Quand vous aurez fait tout ce qui vous est commandé,
La Bible, Évangile de Luc, chapitre 17, verset 10
dites : « Nous ne sommes que des serviteurs sans mérite
particulier ; nous n’avons fait que notre devoir. »

Raphaël Sinclair
Chemins de réflexion
Comme une évidence
On a tous une raison particulière de faire du bénévolat.
Telle personne dira : « Cela donne du sens à ma vie », telle autre « J’ai du temps libre »,
ou encore « J’aime le travail en équipe ». Mais la motivation qui revient le plus souvent, c’est : « J’ai besoin de me sentir utile. »
Or, la citation de la Bible pour aujourd’hui affirme que nous serions tous des « serviteurs
sans mérite particulier » ! Serait-ce à dire que nous ne servons à rien ?
Je préfère y entendre : je n’ai fait que ce que je devais faire. Je n’en tire pas d’orgueil, je n’en attends pas de grands remerciements. La gratuité du bénévolat, outre le fait de ne pas être rémunéré, c’est ne rien attendre en retour… mais recevoir énormément !
Carole, lors d’une formation au bénévolat en aumônerie, résume ainsi les choses : « Pour moi, c’est un appel et une grâce ». En langage profane, on dirait : « C’est comme une évidence pour moi, et je suis heureuse d’être là. » Quelles que soient les difficultés parfois rencontrées, le ou la bénévole peut dire : « Je me sens à ma place. » C’est très simple et pourtant essentiel.
Christine Renouard, pasteure, Église protestante unie de France
J’ai besoin de me sentir utile.
Une richesse qui n’a pas de prix
Si l’on en croit Albert Einstein, ce qui compte ne peut pas toujours être compté, et ce qui peut être compté ne compte pas forcément. Ainsi le bénévolat aurait, à première vue, l’avantage sur le salariat.
Mais mon expérience de la gestion des ressources humaines, ou plutôt de la richesse humaine, m’a montré qu’il était tout aussi passionnant et difficile de gérer des bénévoles que des salariés.
Les uns et les autres interviennent simplement sur deux plans différents qu’il convient de repérer et respecter.
Le bénévole peut être effectivement rapproché de ces « serviteurs sans mérite particulier » dont nous parle la Bible ou, dit autrement, « non nécessaires ». Sa tâche n’a pas à se substituer à celle d’un salarié. Son action n’est pas contrainte par un lien de subordination.
Il ne travaille pas, il oeuvre gratuitement – en tout cas sans salaire – car, bien sûr, il est rétribué en reconnaissance, en gratitude et même parfois en amour !
Cette introduction d’une dose de gratuité dans nos actions est un moyen de rétablir un peu d’égalité dans des relations trop souvent asymétriques entre celui qui aide et celui qui est aidé.
Je rêve, si un jour j’en avais les moyens, d’arrêter de travailler pour pouvoir me consacrer
sans doute quasiment aux mêmes activités, mais cette fois comme bénévole !
Pierre-Olivier Dolino, délégué général de la Fédération de l’Entraide Protestante
Des paillettes dans le quotidien
L’accueil de jour fonctionne historiquement avec des personnes bénévoles. On a une vingtaine de salariés et autant de bénévoles. Ils nous sont précieux, ils apportent un regard extérieur, de la vie, proposent des animations.
Ils ont une relation privilégiée avec les personnes accompagnées et un avantage extraordinaire sur les travailleurs sociaux : le temps. Ils sont disponibles, cent pour cent dédiés à la relation quand les travailleurs sociaux sont sollicités toute la journée.
Les bénévoles mettent des paillettes dans notre quotidien. Leur volonté n’est pas de se substituer aux professionnels. S’ils ne sont pas là, les services continuent de fonctionner. Leur présence nous permet de dégager du temps pour d’autres missions. Ils nous offrent des bouffées d’oxygène. Les bénévoles ont une place de choix et nous voulons les valoriser au mieux, les intégrer à nos projets, recueillir leurs bonnes idées, leur consacrer des temps dédiés, leur offrir des formations, les fidéliser. Nous avons besoin d’eux.
J’ai été recrutée en avril 2023 pour anticiper le déménagement de l’accueil de jour dans des locaux plus grands et continuer à développer le pouvoir d’agir des personnes accueillies. Aujourd’hui, une trentaine d’entre elles sont bénévoles.
C’est une volonté de l’association d’insuffler une dynamique nouvelle, de leur mettre le pied à l’étrier, de les réinsérer progressivement.
Marine Merlevede, référente bénévole de l’accueil de jour Solférino, Abej solidarité à Lille
Seigneur, merci de me rappeler que c’est un privilège de pouvoir te servir
en servant mes soeurs et frères.
Remplis mon coeur de reconnaissance : tu m’en juges digne.
Préserve-moi de la tentation de m’en vanter.
Préserve-moi de la tentation de me sentir supérieur à ceux qui me demandent un service.
Et le jour où je dois poser mon tablier, remplis-moi de confiance :
tu as trouvé quelqu’un d’autre pour poursuivre la tâche.
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.