SOUTENIR LA FEP
La Boussole

La Boussole III - 49

Pourquoi s’écouter les uns les autres ?

Si l’oreille disait : « Comme je ne suis pas un œil, je ne fais pas partie du corps », cesserait-elle pour autant d’appartenir au corps ?

La Bible, 1 Corinthiens, chapitre 12, verset 16
Elles chuchotent,
Carole Troclet

Chemins de réflexion

Écouter pour grandir en humanité

Connaissez-vous une situation dans la vie où l’écoute n’est pas primordiale ?
Oui, s’il y a danger. Si votre enfant vous parle tout en se penchant par la fenêtre, vous n’allez pas l’écouter, mais le ceinturer et le ramener dans la chambre.
Après seulement, vous l’écouterez.
L’écoute est importante en toute situation : quand nous voulons enseigner, vendre, ou vivre des relations paisibles en famille. Quand nous voulons visiter les malades, les détenus, accompagner…
Quelqu’un vient vers vous avec une demande. L’écoute active consiste à discerner son vrai besoin : comme un train peut en cacher une autre, une demande peut en cacher une autre, plus profonde.
Le psychologue Carl Rogers relève trois principes qui aident la personne écoutée à grandir : la compréhension empathique de l’écoutant, son acceptation inconditionnelle et son authenticité.
C’est extraordinaire de voir aussi comment l’écoute au sein d’une équipe de travail libère la créativité. C’est ce qu’on appelle l’intelligence collective.
Écouter l’autre me fait grandir en humanité car je me dis qu’il a peut-être quelque chose à m’apprendre.
L’écoute exige disponibilité, patience et maîtrise de soi. Finalement, écouter, n’est-ce pas aimer ?
Christian Tanon, pasteur, Église protestante unie de France, L’Escale, Paris

Écouter l’autre me fait grandir en humanité car je me dis qu’il a peut-être quelque chose à m’apprendre.

Des espaces où la parole peut circuler

Pendant plus de trente ans, les réunions d’équipe ont fait partie de mon quotidien de pasteur. J’ai souvent observé que ceux qui prenaient peu la parole, par timidité ou pour d’autres raisons, avaient souvent autant (ou plus !) de choses pertinentes à dire que ceux qui parlaient beaucoup.
J’ai aussi le souvenir de réunions dans lesquelles la règle était d’inviter chacun à s’exprimer. Le résultat était souvent un échange plus riche et intéressant pour tous. Les tours de parole, par exemple (systématiquement annoncés à l’avance), offraient à chaque participant de communiquer librement et de mettre sur la table ce qu’il avait envie d’exposer.
Ils étaient toujours très stimulants pour le travail et la vie de l’équipe.
Bien sûr, ces réunions sont consommatrices de temps et nos agendas serrés ne les autorisent pas toutes les semaines.
Mais j’ai maintes fois constaté les bénéfices d’un tel espace de parole et d’écoute des uns et des autres : chacun se sent mieux reconnu et l’équipe devient, progressivement, plus soudée et fraternelle.
La reconnaissance de chaque personne dans une équipe, quels que soient son rôle ou sa responsabilité, passe aussi par la création de ces espaces où la parole peut circuler librement et où tous peuvent parler et être entendus.
Andreas Lof, aumônier de la Fondation des Diaconesses

L’écoute, un palliatif à la toute-puissance

Lorsque j’ai démarré mon ministère pastoral, un collègue plein de sagesse m’a dit :
« N’oublie jamais que le Créateur nous a donné une bouche et deux oreilles… et si nous avons deux oreilles, c’est pour écouter deux fois plus que parler ! » Cette phrase m’accompagne chaque jour.
Nul ne contestera l’importance de l’écoute pour créer les conditions d’une rencontre et d’une reconnaissance mutuelle. L’écoute ouvre un espace dans lequel chacun peut se tenir dans sa singularité, avec sa parole, ses convictions, ses envies, ses attentes.
Il n’y a pas de travail d’équipe sans écoute réciproque. Il n’y a pas d’intelligence collective sans écoute partagée. Il n’y a pas d’épanouissement personnel qui ne passe par la conviction d’être écouté et entendu.
L’écoute de l’autre, c’est aussi le meilleur palliatif contre le risque de la toute-puissance : sa parole vient poser une limite à mes certitudes, mon omniscience, mon autosuffisance.
Entre le flot incessant de nos courriels et le brouhaha médiatique constant, existe-t-il encore des espaces pour s’écouter vraiment les uns les autres ? Les Églises ? Les lieux d’engagements bénévoles ou professionnels ?
Il y a urgence à prendre soin de l’écoute.
Guillaume de Clermont, directeur général de la Fondation John BOST

Seigneur, donne-moi la grâce de me désarmer de la volonté d’avoir raison. 
Que je ne sois plus sur mes gardes, jalousement crispé sur mes opinions.
Que je ne tienne pas particulièrement à mes idées et mes projets, si l'on m'en présente de meilleurs, ou plutôt non pas meilleurs mais bons, que je les accepte sans regrets.
Que ton amour me libère de toute peur et de tout besoin caché de dominer.
Libère-moi de moi-même pour que je devienne une terre d’accueil pour les autres et reçoive tout ce que Tu me donnes à travers eux.
Et qu’ainsi je puisse aussi t’accueillir.
Prière inspirée par un texte du patriarche Athénagoras
Version à télécharger et imprimable

Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

Abonnez-vous pour recevoir la Boussole

Suivez-nous sur les réseaux sociaux