Prenez garde que personne ne rende le mal pour le mal, mais cherchez en tout temps à faire le bien entre vous et envers tout le monde.
La Bible, 1 Thessaloniciens, chapitre 5, verset 15

Claire Biette
Chemins de réflexion
Un regard déterminant
Ces trois mots sonnent comme un slogan. Et pourtant, derrière la formulation tripartite se dessine tout un programme d’actions et de pensées dont la mise en œuvre suppose d’abord un regard sur le monde porté par l’adjectif « bien » : bien faire, bien veiller, bien traiter. Comme si le bien pouvait devenir une manière de regarder avant même de devenir une modalité de l’agir.
Mais imaginons un instant l’inverse. Que se passerait-il si notre regard était porté non plus par le « bien » mais par le « mal » ? Malfaisance, malveillance, maltraitance. Le préfixe « mal » désignerait une manière d’habiter le monde : faire du mal, vouloir du mal, voir du mal, répondre au mal par le mal.
Le plus troublant est sans doute que le monde que nous observons n’est pas tout à fait indépendant du regard que nous portons sur lui. Celui qui s’attend à être trompé ne rencontre pas le même monde que celui qui s’attend à être accueilli ; celui qui cherche la faute trouvera des fautes ; mais celui qui cherche la bonté découvrira peut-être des gestes de bonté que d’autres ne perçoivent pas.
Voir le bien n’est pas refuser de voir le mal. C’est refuser d’accepter que le mal ait le dernier mot sur notre vision des choses.
Brice Deymié, pasteur de l’Église protestante française au Liban
Voir le bien n’est pas refuser de voir le mal. C’est refuser d’accepter que le mal ait le dernier mot sur notre vision des choses.
Trois promesses d’harmonie
Bienfaisance, bienveillance, bientraitance, voilà une heureuse trilogie, réconfortante pour les cœurs.
Il n’est pourtant pas facile de mettre ces jolis mots en pratique. S’ils rayonnent d’une chaleureuse espérance, leur traduction dans la réalité de nos existences est un défi exigeant. Choix de regard, d’action et de pacte social, leur mise en œuvre nécessite le courage de l’engagement au long cours. Or, parfois, les forces s’épuisent et la désillusion jaillit d’un idéal jamais atteint. Préserver le ressourcement est ainsi indispensable à la dynamique du prendre soin.
Mais l’étendard du bien peut aussi masquer des dérives inquiétantes. Car qui définira ce qui est bon et bien, notamment lorsqu’il s’agit d’autrui ? Reconnaissons avec humilité qu’emplis de bienveillance et convaincus de bien faire, nous sommes prompts à enfermer l’autre dans les projections de nos quêtes narcissiques.
Ainsi, paradoxalement, bien traiter, c’est aussi, parfois, avoir la sagesse de nous replacer dans l’écoute, de suspendre le faire pour faire confiance.
Bienveillance, bienfaisance et bientraitance sont promesses d’harmonie. Mais pour que cette promesse devienne réalité, il faut sans cesse ajuster et réajuster leur mise en pratique. Le discernement attentif des fruits espérés de la confiance, de la joie et de la paix, constitue alors une aide précieuse.
Nathalie Chaumet, pasteure, Église protestante unie de l’Étoile
Quelquefois je craque
Notre service de domiciliation donne une adresse reconnue par les administrations à des personnes sans domicile stable. Nous sommes confrontés à la difficulté de devoir refuser ce service essentiel quand nos règles de fonctionnement l’exigent, et notamment quand les personnes n’ont pas un « ancrage » dans le département.
Comment « dire non » avec bienveillance à un service d’une importance aussi considérable sans pouvoir proposer de solution ?
J’essaie d’être ferme et compréhensive, de ne pas montrer mon agacement quand on m’adresse du « Madame la présidente », quand on me dit « je suis chrétien », quand on s’agenouille devant moi. Et quelquefois, je craque…
Mardi sont arrivées une femme et sa fillette. La mère parlait très mal français ; elle avait transité par Paris, puis Belfort dans un centre d’hébergement qu’elle avait quitté en perdant ses droits. Je n’avais aucune raison d’accepter de la domicilier à Cergy.
C’est alors que la fillette de 8 ans m’a expliqué la situation dans un français parfait. J’ai été très émue : cette petite pétillait d’intelligence et, sans domiciliation, ne pouvait être scolarisée. J’ai cherché désespérément un « ancrage » dans le département et demandé à l’enfant si elles étaient hébergées par la famille. Elle a répondu : « Non, par des gens avec lesquels on était sur le bateau pour traverser la Méditerranée. »
À ces mots, j’ai remis le précieux sésame et encouragé la fillette à « apprendre encore plein de choses à l’école ».
Brigitte Chambolle, présidente de l’Entraide protestante de Cergy, Pontoise et environs (95)
Apprends-nous à regarder le monde sans peur, sans méfiance ni jugement.
Apprends-nous à ne pas laisser le mal nous dicter la manière dont nous regardons, parlons, agissons.
Donne-nous de voir ce qui demeure vivant au milieu de ce qui est blessé.
Version à télécharger et imprimable
Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.