Sur les montagnes s’élève ma plainte éplorée, et sur les enclos de la lande ma lamentation, car ils sont incendiés, plus personne n’y passe et les troupeaux ne s’y font plus entendre.
La Bible, Jérémie 9, verset 9
Oiseaux, bétail, tout a fui… Plus rien !

Jean-Claude Schaal
Chemins de réflexion
Mettre des mots sur nos maux
Ces mots de la Bible, prononcés il y a deux mille six cents ans, résonnent cruellement avec la sombre actualité de notre été.
Incendies en Gironde, dans le Gard et ailleurs. Même la Bretagne est sinistrée par le feu.
Quelle devrait être notre réaction face à cette destruction massive, provoquée par l’inconscience humaine et dont l’ampleur nous dépasse ? Comment éviter d’un côté un fatalisme paralysant et de l’autre des récriminations moralisatrices ?
La réaction du prophète m’interpelle. Jérémie est témoin des conséquences des actions humaines. Loin de faire la morale, loin de se murer dans le silence, il élève la voix pour exprimer son deuil. Pour nommer ce qui a été détruit. Pour en mesurer la valeur. Il choisit de laisser couler ses larmes et de mettre des mots sur son désarroi face à une telle désolation.
Comme le prophète, cet été, prenons le temps de mettre des mots sur nos maux : pleurons ce qui est en train d’être détruit.
Crions notre détresse, notre colère, notre frustration. Puis mettons-nous à l’écoute.
Exerçons-nous à entendre la voix du Seigneur, qui nous parvient si souvent dans un souffle léger. Elle nous indiquera sûrement le chemin à suivre.
Alison Wyld, pasteure, Église Baptiste de Morlaix-Roscoff
Crions notre détresse, notre colère, notre frustration.
Puis mettons-nous à l’écoute.
Assumer et bifurquer
Face à la crise climatique qui accentue les feux de forêts, entraîne des canicules à répétition,
et provoque des inondations ou des tornades, nous pensons « action ».
Réduire les émissions de gaz à effet de serre, replanter des arbres, adapter nos villes… est nécessaire et urgent.
Mais ne faut-il pas aussi – comme le prophète Jérémie et l’écopsychologie nous y invitent – assumer les sentiments qui nous traversent face à ces drames ? Notre tristesse de voir disparaître des paysages que nous aimons, notre angoisse devant un avenir incertain, notre colère envers ces responsables économiques ou politiques qui – comme l’écrit Jérémie au verset précédent – « de la bouche disent que tout va bien à leur prochain, mais intérieurement lui tendent un piège » ?
Si nous ne reconnaissons pas nos sentiments de douleur pour le monde, l’angoisse peut nous paralyser, la tristesse nous mettre sur la touche, la colère nous pousser à incriminer les personnes plutôt que les causes…
Bref, ne pas prendre soin de soi peut nous amener à mal prendre soin de l’autre, nature,
planète ou générations futures. Si nous n’optons pas pour la bifurcation écologique, nos enfants n’auront plus que leurs yeux pour pleurer.
Stéphane Lavignotte, pasteur, Mission populaire évangélique, La Maison Ouverte, Montreuil
Après moi, le déluge
En ce 28 juillet, nous avons atteint le Jour du dépassement. À partir de cette date, la consommation en ressources naturelles de l’humanité excèdera les capacités de renouvellement de la planète.
La crise climatique s’accélère.
Canicules, inondations, montée des eaux des océans, fonte des glaciers, incendies gigantesques : les phénomènes exceptionnels le sont de moins en moins.
Certains tombent alors dans une forme d’écoanxiété ravageuse. On les comprend.
D’autres, la majorité de nos concitoyens, continuent de vivre comme de si rien n’était, en prenant l’avion sans état d’âme ou en parcourant les centres commerciaux climatisés. « Après moi, le déluge… »
Entre les deux, des hommes et des femmes, souvent jeunes, modifient leur mode de vie.
Voyager en train redevient tendance, le covoiturage s’intensifie, le vélo est populaire.
La consommation de viande rouge diminue, les circuits courts prennent de l’ampleur, le vrac refait son apparition. Le tri devient la règle, le combat contre le plastique s’intensifie.
Marcher en forêt, faire une randonnée en montagne rappelle les merveilles d’une nature à préserver, sans aller au bout du monde.
La frilosité des gouvernants effraie.
Mais à l’échelle locale, ensemble, nous pouvons beaucoup.
Nathalie Leenhardt, chargée de mission pour Une place pour Elles et APATZI
Seigneur, avec le prophète nous pleurons, et nous disons notre désarroi face à cette destruction dont nous sommes témoins.
Garde-nous du fatalisme et des récriminations, et aide-nous à chercher ta face,
à entendre ta voix et à comprendre ce que Tu nous dis.
Version à télécharger et imprimable
Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.