Le lendemain, au moment où ils quittaient Béthanie, Jésus eut faim.
La Bible, Évangile de Marc, chapitre 11, verset 12 et 13
Il vit de loin un figuier qui avait des feuilles, et il alla regarder s’il y trouverait
des fruits ; mais quand il fut près de l’arbre, il ne trouva que des feuilles,
car ce n’était pas la saison des figues.

Claire Tragel
Chemins de réflexion
Mieux vaut bouger que s’étioler
La question semble suggérer qu’il serait vain de changer de lieu de vie ou de métier pour trouver mieux ailleurs, et qu’on finirait tôt ou tard par retourner à sa place initiale. Est-ce ainsi que les choses se passent vraiment ?
Non. J’observe plutôt que les changements, même à première vue infructueux, sont porteurs d’enseignement sur soi-même. Ils dévoilent à la fois nos limites et nos potentialités.
Sauf exception, nos chemins de vie sont rarement droits. Le mien fut particulièrement tortueux, mais j’ai fini par comprendre quelle était ma place lorsqu’à cinquante-trois ans j’ai décidé de devenir pasteur et pu enfin donner le meilleur de moi-même.
Heureux celui qui, après quelques errements, trouve l’engagement qui donne du sens à sa vie.
Les changements sont parfois vécus dans l’angoisse, mais mieux vaut bouger que s’étioler dans une activité qui bride les talents et étouffe la créativité.
La difficulté consiste à discerner quels sont ces talents cachés qui ne demandent qu’à s’exprimer. Jésus savait déceler le potentiel de ses disciples. Son regard pénétrait jusque dans les profondeurs de l’âme.
Puissions-nous rencontrer des personnes qui sauront valoriser nos inclinations et nous permettre de nous épanouir au service du bien d’autrui ! Alors l’herbe sera verte là où nous serons.
Christian Tanon, pasteur, Église protestante unie de France, L’Escale, Paris
Sauf exception, nos chemins de vie sont rarement droits.
Tout est déjà donné
Dans ma première vie professionnelle – j’étais journaliste – je pensais que l’herbe était plus verte ailleurs. Je n’étais jamais bien là où je travaillais et incriminais les collègues ou les supérieurs, les côtés pénibles du boulot, etc. Je changeais souvent de journal et, chaque fois, rencontrais les mêmes difficultés. Avec le temps, j’ai compris deux choses.
La première est que je transportais mes problèmes avec moi. Je devais faire un travail sur moi-même au lieu de mettre en cause les autres. L’herbe ne serait jamais plus verte ailleurs si je ne changeais pas ma personnalité, mon mode de relation, mes attentes, etc.
J’ai réalisé la deuxième grâce à un ami restaurateur. Lui qui excellait dans son métier et l’adorait m’a dit un jour : « Un travail, c’est 80 % de choses pénibles et 20 % où on se fait plaisir ».
J’ai compris que l’herbe paraissait plus verte ailleurs car de loin, je n’apercevais que les 20 %. De près, je voyais les 80 %. Plus on connaît un collectif de travail, une association, une entreprise, plus on prend conscience de ses défauts et limites.
Au bout du compte, tout est question de grâce. La grâce, c’est saisir que tout est déjà donné pour être heureux. C’est se concentrer sur les 20 % et les faire patiemment prospérer. Quant au reste, nous faisons avec. L’herbe n’est pas plus verte ailleurs. Elle le sera davantage ici si j’apprends à la regarder, l’apprécier, la ruminer.
Stéphane Lavignotte, pasteur, Mission populaire évangélique, La Maison Ouverte, Montreuil
L’herbe est peut-être plus verte mais pas meilleure
Nous avons subi, il y a un an et demi, une grande vague de départs à cause de la prime Ségur
que certains ont eue et d’autres pas. Des professionnels sont partis pour la percevoir. Ils se disaient que travailler à la Fondation John BOST ou dans une autre structure, c’était du pareil au même.
Bien sûr, on a été un peu déçus mais notre porte est toujours restée ouverte. Depuis quelque temps, certains de ceux qui sont partis, parfois sur un coup de tête, reviennent. « Je suis revenu pour le management, la relation humaine, l’accompagnement mis en place et le cadre » m’a confié l’un d’entre eux. En allant voir autre part, ils se rendent compte qu’on a un certain confort professionnel ici, des projets qui se concrétisent avec l’appui et le soutien de la Fondation, des formations régulières, un cadre exceptionnel dans un domaine boisé de cinq hectares avec des animaux. Une qualité de vie au travail très appréciable.
Tout cela contribue au bien-être. Ce n’est pas la même chose quand on se retrouve dans un centre hospitalier ou un établissement urbain. Aujourd’hui, la Fondation a mis en place le Ségur pour tout le personnel. C’est important d’avoir des rêves, mais il faut être patient pour les voir se concrétiser. Partir en imaginant que ce sera forcément mieux ailleurs relève de la pensée magique. L’herbe peut être plus verte à côté mais elle n’est pas forcément plus grasse et meilleure.
Jacques Doury, directeur des pavillons Béthanie, Samsah 95 et La Porte Ouverte, Fondation John BOST
Mon regard vers le lointain : « Ailleurs, c’est mieux. »
Soupir, tristesse, insatisfaction.
Une pensée pour moi ? « Je ne suis pas si mal. »
Un sourire vers l’autre ? « Il a des bons côtés. »
Une considération pour mon oeuvre ? « Hé, je sais faire des choses ! »
Accueil, mansuétude, patience…
Seigneur donne-moi d’apprécier ce qui est là,
De l’arroser pour qu’il grandisse,
De le ruminer pour qu’il me nourrisse.
Version à télécharger et imprimable
Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.