seigneur, notre Dieu,
repose sur nous tous !
Fais prospérer pour nous l’ouvrage de nos mains !
Oh oui ! fais prospérer l’ouvrage de nos mains !

La Bible, Psaume 90, verset 17
Sortie d’usine,
Evelyne Widmaier

Chemins de réflexion

Fier de faire la différence

Je suis pasteur et brancardier. Pasteur par vocation, brancardier par obligation. J’ai toujours
travaillé « à côté ». Je comprends mieux le quotidien de ceux que je côtoie, leurs difficultés.
Je suis fier d’être pasteur parce que je sers Dieu, même si je ne me sens jamais assez
digne, même si c’est une charge plutôt qu’un métier. Je ne suis pas fier d’être brancardier
mais de ce que je fais et de ma motivation à le faire.
Il faut être fier de faire la différence dans son métier, d’être en phase avec ses convictions,
de prendre position. Mes collègues à l’hôpital sont souvent médisants entre eux et ont
l’humour plutôt grivois. Je suis chrétien et j’essaie de le montrer par mon attitude.
J’accompagne des patients au bloc opératoire, ils sont inquiets, ils ont peur ; je les apaise
avec un sourire, des mots, une plaisanterie. Ils apprécient, ils reprennent courage.
Le métier de brancardier aussi a du sens.
Je dis facilement que je suis brancardier. Pasteur, un peu moins. Je suis prudent car la
conversation peut facilement avorter. Personne ne se présente comme contrôleur des impôts !
D’ailleurs le Christ a aimé un collecteur d’impôts. Mais aussi des pêcheurs, une prostituée,
des SDF. Il regardait au coeur. Des deux brigands sur la croix, l’un était fier de ses forfaits, l’autre pas. Les gens accordent souvent à leur métier une valeur suprême. Pourtant, le travail n’est pas une finalité mais un moyen.
Kenneth Taylor, pasteur de l’Église baptiste La Bonne Nouvelle à Dijon

Le travail n’est pas une finalité mais un moyen.

Plus facile dans un cadre valorisant

Il paraît impossible d’être fier de son travail lorsque celui-ci est répétitif, harassant, effectué sous la contrainte. Cependant, nous aimerions citer l’exemple des esclaves noirs américains qui sont parvenus à sublimer ces conditions extrêmes, notamment en produisant des chefs-d’oeuvre musicaux, les negro-spirituals.
On ne les autorisait à chanter qu’à l’église ou pendant leur labeur, et ils ont su s’exprimer en s’identifiant aux souffrances imposées à de nombreux personnages bibliques, auxquelles Dieu n’a jamais été indifférent.
Nous ne connaissons plus dans nos pays, heureusement, de telles situations, mais on ne peut nier la pénibilité de certaines tâches, ni la souffrance au travail qui peut empêcher d’en retirer la moindre fierté : sachons, nous aussi, que le Seigneur n’est pas insensible à nos difficultés professionnelles, et demandons-lui son aide.
Être fier de son travail, quel qu’il soit, est plus facile quand le cadre est valorisant, quand d’autres nous font savoir qu’ils apprécient ce que nous accomplissons.
Cette reconnaissance ne nous laissera pas indifférents : elle nous incitera à mettre plus d’attention, d’application, de persévérance et de coeur dans nos tâches quotidiennes.
Elle nous permettra d’en retirer une légitime fierté.
Mario Holderbaum et Bruno Landais, pasteurs, Église tzigane Vie et Lumière

Différent et compétent

À l’Esat, le travail est le premier levier de l’insertion, de la « normalité ».
Travailler, c’est être et faire comme tout le monde. Les travailleurs de l’Esat sont fiers de leur travail. Pour la plupart, cette fierté est leur première motivation pour travailler.
Quand ils sortent de l’Esat, les entreprises les intègrent facilement parce que, malgré leurs limites, ils ont un rapport très sérieux au travail et une influence positive sur leurs collègues.
Ce nouveau statut professionnel est éminemment valorisant pour des personnes en situation de handicap dont le parcours a été jalonné de limitations, d’échecs, de frustrations. Participer à une activité économique, avoir un salaire, être reconnu à travers le regard de l’autre, avoir une légitimité dans son domaine de compétence… engendrent une fierté qu’il faut encourager.
La satisfaction de la cellule familiale, des amis, de l’Église, du milieu associatif (la chorale, le club de sport…) ajoute encore à la fierté personnelle. Parfois, le travail est le seul lien structurant.
La Reconnaissance des Acquis de l’expérience à travers le dispositif Différent et Compétent, est essentielle. Officielle, visible, tangible, elle contribue fortement à la valorisation des compétences de la personne en situation de handicap. La fierté qu’elle éprouve concourt à son équilibre psychique. Il faut l’encourager.
Thierry Ferrand, directeur de l’Esat des Amis du plateau à Mazet-Saint-Voy (43)

Seigneur, tu connais les conditions dans lesquelles nous travaillons,
et nous te remercions tout d’abord quand notre profession est source de joie
et de satisfaction.
Nous voulons aussi te demander de rendre moins contraignant ce qui nous semble difficile
ou pénible dans le cadre de notre travail.
Aide-nous aussi à accomplir de tout coeur ce qui nous est confié
pour pouvoir ensuite en éprouver une juste fierté.
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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