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La Boussole

La Boussole V - 6

Paroles ou silence, que choisir ?

Puis ils restèrent là, assis par terre, à ses côtés,
sept jours et sept nuits.
Aucun d’eux ne lui dit un mot car ils voyaient bien
combien sa souffrance était grande.

La Bible, Job, chapitre 2, verset 13

Chemins de réflexion

Le silence n’existe pas

En 1952 le compositeur de musique John Cage écrit une oeuvre silencieuse qu’il nomme
4’33 » (quatre minutes trente-trois secondes), ce qui représente la durée de ce silence.
Dans Silence-Discours et écrits, il note en 1970 : « Je n’ai rien à dire, et c’est ce
que je dis ». John Cage, au-delà de la provocation, voulait faire écouter le silence à ses auditeurs.
Le silence est un temps, un espace propre. Il change totalement de nature selon
qu’il est subi ou choisi, mis en scène. Dans 4’33 » s’engouffre la rumeur du monde et de tous les discours. « Le silence n’existe pas » affirmait John Cage et c’est précisément ce qu’il
souhaitait faire « entendre ».
Job n’a rien entendu du silence de ses amis parce qu’il était plein du cri de sa souffrance. Lorsque nous sommes devant un malade, un mourant, un détenu, devant quelqu’un qui nous bouleverse, quelqu’un qui a demandé notre aide, une parole n’est pas forcément pertinente ni un silence nécessairement partagé.
Dans la relation d’aide, et pour prendre une métaphore musicale, le plus dur est d’être en mesure avec l’autre.
Brice Deymié, pasteur de l’Église protestante française au Liban

Un petit « oui » de temps en temps, simplement pour dire que je suis là.

Je me tais et j’écoute

Hôpital, rencontre avec un patient, « et vous, vous savez ce qu’il y a après la mort ? »… Vite ! dire quelque chose, chercher une réponse, remplir le silence.
Après un temps d’agitation intérieure, je me demande si je dois finalement dire quelque chose.
Qu’il est tentant, et parfois facile, de saturer le vide de mots, de bruits, de paroles, d’informations ! Et à la fin, que reste-t-il ?
Donner de la place, de l’épaisseur au silence ; lui laisser me dévoiler, me révéler une autre parole que le flot de mes pensées. Silence vide, silence pensif, silence contemplatif, silence de remords, silence du pardon (reçu ou donné), silence de sérénité, silence pour mieux s’écouter, pour mieux entendre une parole neuve. Silence… Avez-vous goûté au silence ?
Notre modernité menace le silence. La bonne parole à dire (ou à écrire) n’est pas dans ce que je sais, affirme, revendique… Comme aumônier, face à une personne malade, je me rappelle chaque fois : « Je n’ai pas tant besoin de parler pour te réconforter que de t’écouter pour accueillir ta parole, tes mots, ta vérité ». Face à la vacuité de ce monde, face à mes propres questionnements je choisis, Seigneur, d’accueillir ta parole, tes mots, ta vérité. Alors, je me tais et j’écoute.
Charles-Édouard Doublier, animateur de l’accompagnement spirituel, Armée du Salut

Le silence nous relie

Ce jeune Africain est venu au Solidéj’ ; je le reçois à la permanence administrative.
Il est là, assis en face de moi, le dos courbé. Quand il relève la tête, son visage est impassible, ses yeux hagards ne regardent rien. Il me raconte son histoire : le départ précipité de son pays natal, la traversée de la Méditerranée où certains se sont noyés sous ses yeux, son débarquement
en Espagne… Quelques phrases hachées, entrecoupées par de longs silences.
Je suis bouleversée, mal à l’aise. Comment accueillir ce récit sans me laisser envahir par ce qui me paraît inaudible ? Un petit « oui » de temps en temps, simplement pour dire que je suis là. Je me penche vers lui comme pour mieux communier à sa détresse. Mon silence me permet d’accueillir l’autre dans son humanité. Il me permet aussi de me connecter à mes émotions
pour garder une distance, pour rester dans une situation bienveillante, pour écouter sans sombrer.
Ce silence permet à l’autre d’exister, il nous relie. Mais j’ai envie de le briser comme pour briser cette souffrance que je reçois en pleine figure. Écouter c’est aussi répondre : que dire ?
Ce silence n’est pas vide, il est rempli de l’amour de Dieu qui a vu son Fils souffrir sur la croix.
J’ai alors la certitude que Dieu mettra dans ma bouche des paroles d’espérance.
Annick Liffran, bénévole, Mission Populaire Évangélique de France, Fraternité de Saint-Nazaire

Seigneur, permets-nous d’aller là où les oiseaux se taisent,
où les pas s’assourdissent,
où le ciel lui-même ne pèse plus sur nos têtes comme un couvercle flamboyant.
Notre Dieu, donne-nous le silence comme seul compagnon
pour le moment désirable à nos coeurs.
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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