Ne jugez pas afin de ne pas être jugés.
La Bible, Évangile de Matthieu, chapitre 7, verset 1

Nadine Davous
Chemins de réflexion
Nous sommes là pour tous
Oui, bien sûr cela nous arrive d’accompagner quelqu’un sur notre lieu de travail qui exprime des convictions très éloignées des nôtres, ou d’être à l’écoute d’une personne qui nous est franchement antipathique.
Le manque d’accord ou de sympathie peut certes mettre à l’épreuve la relation d’aide. Mais n’est-ce pas un fondement de notre profession d’être là pour chaque personne, quels que soient son discours, son univers de pensée ou sa personnalité ?
Accompagner l’autre n’est ni approuver ses idées, ni sympathiser avec lui à tout prix. Je conserve le droit d’exprimer calmement mon opinion différente de la sienne, ou d’intervenir si son expression n’est pas respectueuse à mon égard. Parfois, il est simplement plus sage de se taire et de se dire dans son for intérieur : « C’est son opinion, ce n’est pas la mienne » ou encore de constater avec bienveillance : « J’ai l’impression que vous avez aujourd’hui besoin d’exprimer votre colère ». Pareille disposition nous aide à faire baisser la tension interne !
L’accueil de tous, sans condition, fait partie de la beauté de nos métiers d’aide. Fermons parfois nos oreilles mais ne fermons jamais nos cœurs !
Andreas Lof, aumônier d’hôpital, Fondation Les diaconesses de Reuilly
Accompagner l’autre n’est ni approuver ses idées, ni sympathiser avec lui à tout prix.
Accord et sympathie ne sont pas des prérequis
J’ai été conseillère en insertion. Mon travail consistait à accompagner des personnes qui avaient eu des parcours de vie sans aucun point d’ancrage avec le mien, et c’était souvent difficile. Quand c’est notre métier d’accompagner, on ne choisit pas qui on reçoit !
C’est le lot de beaucoup de professionnels et de bénévoles dans nos associations… parfois, l’autre nous déconcerte ou nous heurte.
Accompagner, ce n’est pas approuver. C’est rappeler le cadre, interpeller face à des propos discriminants, redire la loi commune quand elle est bafouée. Et c’est aussi, avec les plus jeunes, poser des limites qui, elles-mêmes, sont une forme d’assistance.
Un accompagnement peut s’arrêter, pour une raison ou pour une autre, en tous cas pas parce que je n’aime pas la personne ; il est important qu’elle n’ait aucun doute sur ça.
L’accord et la sympathie ne sont pas des préalables. En revanche, une présence désarmée de jugement, la conviction profonde que chaque personne est toujours digne d’être accompagnée et que l’altérité nous enrichit sont des prérequis nécessaires. À la manière du Christ : marcher aux côtés de tous, y compris des publicains et des pécheurs. Une présence qui précède l’adhésion, et ne la conditionne pas.
Élisabeth Walbaum, déléguée à la réflexion et l’animation spirituelles à la FEP
On essaie d’être neutres
Nous sommes reconnaissantes d’avoir la santé pour continuer notre action et aider notre prochain. Nous avons des rencontres enrichissantes avec ceux que nous accompagnons.
Nous écoutons leurs confidences, leurs expériences de vie, leurs souvenirs, la guerre, les enfants… leurs difficultés et leurs joies.
Nous proposons des goûters réguliers pour leur apporter du réconfort dans leur solitude. Écouter, essayer de comprendre leurs attentes sans jamais les juger, est le moteur de notre action. Notre affection les met en confiance. On ne peut pas accompagner sans aimer.
Parfois, les personnes que nous accueillons ont quelques réactions un peu brutales, sur le coup de la colère. Une femme, étonnée de ne pas être renouvelée dans ses droits (elle a dépassé le plafond autorisé), nous fait la grimace et ne nous dit plus bonjour. Un homme dont l’épouse a de gros problèmes psychiques, voudrait que la société s’en préoccupe et est en colère contre la terre entière.
Leur colère, à leurs yeux, est justifiée, mais elle ne l’est pas pour nous. Cependant, on essaie d’être neutre, de ne pas jeter d’huile sur le feu, d’expliquer calmement le pourquoi de décisions qui ne dépendent pas de nous.
Les personnes accompagnées finissent par se calmer et admettre que tout ne leur est pas permis. Elles ont des règles à respecter.
Sylvaine et Françoise, Entraide protestante de Bolbec (76)
Seigneur Jésus-Christ,
toi qui as été confronté à l’adversité, la haine et la violence des humains,
toi qui as toujours su, d’une manière non violente,
leur répondre avec les armes de l’Esprit,
aide-moi à trouver des attitudes et des paroles justes,
quand je me trouve face à des paroles ou des discours
qui me blessent, volontairement ou involontairement.
Apprends-moi à être là pour l’autre, calmement et efficacement,
quelles que soient ses opinions et sa personnalité.
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.