SOUTENIR LA FEP
La Boussole

La Boussole III - 47

N’y a-t-il que le résultat qui compte ?

Jésus donne aux apôtres l’exemple d’un serviteur auquel son maître demande de préparer le dîner et de le servir. Le maître ne doit aucune reconnaissance particulière à son esclave parce qu’il a fait son devoir.
Vous de même, quand vous avez fait tout ce qui vous a été ordonné, dites :
« Nous sommes des serviteurs inutiles, nous avons fait ce que nous devions faire ».

La Bible, Évangile de Luc, chapitre 17, verset 10
Fleurs de pommier,
Claire Tragel

Chemins de réflexion

Ambassadeurs de l’inutile

Utile, actif, performant… Engagé, consacré, fidèle ! L’entreprise, l’association et même l’Église (!) déploient leur sémantique propre pour traduire une même idée : priorité à l’agir.
Lequel d’entre nous, en effet, n’a jamais ressenti la satisfaction du devoir accompli, la joie valorisante du : « Bravo c’est bien », ou la déception du : « Pas encore assez » ?
Eh bien, cette doctrine du pragmatisme, perçue aujourd’hui comme indiscutable, est mise à mal par l’Évangile.
Dans la parabole, le serviteur hyperactif est invité à se considérer comme un « bon à rien » ! Non que ce qu’il réalise n’a pas de valeur, mais parce que le sens de sa vie ne peut être entièrement contenu dans l’agir.
L’hyperactivité est ici considérée par Jésus comme un cache-misère de l’existence ; certes important aux regards des urgences et des besoins du temps, mais in fine incapable de sauver, de répondre aux questions essentielles : Qu’est-ce que je « fais » là ? Qui (et pour qui) suis-je ?
Y a-t-il Quelqu’un ?
Et si un instant nous nous faisions ambassadeurs de l’inutile, messagers de cette bonne nouvelle que nous sommes aimés pour rien, juste par amour ?
Pierre Lacoste, pasteur de l’Église libre de Bordeaux-Pessac (33)

L’hyperactivité est ici considérée par Jésus comme un cache-misère de l’existence

Ces petites choses qui comptent

Cette soignante rencontrée dans un service fermé en Ehpad avait un jour trouvé sa vocation et eu le sentiment qu’elle allait s’épanouir dans son métier.
Mais le mois dernier, devant ses collègues, elle a craqué ! Il lui semblait soudain que tout ce qu’elle faisait n’était qu’une goutte d’eau dans l’océan. Une collègue lui a répondu : « Mais si cette goutte n’existait pas, elle manquerait ! » s’appuyant sur cette réflexion de Mère Térésa affichée dans le hall de la résidence.
Aumônier depuis peu dans plusieurs Ehpad où l’on prend soin d’êtres dépouillés de tout et qui errent inlassablement dans des couloirs sécurisés, je prends conscience qu’il n’y a dans ces lieux aucune place pour la suffisance ni pour l’orgueil.
Je suis ce serviteur inutile vite remplacé, vite oublié, presque transparent.
Certains prétendent que parler aux résidents, écouter leurs discours souvent décousus est une pure perte de temps.
Mais mon travail a tout son sens. Seul Dieu voit au cœur. Cette conviction m’offre de percevoir des trésors de foi : des yeux s’illuminent lorsqu’un cantique est entonné, des prières sont récitées avec conviction…
De temps en temps, je reçois la grâce d’une confidence, d’un sourire ou d’un merci !
Je me réjouis de toutes ces petites choses qui comptent et témoignent que la vie est là, que le Seigneur est proche.
Éliane Wild, aumônier de l’Uepal

Je ne suis pas Superwoman

La charge de travail était tellement lourde que j’avais perdu le sens de l’humain, l’essence de mon travail.
J’étais dans la « maltraitance institutionnelle » : j’administrais les médicaments dans la bouche des patients car je n’avais pas le temps d’attendre qu’ils prennent un comprimé après l’autre ; le temps d’une tension, j’allais mesurer la glycémie dans la chambre d’en face. C’était d’une violence extrême. À l’opposé de mon idéal de soin.
J’ai fait un burn out.
L’épuisement professionnel commence toujours par une histoire d’amour, un travail-passion.
S’il n’y a pas de passion, il n’y a pas de burn out.
Pendant mon arrêt maladie, onze personnes se sont succédé sur mon poste en huit mois. La seule issue pour moi était de changer de service. C’était une question de survie.
Je travaille maintenant dans un service où j’ai retrouvé le sens de ce que je fais. Quand une personne souffre ou pleure, j’ai du temps à lui accorder. Avant, je n’avais plus le temps de donner un mouchoir.
Des résultats sont attendus au niveau professionnel, c’est notre rôle. Mais dans la relation, on est dans la subjectivité.
À nu devant la souffrance. Je crois qu’il y a 90% qui nous échappent complètement. C’est la part de Dieu.
Je ne suis pas Superwoman. J’effectue mes 10% du mieux que je peux. Je lâche prise et je laisse Dieu faire ses 90%.
Et si les signes d’épuisement réapparaissent, c’est qu’il est temps de changer de poste.
Anelka, infirmière (67)

Seigneur Jésus, souvent je me sens aussi pauvre et démunie que ceux et celles que je veux aider. 
Lorsque je suis perdue devant l'ampleur de la tâche, aide-moi à voir ce qui est important, à me retrouver.
Tu étais au milieu des tiens comme un serviteur. Ta perfection était dans l'amour.
Montre-moi ce chemin. Change mon regard je te prie.
Toi, Tu ne me demandes pas l'impossible. Mais Tu me dis : « Va avec la force que tu as ».
Amen
Version à télécharger et imprimable

Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

Abonnez-vous pour recevoir la Boussole

Suivez-nous sur les réseaux sociaux