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La Boussole

La Boussole IV - 10

Les crises sont-elles une chance ?

Soudain, une grande tempête s’éleva sur le lac,
si bien que les vagues recouvraient la barque.
Mais Jésus dormait. Les disciples s’approchèrent de lui
et le réveillèrent en criant :
« Seigneur, sauve-nous ! Nous allons mourir ! »

La Bible, Évangile de Matthieu, chapitre 8, verset 25 et 26
L’orage,
Jean-Claude Schaal

Chemins de réflexion

Crise à bord !

L’état de crise est un rendez-vous de l’existence. Il m’apparaît comme l’expérience inévitable de la perte de contrôle. On subit une situation qui anéantit en nous jusqu’à la faculté de penser et nous plonge dans l’inconfort de la dépendance. Un décrochage professionnel, un divorce, une maladie,
un exil forcé à travers la Méditerranée…
La personne en crise abdique ou invoque. Son cri de désespoir déchire le silence d’un monde vide. S’il est croyant, son cri se fait invocation, comme Job sur son tas de fumier ou les disciples dans la tempête.
Pour le croyant, la crise ressemble à une double peine : à la déferlante de l’angoisse s’ajoute le silence de Dieu. Ici, le sommeil de Jésus. Et tous ces discours psycho-spiritualisants qui nous vendent en trompe-l’oeil la crise comme passage salutaire vers le graal de la « résilience » finissent de saborder mon embarcation.
La crise me confronte à la froide réalité de mon impuissance. Le croyant que je suis n’y échappe pas. Au-delà de l’espoir d’une solution miracle, la présence de Jésus, paisible et réelle, au coeur de ma traversée, me serait d’un secours immense.
Encore faudrait-il que j’aie un peu de foi pour la reconnaître et l’accueillir.
Pierre Lacoste, pasteur de l’Église libre de Bordeaux-Pessac

Je vais mourir, et mourir encore, mourir souvent…

Renaître après la tempête

« Seigneur, sauve-nous, nous allons mourir ! » hurlons-nous, ballottés dans la tempête. Jésus dort. Une urgence absolue, une crise. Dans le dictionnaire, je trouve « crise : période, situation marquées par un trouble profond ». Du négatif, de l’insaisissable, du douloureux, inconfortable, déstabilisant, désespérant. Je vais mourir, et mourir encore, mourir souvent. Je suis mortelle.
Je suis mortelle, et pourtant, je suis aussi capable de donner la vie. Dans mon dictionnaire toujours, « crise : moment décisif où tout peut basculer ». Alors je choisis de le croire, j’ai en moi, avec l’aide de Dieu, les ressources et les qualités nécessaires pour surmonter la crise : la connaissance, la bienveillance, l’amour, la compassion. La capacité d’adaptation. De remise en question. D’innovation. D’acceptation. Des forces parfois insoupçonnées.
La chance est peut-être au-delà du trouble profond, au-delà du moment où tout peut basculer.
La chance est peut-être là où nous parvenons à l’intime conviction qu’après la crise, ayant repensé ce qui est vraiment important, réévalué nos valeurs, nos priorités, apporté les changements qui s’imposent, une fois la tempête apaisée, il est possible d’être paisibles et vivants !
Élisabeth Walbaum, déléguée à l’animation et la réflexion spirituelles à la FEP

Des prises de conscience salutaires

La crise renvoie à un état de tension, une situation de déséquilibre, de trouble, parfois extrême, parfois violente, pouvant mettre soudainement la vie en péril.
Mais la crise n’est-elle que danger ou peut-elle devenir opportunité ?
Dans les entraides protestantes locales, nous vivons, sans doute souvent, des mouvements « de balancier » qui nous font alterner entre découragement et encouragement.
Découragement car une crise, à peine surmontée, semble être aussitôt remplacée par une autre. Encouragement, car les situations qui touchent à la fragilité de notre humanité font naître des mouvements de solidarité, d’entraide, que nous n’aurions même pas imaginés !
C’est le cas dans notre belle ville de Compiègne, où les situations très complexes des personnes migrantes ont fait naître un partenariat entre plusieurs associations locales et l’envie de se retrouver tous ensemble autour des « repas de l’amitié » portés par notre entraide. Pour apprendre à se connaître, quoi de mieux que de partager un repas ?
Et si la barrière de la langue est là, les yeux et les mains prennent, sans hésiter, le relais des mots.
Nous osons continuer à croire que les crises nous offrent l’occasion de prendre conscience
de notre commune humanité et de la nécessité de poursuivre infatigablement notre lutte pour créer, avec nos moyens parfois bien limités, un monde plus solidaire et fraternel.
Béatrice Pirotte, présidente de l’Entraide protestante de Compiègne (60)

Jésus, tu dors au coeur de nos tempêtes et j’ai peur de mourir.
Entends-moi ! Entends-nous !
Accorde-nous l’apaisement,
Accorde-nous la paix et la vie,
Accorde-nous le courage de surmonter nos crises.
Amen
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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