Les pharisiens et les scribes murmuraient ; ils disaient :
La Bible, Évangile de Luc, chapitre 15, verset 2
« Cet homme-là fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux ! »

Claire Biette
Chemins de réflexion
Changement de regard
Lorsque je rencontre l’autre différent de moi, qu’est-ce que je découvre de lui ? Sa couleur de peau, son rang social, sa nationalité, sa manière de parler, de s’habiller, sa propreté, sa profession ? Le risque est grand alors de le catégoriser, de l’étiqueter, de le réduire voire même de l’identifier à une de ces caractéristiques.
Mais l’autre est-il réductible à ce que je perçois de lui ?
Il est bien plus que ce qu’il donne à voir car ce qu’il est en vérité m’échappe totalement. Son identité profonde ne m’est pas accessible. L’autre devrait-il, pour que je l’accueille, répondre à mes critères très subjectifs d’honorabilité et de respectabilité ?
Jésus déplace la question. L’autre, quel qu’il soit, est mon semblable, d’une infinie dignité car aimé de Dieu comme moi, avec ses forces et ses faiblesses.
Nous sommes sur un pied d’égalité sous le regard de Dieu, faits de cette même humanité, avec nos failles et nos aspirations à l’amour et au partage.
Seules limites à cette rencontre, les peurs de part et d’autre, les risques ou non à prendre.
Denis Heller, pasteur, Fondation Diaconesses de Reuilly
L’autre, quel qu’il soit, est mon semblable, d’une infinie dignité car aimé de Dieu comme moi, avec ses forces et ses faiblesses
Accueillir ceux que tous méprisent
Les Évangiles nous montrent que Jésus mangeait et parlait avec toutes les personnes de son époque, que ce soit les gens haut placés (les scribes et les pharisiens) ou les « gens de mauvaise vie », les « pécheurs » rejetés par les autres à cause de leur comportement.
Cette attitude ne plaisait pas à tout le monde : nous lisons ici que certains murmuraient contre lui et lui reprochaient cet accueil inconditionnel. Ces reproches seraient-ils justifiés ?
En réalité, nous constatons que les « gens de mauvaise vie », les exclus, étaient beaucoup plus réceptifs au message du Christ, cette Bonne Nouvelle qui leur annonçait le pardon de leurs fautes par la grâce et l’amour de Dieu.
À l’inverse, les scribes ou les pharisiens s’opposaient presque toujours à Jésus, ne l’écoutant que pour essayer de le contredire, de le prendre en faute ou pour lui faire des reproches.
Il en est bien souvent de même aujourd’hui : ceux que tous repoussent ou méprisent reçoivent plus facilement l’Évangile, et Jésus nous demande de les accueillir pleinement comme lui sait toujours le faire : la Bonne Nouvelle n’est pas réservée à quelques-uns, mais Dieu veut que tous soient sauvés et parviennent à la connaissance du Christ
Mario Holderbaum et Bruno Landais, pasteurs, Église tzigane Vie et lumière
De nombreux freins
L’inconditionnalité de l’accueil est inscrite dans le code de l’action sociale et des familles, « toute personne sans abri et en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d’hébergement d’urgence ».
Dans la pratique, sa mise en œuvre se heurte à de nombreux freins, tels que le cadre, le manque de moyens ou de structures adaptées.
À partir du moment où il y a un cadre, l’accueil n’est plus inconditionnel et se fait sous conditions. Ce ne sont pas des conditions de genre, de nationalité, de statut social ou de sexe mais des conditions qui définissent les règles de vie, d’accueil et de prise en charge et permettent de veiller au bon respect et au fonctionnement du collectif.
Il y a les règles : « pas de consommation de produits illicites, pas de violence… » ; et il y a les seuils : « qu’est-ce qui est acceptable ? qu’est-ce qui est violent ? » Les niveaux d’acceptation ou de refus sont souvent discutés en équipe et constamment réévalués car les besoins, les situations et la société ne cessent d’évoluer. À l’inverse des limites qui sont posées par le cadre, la manière de recevoir quelqu’un est inconditionnelle.
Elle est basée sur le non-jugement, l’absence d’interprétation ou d’a priori.
C’est dans cet état d’esprit que nous souhaitons accompagner ces personnes pour que cette « étape » leur permette de retrouver leur dignité.
Queren Justes, travailleuse sociale, centre d’hébergement d’urgence du Service d’Entraide Protestant de La Grand’Combe (30)
Seigneur,
nous avons souvent des préjugés qui nous empêchent d’accueillir certaines personnes
comme toi Tu le ferais, et nous t’en demandons pardon.
Nous voulons suivre ton exemple et nous rappeler sans cesse que ta Bonne Nouvelle est une porte ouverte à tous.
Apprends-nous donc à l’annoncer en faisant bon accueil à chacune et chacun, avec écoute et bienveillance.
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.