SOUTENIR LA FEP
La Boussole

La Boussole III - 28

Peut-on naître de nouveau ?

Comment un homme pourrait-il naître s’il est vieux ?

La Bible, Évangile de Jean, chapitre 3, verset 4

Chemins de réflexion

Les soins prodigués au corps ont une portée spirituelle

Nicodème, un juif sage et vieux, pose cette question à Jésus qui vient de lui dire que nul ne peut voir le royaume de Dieu s’il ne naît de nouveau.
L’affirmation de Jésus a, évidemment, une portée symbolique : que nos yeux s’ouvrent sur le monde de Dieu comme ceux d’un nouveau-né.
La naissance, c’est d’abord un corps qui se jette dans la vie et la métaphore employée, pour spirituelle qu’elle est, ne doit pas éluder les questions charnelles car sinon Jésus aurait seulement parlé de purification au lieu d’évoquer l’accouchement.
Les soins et l’attention portés au corps, en particulier quand il s’agit de soulager, de soigner, de libérer, ont une portée spirituelle ; chaque petite parcelle de peau peut renaître à la vie.
Tous les soignants, tous les aidants, sont engagés dans cette lutte contre l’agonie des chairs pour faire éclater le désir d’être à nouveau là. Ici faisons l’éloge du geste banal mais ô combien nécessaire pour reconnecter l’humain, corps souffrant, au monde.
Brice Deymié, pasteur de l’Église protestante française au Liban

L’affirmation de Jésus a, évidemment, une portée symbolique : que nos yeux s’ouvrent sur le monde de Dieu comme ceux d’un nouveau-né

Sortir puis naître

Décembre. Une période difficile en ESAP (Établissement de santé privé autorisé à exercer l’activité de soin en psychiatrie). Au détour d’une discussion avec les patients, je questionne : « C’est quoi pour vous Noël ? »
L’un des patients annonce : « Noël, c’est la fête de la sortie des ventres ! » Je questionne, et il m’explique : « Jésus sort du ventre de Marie. On fête la sortie du ventre. » Y a-t-il deux étapes ? D’abord sortir, puis naître ?
Sortir des ventres, de ce qui représente un horizon bouché ! Alors naître est possible à tout âge et plusieurs fois dans une vie : c’est sortir. Non pas être sorti, mais sortir. C’est une réalité que chacun de nous peut expérimenter : tu peux m’ouvrir la porte, tu peux avoir préparé mes jambes par des massages, mais c’est bien moi, quand bien même tu me tiendrais la main, qui vais faire un premier pas pour franchir le seuil, pour sortir.
Se penser acteur de sa sortie hors des ventres qui occultent notre avenir, puis naître quand l’autre me nomme, me parle.
Le récit biblique de l’Exode met les choses dans cet ordre : d’abord sortir d’Égypte, puis être nommé par Dieu, naître « peuple ».
J’en ai la conviction : parfois Dieu ouvre la porte, parfois Il nous pousse dehors, et toujours Il nous nomme… Naître de nouveau, face à lui, ne serait-ce pas accepter de l’entendre nous nommer « ami » ?
Isabelle Bousquet, pasteure, Fondation John BOST

Participer à la recréation de la vie

Une relation vraie et vivante est précieuse pour faire naître ou renaître la vie : l’amour, la tendresse, dans les gestes, un regard échangé ou plus prosaïquement dans une photo, une fleur, un livre et même… une collection de timbres qui passe de main en main depuis deux ou trois générations.
Ce grand père, dans son lit, refusait de manger. Il a recommencé à vivre quand son fils lui a apporté cet énorme livre, sa collection de timbres, pour qu’il le donne à son petit-fils. Tous les trois, ensemble, ils ont ouvert le trésor.
Ils avaient soudain le même âge : celui de l’enthousiasme et du désir ! Les soignants ont pu, pour un temps encore, accompagner la vie renaissante de ce vieux monsieur…
Le défi des soins et de l’accompagnement des personnes âgées qui habitent les EHPAD n’est probablement pas de « faire renaître la vie », qui est là jusqu’au dernier souffle, mais plutôt de participer à la recréation de la vie passée afin qu’elle devienne richesse, joie – même si elle suscite larmes, colère ou silence.
Que chaque soignant fasse alliance avec leurs proches pour que cette relation vivante surgisse au détour d’un mot, d’une étincelle dans les yeux. Cette attention est sûrement le moteur de l’accompagnement jusqu’à la Vie.
Sœur Nathanaëlle, diaconesse de Reuilly

Seigneur, merci pour ton écoute chaque fois que je m’adresse à toi.
Tu es mon Dieu qui prend soin de moi.
J’ai besoin d’être renouvelé dans ma vie.
Besoin de retrouver du sens, dans mes pratiques professionnelles,
dans mon rapport aux autres, à ma famille.
Donne-moi la force de me relever et de me réinventer, comme une nouvelle naissance.
Comme un nouveau-né, un enfant, qui a besoin de ses parents,
moi j’ai besoin de toi pour avancer sur le chemin et les choix de vie.
Version à télécharger et imprimable

Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

Abonnez-vous pour recevoir la Boussole

Suivez-nous sur les réseaux sociaux