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La Boussole

La Boussole III - 37

Qui est ma mère ? Qui sont mes frères ?

Quelqu’un lui dit : « Voici que ta mère et tes frères se tiennent dehors, ils cherchent à te parler. » À celui qui venait de lui parler, Jésus répondit :
« Qui est ma mère et qui sont mes frères ? »

La Bible, Évangile de Matthieu, chapitre 12, versets 47 et 48
Portrait de famille,
Véronique Charpy

Chemins de réflexion

S’inscrire dans une nouvelle lignée

Noël, c’est toujours une histoire de famille. Des réunions, des repas, des retrouvailles et parfois des disputes. Oui, à chaque Noël, la famille – ou l’absence de famille – est au-devant de la scène.
Mais, au fait, de quelle famille nous parle la Bible quand elle évoque la famille de Jésus ? Joseph est un père adoptif, Marie une mère qui n’a pas connu d’homme et Dieu semble revendiquer la paternité de Jésus quand il s’écrie, au moment de son baptême : « Celui-ci est mon fils bien aimé. »
La généalogie classique « par les liens du sang » vole ici en éclat ; les Évangiles proposent une tout autre filiation.
En guise de préliminaire à ces histoires de famille, Jean-Baptiste avait prévenu que de « ces pierres, Dieu peut susciter des enfants à Abraham ».
À partir du Christ, et c’est la grande nouveauté de Noël, il n’y a plus de descendance normative mais chaque homme et chaque femme peuvent s’inscrire dans cette nouvelle lignée, par la foi.
Nous sommes tous les ans, à l’occasion de Noël, nommés par Dieu, et cette nomination brise les carcans de l’existence.
C’est à une nouvelle liberté que nous sommes appelés.
Brice Deymié, pasteur de l’Église protestante française au Liban

Nous sommes tous les ans, à l’occasion de Noël, nommés par Dieu, et cette nomination brise les carcans de l’existence.

User de patience

Il y a des attachements qui n’ont pas été choisis et peuvent enfermer : une famille abusive, un quartier étouffant, un pays dans lequel on ne se reconnaît plus.
La libération consiste alors à rompre ces liens et en trouver de nouveaux, bienfaisants : des amis qui nous épanouissent, une ville ou un pays dans lequel on peut grandir sereinement…
Mais peut-on construire une société uniquement avec des personnes qui sont à notre goût ? Ce « goût du même » ne risque-t-il pas de produire immanquablement un rejet de l’autre qui est différent ?
Dans l’arche de Noé, il n’y a pas que des animaux sympas : il y a aussi le moustique et le serpent. Si une société est construite sur des valeurs, la première devrait être la patience envers l’autre qui m’énerve, la tolérance face à l’intolérable… car je suis sans doute, moi aussi, insupportable pour lui !
Je ne pourrai probablement jamais choisir mon voisin ou ma voisine. Mais, de patience en tolérance, peut-être découvrirai-je une autre valeur : la curiosité pour l’autre si différent de moi.
Elle pourrait bien m’offrir l’occasion de faire de mon voisin un frère, une sœur.
Stéphane Lavignotte, pasteur, Mission populaire évangélique, La Maison Ouverte, Montreuil

Une histoire de famille

L’accompagnement en relation d’aide n’est pas une histoire de famille, il n’est pas soutenu par cet attachement que donne une mère ou un frère, mais par un amour qui libère et permet à la personne de développer son potentiel.
J’ai accompagné une jeune fille rejetée par sa famille. Elle n’avait pas eu l’attachement d’une mère ni l’affection d’une fratrie, elle manquait de sécurité. La bonne distance s’imposait pour moi et, en même temps, la bonne proximité.
Lors d’une séance, elle m’a dit : « Cette dame pourrait être comme une mère pour moi ! »
Ces mots m’ont interpellée ; je lui ai donc demandé de faire un tableau rassemblant les photos des personnes qu’elle considérait comme une mère, un frère, une sœur. Elle s’est ensuite autorisée à resserrer les liens qu’elle avait avec ces personnes.
Un sentiment de sécurité familiale s’est alors développé en elle, et lui a donné des forces nouvelles.
La relation dépassait le lien biologique. Elle avait trouvé ce qu’elle appelait « sa famille de cœur ».
Dans le contexte biblique, Jésus élargit le lien familial à ceux qui sont assis autour de lui et déclare : « Celui qui fait la volonté de mon Père, celui-là est mon frère, ma sœur, ma mère ».
Noël, c’est une histoire de famille, une naissance qui offre à chacun une nouvelle naissance.
Libre à nous d’entrer dans cette filiation. Ou pas.
Lydie Cornuau, conseillère conjugale et familiale, Association familiale protestante Bethesda à Rochefort (17)

Seigneur, 
en cette veille de Noël, nous souhaiterions te confier celles et ceux qui passeront ces fêtes sans famille.
Parce qu’au loin, seuls dans la vie, malades, en prison...
En nous nommant comme tes enfants, tu crées une famille universelle.
Aide chacune et chacun à ressentir la chaleur de ton amour de Père, quand parfois se creuse le sentiment de ne compter pour rien.
Sois cette présence humble et profonde dans le secret du cœur des hommes.
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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