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La Boussole

La Boussole I - 29

S’isoler pour mieux vivre ?

Or, comme Jésus faisait route vers Jérusalem, il passa à travers la Samarie et la Galilée.
À son entrée dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre.
Ils s’arrêtèrent à distance et élevèrent la voix pour lui dire :
« Jésus, maître, aie pitié de nous. »
Les voyant, Jésus leur dit : « Allez vous montrer aux prêtres. »
Or, pendant qu’ils y allaient, ils furent purifiés.

La Bible, livre de Luc chapitre 17, versets 11 à 14
Une mosaïque représentant une spirale dans les tons bleus, vert rouge et jaune.
Glass tile swirl abstract outside the Glazer Children’s Museum in downtown Tampa, Florida, USA

Chemins de réflexion

La vie sociale chemin de guérison

À bonne distance pour n’être pas contaminants, les lépreux se tiennent loin des autres et même de Jésus !
Rien de nouveau dans les méthodes sanitaires de protection !
Ce dernier, sans même que le danger n’ait disparu, sans qu’ils soient déjà guéris, les renvoie vers le monde.
Jésus trouve-t-il anormal voire délétère et plus handicapant encore que la maladie, qu’ils soient ainsi marginalisés du reste du monde comme l’on tient par protection, isolés, les anciens en EHPAD ?
Jésus prend le contre-pied de cet isolement qui, devenu solitude relationnelle, conduit tout autant à la mort que la maladie elle-même, faisant déjà d’eux des morts-vivants !
Cette démarche vers la vie sociale retrouvée n’est-elle pas un pas vers la guérison ?
Pascal Hubscher, Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine

Cette démarche vers la vie sociale retrouvée n’est-elle pas un pas vers la guérison ?

Quand l’isolement devient solitude

Il est bon de s’isoler loin des agitations du quotidien, pour se retrouver soi-même, pour prier, pour prendre du recul par rapport au défilé des jours. L’isolement est alors voulu.
Dans d’autres situations, ce n’est pas tant les personnes qui le recherchent mais ce sont les circonstances qui parlent. Je pense en particulier aux hôpitaux, aux EHPAD.
Cette mise à l’écart doit-elle être pour autant abandon et oubli ?
Les lépreux, à l’époque de Jésus, devaient vivre hors du camp et rester à distance. Jésus les guérit à la fois de leur maladie et de leur exclusion en les réinsérant dans la vie sociale et dans la vie religieuse.
Comme quoi, même avec des mesures barrières, même dans des lieux de retrait, il y a toujours moyens d’imaginer du lien et de tisser des fils d’humanité et de fraternité.
Plus que jamais, nous avons dans nos maisons de retraite à veiller au maintien de ces liens avec nos anciens pour éviter que l’isolement ne devienne solitude mortifère.
Denis Heller, Fondation Diaconesses de Reuilly

Vivre en sa présence

Confinement, couvre-feu, visites limitées dans les EHPAD, fermetures de frontières.
Même les deuils se vivent en comité restreints.
Nous sommes tous tenus de nous isoler pour éviter de contaminer et être contaminés.
Démunis, nous ne savons pas comment guérir. L’isolement est préconisé.
La solitude est très difficile à vivre, une petite mort.
Peu de tendresse, pas de visite, pas d’aumônerie, pas de groupe de parole, rassemblements limités.
Tant de négations… tout semble tristesse et peur.
Dans ce texte, des lépreux, des exclus, isolés, interpellent Jésus.
Lui, pose son regard sur eux, les voit et leur parle à son tour.
Ils étaient condamnés à vivre leur maladie et l’isolement.
Le Christ les accueille et les reconnaît tels qu’ils sont, là où ils sont.
Il les envoie pour marcher vers la vie.
Il nous rejoint et nous envoie pour rejoindre l’autre.
Par une lettre, un mot, un appel, un regard, un sourire, un geste.
Trouver sa présence et ensemble retrouver la vie, la joie.
Rémi Droin, Église protestante unie de France, Toulouse Ouverture- To7

Seigneur, rends-nous responsables pour que nous sachions prendre soin des autres
et donne-nous la force de ne pas les contraindre par volonté de les surprotéger malgré eux.
Que notre action soit digne, juste, proportionnée et dégagée, autant que possible,
de nos propres peurs existentielles.
Toi que l’imminence de la mort a isolé de tes proches, du jardin de Gethsémané
jusqu’au calvaire, permets qu’en ton nom nous sachions ne pas nous dérober
auprès de ceux qui se préparent à cette échéance.
Permets-nous de veiller les heures nécessaires avec eux.
Toi, dont l’isolement volontaire au désert n ‘était pas temps de solitude
mais de rencontre avec ton Père dans la prière,
ouvres-nous à ces moments d’isolement recueillis, qui loin de nous couper du monde,
nous permettent d’entrevoir ton royaume.

Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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