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La Boussole

La Boussole IV - 6

Quelle place pour les convictions spirituelles au travail ?

Jésus parle avec une femme samaritaine.
La femme, saisie par les déclarations de cet homme
qui semble parfaitement la connaître,
court à la ville pour inviter ses concitoyens à venir le rencontrer.
Venez donc voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait.
Ne serait-il pas le Messie ?

La Bible, Évangile de Jean, chapitre 4, verset 29
Conciliabule,
Cécile Porée de Gouttefange

Chemins de réflexion

Ma foi est contagieuse

Partager ma foi, c’est partager un trésor que j’ai reçu. Cela devrait être aussi simple que de dire à un ami : « J’ai vu un beau coucher de soleil hier au-dessus du lac, viens ce soir avec moi, j’aimerais te le montrer. »
C’est simple, mais nous avons des réticences : c’est trop intime, je ne veux pas imposer mes croyances, on va se moquer, ma vie privée ne concerne que moi, etc.
La Samaritaine donne un bel exemple de témoignage. Elle parle en « je », met en avant le Christ, et termine par une interrogation : « Ne serait-Il pas le Messie ? ». Ainsi laisse-t-elle son interlocuteur libre de croire ou ne pas croire.
Sur nos lieux de travail, le témoignage ne peut se faire que dans un dialogue discret, profond et authentique. Ni ostentation, ni prosélytisme ne sont appropriés. Il y a trois manières de témoigner, qui doivent converger : les actes, la parole et la façon d’être, c’est-à-dire notre disposition intérieure : la joie, la confiance, l’espérance.
Elle se transmet, comme par contagion, à nos collègues ou aux personnes dont nous prenons soin.
Les habitants de la ville de la Samaritaine ont été touchés par les mots, les gestes et l’état d’esprit de la femme. Ils se sont déplacés.
Christian Tanon, pasteur, Église protestante unie de France, L’Escale, Paris

Ni ostentation, ni prosélytisme ne sont appropriés.

Notre façon d’être reflète nos convictions

Une femme rencontre Jésus en plein milieu de sa journée de travail, alors qu’elle vient puiser de l’eau au puits. Elle est tellement enthousiasmée par leur échange qu’elle n’hésite pas à en parler avec tous ceux qu’elle croise sur son chemin.
Nous aussi, nous pouvons être habités par des convictions spirituelles, mais en parler sur nos lieux de travail peut nous sembler délicat, entre autres à cause du respect du principe de la laïcité.
Heureusement, l’expression des convictions ne se limite pas à nos paroles.
De nombreux lecteurs de La Boussole ont choisi de s’engager dans des structures adhérentes de la FEP parce qu’ils partagent les convictions spirituelles ou éthiques portées par leur association ou établissement. Il s’agit déjà d’une prise de position signifiante et peu anodine.
La façon de travailler, l’attention accordée à chacun, l’accueil inconditionnel, la bienveillance, la patience, la joie… transmis par notre manière d’être sont autant de témoignages visibles de l’espérance qui nous anime.
Ce témoignage silencieux peut ouvrir les portes à des conversations dans nos équipes ou avec les personnes que nous accueillons, dans lesquelles chacun est libre de s’exprimer sans essayer de convaincre ni de prendre l’ascendant sur l’autre, mais avec douceur et dans le respect mutuel.
Alison Wyld, pasteure, Église Baptiste de Morlaix-Roscoff

La spiritualité est un plus

Les convictions spirituelles ont largement leur place dans nos institutions. Elles sont une richesse.
La question de la spiritualité a évolué. On est confronté à des postures d’indifférence, à des personnes qui vivent leur spiritualité au contact de la nature, ou qui méditent, ou qui pratiquent leur religion et demandent si elles ont le droit de prier sur leur lieu de travail… Toutes ont une éthique, des valeurs, des questions existentielles.
À partir du moment où des questions se posent, il faut les aborder et créer des espaces de dialogue. Les gens n’ont pas à cacher leur foi. La spiritualité est une valeur ajoutée à partir du moment où on peut en débattre sans juger et sans imposer sa vision. Elle doit être intégrée à l’institution, quand bien même elle reçoit des financements publics, mais dans le respect du cadre législatif.
Nous accueillons des personnes en grande exclusion, certaines avec des parcours de migration, qui se demandent tous les jours s’il y a un dieu. Une pratique spirituelle incarnée dans la vie quotidienne est un plus. Elle infuse la notion d’espérance, qui n’est ni l’espoir, ni l’optimisme mais une aspiration spirituelle intime à rencontrer celui ou celle qui m’est inconnu, et à voir en lui, en elle, mon alter ego. L’intelligence spirituelle ouvre à l’altérité, elle donne du sens à l’action.
Emmanuel Ollivier, directeur d’établissements pour la Fondation Armée du Salut

Seigneur, je reconnais que ma foi, même petite,
est un cadeau qui vient de toi.
Je t’en suis reconnaissant.
Mais ce cadeau n’est pas seulement pour moi,
je désire le partager, et en faire profiter tous ceux que je côtoie.
Aide-moi à surmonter mes réticences, à oser raconter ce que je vis avec toi.
Je ne suis qu’un témoin parmi d’autres.
Ce que je transmets est parfois timide ou maladroit,
mais Tu peux utiliser ce que je dis pour toucher les coeurs.
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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