Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur terre : ma mission n’est pas d’apporter la paix, mais l’épée.
La Bible, Évangile de Matthieu, chapitre 10, versets 34

Jean-Claude Schaal
Chemins de réflexion
Jésus est le Prince de la paix
Cette parole du Christ est bien troublante et obscure. Jésus ne serait pas venu pour apporter la paix mais l’épée, c’est-à-dire la violence, la guerre ? Que fêtons-nous alors à Noël ?
Commençons par rappeler que le mot « épée », dans la tradition hébraïque, signifie « division ». Rapportant exactement la même parole du Christ, l’Évangile de Luc parle bien de « division » à cet endroit (Luc 12.51).
Dans les versets qui suivent notre passage, Jésus sait que sa présence divise toutes les familles en Israël. La plupart espéraient un leader militaire et politique pour libérer le pays occupé par les Romains. Mais Jésus est un messie « doux et humble de cœur ».
Jésus refusera la tentation du pouvoir et de la domination. Il proposera un chemin de fraternité, de solidarité avec les plus fragiles, un chemin d’amour qui inclut même les ennemis, et déclarera : « Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils et filles de Dieu. »
Nous fêtons, à Noël, un Dieu qui se laisse contempler dans la non-puissance et la fragilité d’un bébé. Un Dieu qui se révèle à nous dans l’homme Jésus de Nazareth (« Celui qui m’a vu a vu le Père »), qui refusera jusqu’au bout toute tentation de violence religieuse ou politique.
Nous chantons ces jours-ci qu’Il est le « Prince de la paix ». À juste titre.
Marchons à sa suite.
Andreas Lof, pasteur, Fondation Diaconesses de Reuilly
Nous fêtons, à Noël, un Dieu qui se laisse contempler dans la non-puissance et la fragilité d’un bébé
À Noël, Dieu se moque des grands de ce monde
César Auguste donne l’ordre de faire recenser le monde. Et chacun doit se plier à cette mesure. L’Empire exige l’obéissance de tous pour garantir la paix, la fameuse paix romaine, obtenue au prix de l’écrasement de toute tentative de rébellion.
En fait, l’Empire connaît en permanence des guerres avec leur lot de souffrances. Marie et Joseph, des gens humbles, doivent partir pour Bethléem. L’ordre de l’Empire fait se réaliser une prophétie : Ésaïe avait annoncé que le Messie devait naître dans cette ville.
Puis d’autres puissances supérieures, des anges, adressent un ordre de marche à une catégorie de gens en général peu considérés, les bergers. Leur peur initiale se transforme vite en joie, car ils entendent une Bonne Nouvelle.
Ils se mettent allègrement en route pour contempler cet enfant appelé à devenir Sauveur de tout le peuple.
Souvent, je me pose la question : mais comment Dieu mène-t-il notre monde ? L’évangéliste, avec ironie, suggère que l’action de Dieu se fait à l’insu des grands de ce monde.
Paix aux hommes de bonne volonté ou paix aux hommes que Dieu aime ?
Le texte peut vouloir dire les deux, pourquoi choisir !
Dieu aime les humains, ceux qui acceptent cet amour font tout naturellement preuve de bonne volonté pour construire la paix, partout où ils se trouvent…
Thomas Wild, pasteur UEPAL en retraite
Quand Noël célèbre l’absence
La période de fin d’année est un moment redouté par les personnels qui interviennent dans les établissements sociaux. Ce temps devrait être une période de joie, de renforcement de liens sociaux et familiaux parfois distendus et pourtant, la sérénité n’est pas toujours au rendez-vous.
Accompagner les plus fragiles, vulnérables, isolés, c’est être au quotidien celui qui tient la main, soutient, guide parfois au gré des situations, des écueils rencontrés, alors pourquoi cette sensation au moment des fêtes ?
Un peu de culpabilité peut-être parce que ceux de la rue, ceux qui vivent au sein d’établissements, n’auront personne avec qui partager Noël.
Bien que les institutions et les professionnels prennent cette difficulté en compte dans l’accompagnement de leurs publics, il n’en reste pas moins que Noël demeure parfois une période douloureuse.
Nous essayons, dans notre approche bienveillante, de recréer une ambiance de fête. Pourtant ces moments restent, pour la plupart, une période difficile. La vie de nos compagnons de route est jalonnée de ruptures, de chocs, d’épreuves difficilement surmontables et il est souvent douloureux pour eux de se souvenir des temps jadis.
Cette période célèbre pour les uns la famille, l’enfant ; pour d’autres la naissance d’une période de gloire, d’un message universel.
Pour ces derniers, elle célèbre l’absence.
Christophe Bertranet, chef du service des CHRS, Diaconat protestant de Bordeaux
Seigneur, tu es venu dans la nuit au cœur de ce monde.
Tu te révèles à moi comme un fragile enfant.
Tu me rejoins là où je suis, avec mes forces et mes faiblesses, avec mes joies, mes soucis et mes tourments.
Veille sur moi, bénis-moi, j’ai besoin de toi pour marcher sur des chemins de quiétude.
Tu nous envoies dans ce monde comme des artisans de paix.
Environne-nous aujourd’hui et demain de ta sérénité.
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.