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La Boussole

La Boussole III - 40

Quelle consolation pour ceux qui pleurent ?

Il essuiera toute larme de leurs yeux.

La Bible, Apocalypse, chapitre 21, verset 4
Tu n’es pas seul,
Marièle Gissinger

Chemins de réflexion

Laisser le temps des larmes

Les larmes, comme l’écrit le philosophe Michaël Fœssel, c’est l’excès du vécu sur le dicible.
La personne qui pleure se livre totalement, se met à nu. Ce ne sont pas seulement les yeux qui pleurent, c’est l’être tout entier, on pleure « corps et âme ». Cette exposition est parfois ressentie par autrui comme insoutenable, voire obscène.
Cette fragilité qui envahit notre être n’est pas toujours facile à accepter mais elle ouvre au dialogue avec l’autre, témoin de mes larmes.
Consoler celui qui pleure n’est pas chose aisée, nous devons surmonter notre gêne et résister à la tentation de prononcer des paroles toutes faites qui banalisent ou généralisent la souffrance.
Essuyer les larmes, ce n’est pas dire que l’on a tort de pleurer mais permettre à celui qui pleure de reprendre pouvoir sur sa souffrance et de continuer à vivre.
Laisser le temps des larmes, le temps du visage en pleurs… les larmes sont la préface d’une parole retrouvée.
Et comme chaque année qui commence, certains rient et d’autres pleurent, mais nous vivons tous dans l’espoir d’une consolation future. Brice Deymié, pasteur de l’Église protestante française au Liban

Essuyer les larmes, ce n’est pas dire que l’on a tort de pleurer mais permettre à celui qui pleure de reprendre pouvoir sur sa souffrance et de continuer à vivre

Consoler au-delà des mots

« Je voudrais être un baume versé sur tant de plaies ».
Face à l’immense détresse des hommes et femmes qu’elle côtoie dans le camp de Westerbork, Etty Hillesum, jeune femme juive, a écrit ces mots dans son journal, en octobre 1942.
Voilà une bien belle manière de dire ce que signifie consoler : apporter un peu de douceur et d’humanité au cœur de la réalité si dure de la souffrance ; offrir une simple présence, un mot apaisant, un geste de tendresse, un regard qui cherche à rejoindre l’autre dans sa douleur.
Nous le savons bien, il n’existe pas de recettes. Tout est à réinventer chaque fois, avec l’intelligence du cœur et une compassion sincère.
Mieux que les mots, parfois si pauvres et banals, aussi bien intentionnés soient-ils, les gestes du corps peuvent « parler » : une mère ne prend-elle pas son enfant inconsolable dans les bras ? L’époux aimant ne témoigne-il pas à sa femme en pleurs un geste de tendresse pour la réconforter ?
La Bible affirme que Dieu lui-même nous consolera un jour de toutes nos souffrances. Il privilégiera alors non pas des paroles, mais un geste concret, corporel et tendre : Il essuiera toutes les larmes de nos yeux.
Il est des gestes, parfois tout simples, capables de consoler au-delà des mots.
Osons-les quand les mots nous manquent face aux larmes de nos frères et sœurs en humanité.
Andreas Lof, pasteur, Fondation Diaconesses de Reuilly

Trouver la bonne distance

Je travaille en service de soins palliatifs depuis huit ans.
Je préfère parler d’accompagnement réconfortant plutôt que de consolation.
Les patients qui arrivent dans notre service sont atteints de maladies incurables.
Notre objectif est d’essayer de les prendre en charge au mieux, physiquement et moralement.
Selon le besoin du patient, cet accompagnement réconfortant peut être différent, plus ou moins actif : soigner, accompagner dans les gestes du quotidien (aide à la toilette, aux déplacements, aux repas…), guider tout en respectant l’autonomie, les souhaits.
Souvent, une écoute active est nécessaire : accueillir les émotions, les questionnements.
Quand arrive la fin, seule une présence, même silencieuse, un geste sûr et discret, peuvent parfois réconforter, apaiser patient et proches.
Il faut observer, s’imprégner, trouver la juste place dans la proximité, chercher constamment le bon équilibre, s’adapter en permanence, faire preuve d’humilité, prendre le temps, s’autoriser même la maladresse…
Accompagner, réconforter, c’est aussi recevoir, s’enrichir et grandir.
Liliana M., aide-soignante à Strasbourg

Dieu de consolation, Tu te charges de ce qui nous charge 
au point que nous avancions, à tout moment
de l’inquiétude vers la confiance
de l’ombre à la clarté.
Déconcertés par l’incompréhensible souffrance des innocents,
nous prions pour ceux qui connaissent l’épreuve.
Inspire le cœur de ceux
qui cherchent une paix si indispensable
pour toute la famille humaine.
Frère Roger de Taizé, « Prier dans le silence du cœur »
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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