L’homme et la femme se sont cachés au milieu des arbres du jardin parce qu’ils ont désobéi à Dieu et mangé du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal.
La Bible, Genèse, chapitre 3, verset 9
Le Seigneur Dieu appela l’homme et lui dit : « Où es-tu ? »

Carole Troclet
Chemins de réflexion
Arrêter de se cacher
Il y a des moments dans la vie – en vacances notamment – où une petite voix intérieure nous dit avec insistance : « Maintenant, arrête-toi, fais une pause ! Prends un peu de recul et dresse un état des lieux de ta vie. » Un peu comme, sur un chantier en cours, l’architecte réunit les entreprises pour mesurer l’avancement des travaux.
Au jardin d’Éden, Dieu dit à l’homme (à l’homme et la femme) : « Où es-tu ? » L’intention n’est pas de le confondre ni de l’accuser, mais de l’inviter à ne plus se cacher.
Faire le point sur soi-même, c’est arrêter de se cacher.
Pas seulement devant Dieu, mais devant soi.
Ce qui est dissimulé, mes non-dits, mes petits mensonges à moi-même et aux autres, mes dénis, voilà ce que je devrais démasquer et anéantir par des mots. Des mots prononcés dans un esprit de vérité et de bienveillance. Dans ce rendez-vous avec moi-même, Dieu peut m’aider.
N’est-ce pas lui qui est parti à la recherche de l’homme qui voulait se soustraire à ses regards ? Pourquoi ? Pour dialoguer avec lui, pour mettre des mots sur cette question si fondamentale pour nous aujourd’hui : homme, femme, où en es-tu ?
Christian Tanon, pasteur, Église protestante unie de France, L’Escale, Paris
Ce qui est dissimulé, mes non-dits, mes petits mensonges à moi-même et aux autres, mes dénis, voilà ce que je devrais démasquer et anéantir par des mots. Des mots prononcés dans un esprit de vérité et de bienveillance.
Se mettre à nu
La question de Dieu, dans ce texte de la Genèse, pourrait être non pas « où es-tu ? » mais « qui es-tu ? ». Dans ce jardin d’Éden, l’homme commence par se chercher lui-même.
Qu’est-ce que ce paradis où l’homme et la femme sont complètement infantilisés par Dieu ?
La femme prend les devants et, dans cette quête du sens de sa vie, écoute le serpent : elle croque le fruit et en donne à celui qui partage avec elle cette étrange humanité. Ils peuvent enfin découvrir qui ils sont : des êtres d’os et de chair.
Leur nudité leur paraît étrange et les effraie mais elle signe le début d’un grand périple à la découverte de leur identité ; il commencera, bien sûr, par une confrontation avec leur créateur.
Toute proportion gardée, les vacances sont l’occasion de quitter cette enveloppe d’humain qui nous colle à la peau dans la tourmente quotidienne, pour nous redécouvrir à nouveau nus. Nus devant ceux qui partagent notre vie et nus devant Dieu. Elles sont aussi l ‘occasion d’éprouver la peur de ce dévoilement.
Quelques semaines d’inactivité totale devraient nous permettre de dépasser nos craintes
et de nous offrir un nouveau départ pour réintégrer le monde.
Brice Deymié, pasteur de l’Action Chrétienne en Orient à Beyrouth
Prendre des virages
J’ai connu des tempêtes dans ma vie. J’ai eu une enfance heureuse mais, à l’âge de 14 ans, j’ai consommé de la drogue et de l’alcool. Après l’armée, j’ai quitté l’Alsace pour aller à la capitale, je voulais ma liberté. Je vivais dehors de divers larcins, je dealais, j’aimais me battre ; j’ai connu le racisme (je suis Antillais), la prison, les dettes…
Je me suis tourné vers l’Islam un temps, puis j’ai rencontré le Christ.
J’ai fait le point avec lui et j’ai décidé de changer de vie. Il m’a reconstruit.
J’ai travaillé vingt-quatre ans dans le privé, mon emploi était confortable, j’avais mes petites habitudes, mes collègues, ma routine. Et voilà qu’on m’a demandé d’être au service des sans-abri. C’était un grand chamboulement. J’ai dû de nouveau faire le point. J’ai revu mon business plan et pris un nouveau tournant.
J’ai aujourd’hui 54 ans et je suis directeur de la Mission évangélique Entraide et Partage avec les Sans-Logis. Être au service des plus démunis, écouter avec l’oreille de Dieu, voilà ma nouvelle mission et je suis très heureux de l’avoir acceptée.
Je crois qu’il faut savoir s’arrêter, examiner sa vie, regarder où on en est… et prendre des virages.
Éric Gélanor, directeur d’Entraide et Partage avec les Sans Logis
Seigneur, je n’arrive pas tout seul à faire le point sur ma vie, à répondre à la question : où en es-tu ? Merci de m’aider.
Je voudrais discerner ce qui est important et ce qui est secondaire.
Pour cela, j’ai besoin de temps, de silence intérieur, peut-être d’un peu de solitude.
J’ai confiance que tu rempliras ce silence ou ce vide intérieur de ta présence.
Et je ne crains pas de t’interpeller comme le psalmiste, à l’heure du bilan :
« Sonde-moi et connais mon cœur […] regarde si je suis sur une mauvaise voie,
et conduis-moi sur la voie de l’éternité ! » (Psaume 139. 23-24)
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.