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La Boussole

La Boussole IV - 15

Qui croire ? Que croire ?

Mais voici ce que je veux me rappeler,
voici ma raison d’espérer : les bontés du Seigneur ne sont pas épuisées.

La Bible, Lamentations, chapitre 3, versets 21 et 22
Jeune fille assise,
Marie-Hélène Vallade-Huet

Chemins de réflexion

J’ai une question

À quand remonte ma dernière expérience de conversation ? Vous savez, ces échanges à la fois intenses, exigeants, où paroles et silences croisent le fer dans un vrai respect de l’autre ? Où, pour le dire à la manière de Christian Bobin dans son Autoportrait du radiateur : « Parler vraiment, c’est aimer, et aimer vraiment, ce n’est pas briller, c’est brûler. »
Les interlocuteurs ont aujourd’hui cédé la place à de brillants diffuseurs d’évidences, influenceurs nourris de catastrophisme ou d’optimisme, peu importe.
Qui croire ? Que croire ?
Et si l’acte de croire se situait aux antipodes de ces réalités brillantes et tapageuses ? Si croire, c’était rencontrer plutôt qu’adhérer ? Si croire nous renvoyait à autre chose qu’aux illusions des savoirs absolus ? Et si croire en Dieu, au lieu de me donner un tour d’avance sur les autres, m’envoyait cheminer au plus près de leur mystère, là où le Christ s’est tenu pour moi ?
Et si la foi, au lieu de me plonger dans l’illusion de convictions figées, me mettait en route vers la vie, vers celui qui appelle, qui partage mes peurs, mes questions, ma soeur, mon frère en souffrance ? Serait-ce donc elle, la foi, la bonté inépuisée du Seigneur ?
Pierre Lacoste, pasteur de l’Église libre de Bordeaux-Pessac

Si croire, c’était rencontrer plutôt qu’adhérer ?

Croire et agir

J’ai entendu un chiffre effrayant : si rien ne change, la Terre ne pourra pas nourrir plus d’un milliard d’êtres humains en 2050.
Nous sommes actuellement plus de sept milliards. J’imagine les horreurs prévisibles face à une telle impasse : guerres, famines, massacres vont s’amplifier à une échelle inédite ! Mais tout cela est-il vrai ? Et, dans l’affirmative, que fais-je de cette réalité ?
J’ai envie de détourner les yeux sans rien changer dans mes habitudes. Et de me rassurer en me disant que bien des catastrophes annoncées par le passé ont finalement pu être évitées. L’ingéniosité et le sens des responsabilités des humains ont plus d’une fois permis de répondre efficacement à la barbarie et aux catastrophes qui paraissaient inéluctables.
Mais je ne suis pas tranquille : quel monde vais-je laisser à mes enfants et petits-enfants ?
Suis-je un spectateur ou un acteur dans ce monde ?
Dieu a confié la création à l’être humain, pour le meilleur et le pire, et à moi aussi donc, à ma modeste échelle. Je sais que la création est en danger. Aujourd’hui, ce n’est plus une affaire de croyance, nous voyons par exemple le réchauffement climatique bouleverser notre monde ! Je peux rester dans le déni, crier au complot, me dire « après moi le déluge ».
Je peux aussi me conduire de manière responsable et croire que, quoi qu’il advienne, Dieu n’abandonne pas les siens.
Thomas Wild, pasteur UEPAL en retraite

Cultiver l’espoir

Une famille originaire de Mongolie est revenue au Rimlishof pour exprimer sa gratitude.
En 2011, nous l’avions accueillie pendant un an. Son parcours, dans l’attente du statut de réfugiés pendant neuf longues années, a été marqué par des défis insurmontables et de terribles moments de doute.
Alors qu’elle ne savait plus que croire, elle a trouvé une lueur d’espoir dans un chemin de foi.
Ce témoignage est une illustration vivante de la puissance de la solidarité humaine et de la compassion. En tant que directeur d’un hébergement d’urgence, j’ai eu la chance d’être le témoin de ces récits inspirants de personnes venues d’horizons lointains qui ont trouvé refuge dans nos murs et ont été touchées par l’amour et la bienveillance qui émanent de notre équipe de salariés et bénévoles. Chaque demande d’asile porte en elle une histoire unique, des rêves brisés et des projets à reconstruire.
Nous avons la responsabilité d’être là pour ces personnes, de leur tendre la main, de les accompagner, de cultiver l’espoir en eux, de leur offrir de croire en des jours meilleurs, de témoigner des bontés de l’Éternel.
Les bontés de l’Éternel ne s’épuisent jamais, même dans les moments les plus sombres.
Elles nous rappellent que notre travail a un impact réel et durable sur les vies de ceux que nous accueillons.
Alain Nussbaumer, directeur du Rimlishof, hébergement d’urgence pour demandeurs d’asile à Buhl (67)

Dieu et Père Éternel, ne fais pas taire en moi toute autre voix que la tienne, je disparaîtrais aussitôt !
Viens plutôt donner du sens à tout ce qui me traverse, me chagrine ou m’enthousiasme. Donne-moi l’intelligence et l’inspiration de dire oui et de dire non quand sonne l’heure des choix. Fais de moi une personne habitée par la confiance et le sens critique, le don de soi et la conscience d’être si peu de chose. Libère-moi des croyances intéressées et ouvre-moi à la joie de vivre la rencontre. Amen !

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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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