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La Boussole

La Boussole IV - 4

Qu’est-ce qui me nourrit au travail ?

Tu te nourris du labeur de tes mains. Heureux es-tu ! À toi le bonheur !

La Bible, Psaume 128, verset 2
Sortie d’usine,
Evelyne Widmaier

Chemins de réflexion

Mon travail peut être libérateur

Dans le livre de la Genèse, Dieu sanctifie le repos alors que le travail fait partie des punitions infligées à Adam et Ève à leur sortie du jardin d’Éden. Cette malédiction du travail s’affiche encore aujourd’hui dans les slogans des manifestants contre la réforme des retraites.
Le psalmiste ouvre une brèche dissonante en faisant rimer labeur avec bonheur. Croyons, à sa suite, que travailler ne consiste pas seulement à produire des éléments nécessaires à notre survie mais à découvrir, dans la nature transformée par notre propre travail, la réalité objective
de notre humanité.
Travailler c’est produire un monde, c’est produire l’homme lui-même. Hannah Arendt soutient que le travail présente deux visages : il est facteur d’aliénation lorsqu’il se réduit au labeur servile, mais moyen d’accomplissement de soi lorsqu’il réalise une oeuvre.
À nous tous, donc, de trouver une solution pour éviter que le travail ne soit détourné de sa dimension libératrice et se transforme en une source d’aliénation et de servitude.
Entrons en résistance et arrachons au travail tout ce qui a du sens.
Brice Deymié, pasteur de l’Église protestante française au Liban

Entrons en résistance et arrachons au travail tout ce qui a du sens.

J’existe, je suis utile et reconnue

Je me nourris du labeur de mes mains. Et… travailler, c’est trop dur ! Réveil matinal, cadence effrénée, faire face. À mes responsabilités, mes engagements, ma fatigue, ma motivation aléatoire, mes collègues, mes supérieurs. La routine. Pendant… un certain nombre d’années. Qui parlait d’aliénation, déjà ? Ce Psaume 128, c’est une provocation !
À moi le bonheur, moi qui travaille ? Et pourtant, travailler donne une organisation temporelle à ma vie, un rythme dont je me plains souvent, mais qui me structure. Travailler me fixe des objectifs altruistes, indépendants de mes propres besoins, me force à l’action, construit mon identité.
Hors de ma famille, hors de mes amis, j’existe. Je suis utile et reconnue, associée. Donc, travailler donne du sens à ma vie.
Figurez-vous qu’au coeur de la mobilisation printanière contre la réforme des retraites, j’ai trouvé un sondage commandé par Indeed, dans lequel 97% des personnes interrogées répondent qu’il est possible d’être heureux au travail.
Alors voilà l’énorme contradiction, le travail nous fait souffrir et peut nous apporter du bonheur.
Quel étrange projet de Dieu pour les humains : Il nous a voulus contraints de travailler, et malgré tout, capables d’y prendre plaisir. Une tension qui, résilients que nous sommes, nous nourrit malgré tout.
Élisabeth Walbaum, déléguée à l’animation et la réflexion spirituelles à la FEP

Je sais pourquoi je me lève

Je rêvais d’être médecin mais j’ai eu des enfants très jeune, alors j’ai fait des études d’infirmière.
J’ai travaillé plusieurs années en milieu hospitalier. J’ai toujours été très sensible à la souffrance des autres.
Quand j’ai choisi d’être infirmière libérale, mon métier a pris un sens. J’ai été confrontée à la grande précarité.
Je n’étais plus seulement infirmière mais assistante sociale, grande soeur… je me suis sentie utile, je n’étais pas là pour rien. J’ai voulu me former pour pouvoir apporter plus, plus qu’un sourire ou un conseil : j’ai fait un master 2 en management des organisations sanitaires et sociales. Je suis aujourd’hui cadre de santé.
Pouvoir orienter, conseiller les équipes, améliorer petit à petit les choses pour mes collègues, et pour les résidents, ça me plaît. Je crois que le changement va venir « du bas ».
Ce qui nourrit, c’est la satisfaction d’avoir accompli ce pour quoi on s’est levé. Le sens du travail, c’est une chose ; se sentir à sa place, en adéquation avec ses valeurs en est une autre. Les patients qu’on soigne n’ont parfois que nous comme personnes de confiance. Chaque attitude, mot, sourire a une incidence.
Je sais pourquoi je me lève le matin, j’ai plein d’idées, je suis fière et contente d’aller travailler parce que j’aime ce que je fais et je sais pourquoi je le fais. J’ai toujours à coeur de m’améliorer,
et d’aider les autres à s’améliorer. Chaque jour est un défi que j’ai envie de relever.
F. C. Dzama, cadre de santé, EHPAD Le Châtelet à Meudon (92)

Merci mon Dieu de me donner la force de travailler.
Merci de soutenir mon courage et mon envie de poursuivre mon engagement.
Pour les autres, avec les autres.
Merci de m’aider, chaque jour, malgré les difficultés, à me laisser nourrir par mon activité professionnelle.
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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