SOUTENIR LA FEP
La Boussole

La Boussole VI - 39

La mort, un point final ?

Mort, où est ta victoire ?

La Bible, 1 Corinthiens, chapitre 15, verset 55
En pérennité la terre se dresse,
Marie-Hélène Vallade Huet

Chemins de réflexion

Nous préférons parler de la vie

Dans ces jours de la Toussaint, beaucoup de familles vont visiter les tombes de leurs proches
disparus. Et voilà nos vies confrontées à la mort. Celle des autres et, si on ose y penser, la nôtre.
Nous disparaîtrons tous un jour, bien que nous n’aimions pas y penser. Les adieux à ceux qui nous ont quittés se font de plus en plus souvent dans l’intimité familiale (au moins pour les familles françaises). Ils sont adoucis par la musique préférée du défunt et de nombreuses anecdotes liées à son existence, pour parler le plus possible de la vie et éviter d’évoquer la mort,
devenue pour beaucoup un vide vertigineux.
Les morts continuent à vivre parmi nous par les souvenirs, depuis toujours, et aujourd’hui
plus encore par des photos et des vidéos. Et c’est tant mieux.
Est-ce qu’ils vivent dans « un ailleurs » et aurons-nous la joie de les retrouver un jour ?
La foi chrétienne l’affirme depuis le jour de Pâques qui a vu le Christ vivant et vainqueur
de la mort. La mort n’est donc pas la fin de la vie pour celui qui adhère à cette espérance
en Christ, le Ressuscité.
Personnellement, j’ai une théologie très simple au sujet de la résurrection des morts :
si Dieu est Dieu, il est bien sûr capable de nous introduire avec le Christ dans une vie
sans fin auprès de lui. Cela me semble cohérent.
Belle espérance chrétienne !

Andreas Lof, aumônier d’hôpital, Fondation Les diaconesses de Reuilly

La mort triomphe lorsqu’aucune main, aucune oreille ne se tend alors vers celui qui souffre.


La mort n’aura pas le dernier mot

En cette veille de Toussaint, dans nos rues, Halloween estompe les frontières entre les morts et les vivants tandis que, vus du ciel, les cimetières flamboient de mille couleurs. Une façon d’apprivoiser la mort ?
La mort, j’y pense, et puis j’oublie. Nombreux sont, autour de moi, ceux qui considèrent que l’être humain disparaît à tout jamais après son décès. Ne reste que le souvenir.
Mener une vie accomplie pour y faire briller une part d’immortalité, n’est-ce pas le souci de nos contemporains, mais aussi de ceux qui croient ? L’enfer ne fait plus peur, le paradis se vit maintenant sur terre.
Mais quand la mort nous arrache un être aimé, le monde s’écroule. Il n’est pas « parti », non, il est mort !
La mort triomphe lorsqu’aucune main, aucune oreille ne se tend alors vers celui qui souffre. Oserons-nous une parole de consolation ou d’espérance ? Dans nos obscurités, Christ nous montre un chemin.
Notre humanité se manifeste dans notre solidarité face à la souffrance et à la mort. Illusions, trahisons et lâchetés sont vouées à la destruction. Seul l’amour donné et reçu demeure.
Cet amour vient de Dieu. Il vit dans le cœur de Dieu. Il fait et fera partie d’un monde transfiguré.
Et même la plus petite existence y a sa place !
Alors Mort, tu n’auras pas le dernier mot.

Éliane Wild, aumônier de l’Uepal en retraite

Non, non, Dieu ne t’a pas oublié

Il y a des résidents qui parlent de la mort, d’autres non, ça dépend des gens.
Les chrétiens, comme les musulmans qui ont la foi, abordent le sujet sereinement : la mort n’est pas la fin pour eux.
Souvent, ceux qui ne croient en rien ont peur de la mort. Certains dorment d’ailleurs avec la lumière allumée de peur de se faire prendre à l’improviste…
C’est important d’être là quand le résident a besoin de parler de sa mort. S’il engage la conversation, on n’hésite pas.
Les gens ont besoin d’être entendus, d’être écoutés. Même s’il y a un psychologue dans le service, il ne peut pas être partout.
Quand la personne a une croix ou la Vierge Marie dans sa chambre, je l’encourage : Dieu ne l’a pas abandonnée.
Une dame de 104 ans, fatiguée de la vie, m’a dit un jour que Dieu l’avait oubliée. Quelquefois, les personnes âgées recherchent la mort. Elles disent qu’elles ne servent plus à rien. On est obligé de condamner les fenêtres.
La mort, parfois, ce sont les soignants qui la cachent. Quand quelqu’un décède à l’Ehpad, on attend que tout le monde soit couché pour l’amener au boudoir. Pour que les autres résidents ne se disent pas : « C’est bientôt mon tour ».
On tait le sujet parce qu’on pense que ce serait trop violent.
Tout le monde n’a pas la même force pour affronter la mort. L’inconnu, ça fait peur.

Léonie, aide-soignante dans un Ehpad à Strasbourg (67)

Ô Christ ressuscité, la mort est pour nous une grande inconnue,
mais tu en as fait un passage vers le Père.
La mort nous semble être la fin de notre vie,
mais avec toi nous entrerons dans une vie nouvelle.
La mort nous effraie depuis toujours,
mais tu nous murmures : « N’ayez pas peur ! »
Seigneur, toi qui as vaincu la mort le matin de Pâques,
donne-moi de croire, malgré mes doutes,
à l’espérance que tu veux mettre dans nos vies.

Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

Abonnez-vous pour recevoir la Boussole

Suivez-nous sur les réseaux sociaux