Ils demeureront chacun sous sa vigne et son figuier, et personne pour les troubler. Car la bouche du Seigneur de l’univers a parlé.
La Bible, Michée, chapitre 4, verset 4

Carole Troclet
Chemins de réflexion
Les pieds dans la glaise
Le philosophe Bruno Latour, qui vient de mourir, a publié en 2017 un livre intitulé « Où atterrir ? ». Il développe, dans son ouvrage, l’idée selon laquelle il ne faut plus opposer le local au global.
Cette opposition a conduit à deux choix contradictoires.
Le premier, une fuite en avant, a des conséquences désastreuses pour l’humain et la planète. Le second, un retour en arrière, face à un monde qui paraît incontrôlable, recherche des solutions dans des protections illusoires que sont les frontières ou les « identités meurtrières » (l’expression est d’Amin Maalouf).
Devant le dérèglement climatique, l’explosion des inégalités et les migrations généralisées, l’humain doit retrouver un terrain d’atterrissage.
Une fois atterris, et l’atterrissage est parfois violent, les Terriens pourront à nouveau explorer le sol où ils vont désormais habiter et reprendre goût à la liberté et au vivre ensemble. Redécouvrir l’humus, c’est-à-dire l’humilité de la terre.
Comme l’écrit le prophète Michée, c’est « sous sa vigne et son figuier », autrement dit les pieds dans la glaise, et non pas hors sol, que nous pourrons vivre comme citoyens du monde.
Brice Deymié, pasteur de l’Église protestante française au Liban
C’est les pieds dans la glaise, et non pas hors sol, que nous pourrons vivre comme citoyens du monde.
Cultiver son jardin
Lorsque nous sommes désabusés par les dérégulations de toutes sortes, il est difficile de ne pas perdre le nord.
Il nous arrive de nous sentir ballottés aux vents de décisions politiques qui ne nous appartiennent pas, si loin de nos conceptions, voire si loin de chez nous, et qui ont pourtant ont un impact direct sur notre climat, notre quotidien. Michée nous dévoile une autre vision, nous annonce un autre possible, « chacun sous sa vigne, son figuier ».
J’y lis d’abord une invitation à nous recentrer sur notre pouvoir d’agir concrètement, localement.
Une manière de « cultiver notre jardin », avec le soutien de Dieu.
Lorsque je fais mon travail avec soin, lorsque je porte mon attention sur l’autre au plus près de moi, je commence à changer mon monde.
Avec cette confiance donnée, en m’inspirant de l’autre, de son idée géniale, je retrouve une boussole, un sens et une énergie si chère et précieuse que rien ne la troublera.
Cette alternative qui m’est offerte m’ouvre à l’espérance d’un possible là où tout semble fragile.
Avec la force d’un autre pour créer du solide, à mon niveau.
Rémi Droin, pasteur, Toulouse Ouverture – To7
Un enracinement salutaire
La Fraternité de Saint-Nazaire accueille chaque jour cinquante à soixante personnes (sans domicile, immigrées, isolées…) qui ont en commun d’être déracinées c’est-à-dire coupées d’un milieu familial, professionnel ou amical qui leur permettrait de vivre pleinement dans le regard de l’autre.
Notre accueil va au-delà de la fourniture de services de première nécessité (petit-déjeuner, douche, lavage du linge, accès au téléphone et à Internet, vestiaire, frigo solidaire…).
Chaque personne est invitée à être partie prenante de la bonne marche de la Fraternité et à y développer ses talents. C’est ainsi que Christophe et Teouta ont intégré la cuisine, que David fait de menus travaux, que Sarah anime un atelier d’anglais, et que d’autres ont activement participé à l’organisation de notre fête du centenaire…
Cet accueil offre à chacun une pause et permet « un enracinement », selon les mots de Simone Weil, pour repartir et s’intégrer dans une communauté de vie.
Les bénévoles se reconnaissent des devoirs envers les personnes accueillies. Ils vivent pleinement cette parole du Christ : « J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais étranger et vous m’avez recueilli… » (Matthieu 35.25)
Pierre Lepetit, président de la Fraternité de la Mission Populaire à Saint-Nazaire
Seigneur, aide-nous à secourir les oubliés de la Terre.
Donne-nous la force d'être des protecteurs de ce monde, et non des prédateurs.
Fais que nous puissions semer la beauté et non la pollution, ni la destruction.
Permets-nous de redécouvrir notre humanité à travers l'humus de la Terre.
Texte librement adapté de la « Prière pour notre Terre », Chrétiens dans le monde rural
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.