Oui, mes frères, c’est à une pleine liberté
La Bible, Galates, chapitre 5, verset 13
que vous avez été appelés.

Sophie Jourdan
Chemins de réflexion
Un projet d’émancipation
Parfois, on pourrait penser effectivement que la laïcité rend bête, quand les tenants d’une certaine laïcité supposent un esprit de prosélytisme partout et empêchent le religieux d’être un bien culturel comme un autre, accessible à n’importe qui.
Le principe de laïcité, dont nous fêtons les cent vingt ans, devrait au contraire nous rendre plus intelligents.
La laïcité ne se contente pas de séparer les institutions publiques des influences religieuses, elle cherche aussi et, peut-être surtout, à créer les conditions d’un esprit critique éclairé.
Elle offre à chacun l’espace nécessaire pour comprendre les faits religieux sans pression.
Les textes et les livres de chaque religion doivent pouvoir être interprétés, analysés, contextualisés et critiqués ouvertement.
La laïcité est un projet d’émancipation : elle rend les citoyens plus libres et lucides. Mais pour que ce rôle soit parfaitement rempli, il est nécessaire de ne pas infantiliser l’individu en brandissant l’étendard d’une fausse neutralité, en le préservant de tout risque de confrontation.
La laïcité qui rend bête, c’est celle qui ôte les crucifix au coin des chemins, considère qu’une crèche sur une place publique est un affront et que le mot « Noël » doit être effacé de tous les calendriers publics.
Brice Deymié, pasteur de l’Église protestante française au Liban
La laïcité qui rend bête, c’est celle qui ôte les crucifix au coin des chemins, considère qu’une crèche sur une place publique est un affront et que le mot « Noël » doit être effacé de tous les calendriers publics.
L’expression positive de ce qui nous habite
La laïcité est là pour nous rendre plus libres, plus intelligents, aptes au dialogue. Pourtant, elle peut aujourd’hui nous figer entre peurs et malentendus. Elle est même devenue un intégrisme chez certains. Un président sortant invite ses salariés à un culte facultatif ? Scandale ! Une association impose le halal partout par anticipation ? Silence et gêne.
En somme, on a perdu le sens même du principe : ni imposer, ni interdire, mais permettre à chacun d’exprimer ses convictions. Bref, dialoguer. La peur a rigidifié les esprits. La laïcité est devenue un mur plutôt qu’un pont. On confond neutralité de l’État et invisibilité du religieux. Les religions sont réduites à des pratiques extérieures – le voile, la nourriture – en oubliant l’essentiel : la dimension spirituelle, l’intériorité, la recherche de sens.
Paradoxe troublant : les jeunes, formés à la laïcité à l’école, sont plus tolérants aux signes religieux que leurs aînés. Mais ils grandissent dans une ignorance forte du fait religieux, exposés aux caricatures et aux manipulations. Comment dialoguer avec ce qu’on ne connaît pas ?
La vraie laïcité exige un effort : connaître l’autre pour mieux vivre ensemble.
Elle suppose que chacun puisse témoigner de ses convictions dans l’espace public, sans imposer ni cacher. C’est cette liberté-là que Paul célèbre dans sa lettre aux Galates : non pas la négation de toute appartenance, mais la capacité à exprimer positivement ce qui nous habite.
Gilles Boucomont, pasteur, président de la Mission évangélique
parmi les sans-logis
Un travail en bonne intelligence
J’ai longtemps été chef de service en chirurgie dans un hôpital privé participant au service public et disposant d’une charte de la laïcité. J’ai passé le relais à un collègue juif qui orientait le planning en fonction de sa pratique.
Il prenait systématiquement les gardes de Noël et était absent au Nouvel an et pour les fêtes juives, ce qui ne posait pas de soucis particuliers. Avec les autres chirurgiens, nous nous arrangions entre nous pour composer avec ses absences. Nous avons respecté ses croyances. Personne ne s’est jamais braqué. J’avais deux jeunes collègues très ouverts. J’ai l’impression que les jeunes sont profondément tolérants, laïcs par nature.
Je me suis personnellement renseigné pour mieux comprendre la culture juive. Nous avons toujours travaillé en bonne intelligence. Quand la question du voile s’est posée pour des étudiantes en médecine, des infirmières et aides-soignantes, nous avons parlé
avec elles, avec beaucoup de respect. Nous avons compris qu’il était important pour ces femmes de cacher leurs cheveux et nous leur avons proposé de porter un calot chirurgical. Elles ont accepté.
À l’hôpital, aux Foyers Matter comme ailleurs, je crois qu’il est essentiel d’essayer de comprendre l’autre, de dialoguer, de respecter ses croyances et pratiques et de faire des concessions.
C’est le prix à payer pour préserver la paix et l’unité dans les équipes de travail.
Jean-Philippe Fendler, chirurgien, président d’un comité d’éthique hospitalier,
administrateur des Foyers Matter à Lyon (69)
Seigneur, que chacun trouve son chemin dans la liberté de conscience.
Que nos différences deviennent des ponts et non des murs.
Que le respect guide nos paroles et nos actes,
afin que la paix demeure le bien commun de tous.
Puissions-nous défendre la liberté, l'égalité, la fraternité
dans un esprit de justice et d'humanité.
Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.