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La Boussole

La Boussole IV - 1

La beauté sauvera-t-elle le monde ?

Jésus est à Béthanie où habite Lazare – qu’Il a ressuscité d’entre les morts –
et ses soeurs Marthe et Marie. On prépare un festin en son honneur.
Nous sommes six jours avant la Pâque et sa crucifixion.
Marie prit alors un demi-litre de nard pur, un parfum très cher : elle le répandit sur
les pieds de Jésus et les essuya avec ses cheveux. Toute la maison fut remplie
de l’odeur de ce parfum.

La Bible, Évangile de Jean, chapitre 12, verset 3
Les pivoines,
Claire Tragel

Chemins de réflexion

Se laisser façonner par la beauté

Ce week-end, nous avons installé des fleurs, des feuillages et d’autres éléments décoratifs dans les locaux de notre Église, car nous voulions que le lieu soit beau.
D’où vient ce désir de beauté ? Ne suffit-il pas que nos espaces de vie nous protègent de la pluie et du froid ?
Selon les Écritures, Dieu a tout créé, et la création n’est pas simplement fonctionnelle, elle est belle. Sa beauté nous permet de déduire que le Créateur est aussi un artiste – et qu’Il nous fait partager son appréciation esthétique.
La beauté, qu’elle soit création de Dieu ou expression des hommes, nous fait fréquemment du bien. Elle nous remonte le moral, nous encourage, peut même changer notre perspective sur la vie et nos difficultés.
Quand nous sommes privés de beauté, nos existences perdent un peu de saveur. Voilà pourquoi nous faisons entrer l’art dans les établissements et encourageons les résidents à découvrir et utiliser leurs propres dons artistiques, parfois pour la première fois. Très souvent, l’art agit comme une vraie thérapie et contribue à la guérison intérieure dont nous avons tellement besoin.
La beauté sauvera-t-elle le monde, interroge Dostoïevski ? Pas toute seule, mais elle peut le rendre infiniment plus agréable à vivre et, plus encore, orienter notre regard vers le Créateur, lui qui a voulu que le monde soit beau.
Alison Wyld, pasteure, Église Baptiste de Morlaix-Roscoff

La beauté, qu’elle soit création de Dieu ou expression des hommes, nous fait fréquemment du bien.

Se raccrocher à ce qui est beau

Tulipes, crocus, orchidées, hélianthes ou roses, les fleurs abondent dans les écrits d’Etty Hillesum, cette jeune fille victime de la barbarie nazie. Se brancher à la beauté de ce monde va permettre à Etty d’échapper au désespoir absolu.
Elle écrira dans son journal : « J’ai déjà subi mille morts dans mille camps de concentration. D’une façon ou d’une autre, je sais déjà tout. Et pourtant je trouve cette vie belle et riche de sens. À chaque instant. » La beauté est rédemptrice, elle sauve ! Depuis les temps anciens, elle est vue comme une alternative – voire un antidote – au mal.
L’art est souvent présent dans les établissements publics, il apporte de la douceur dans les lieux les plus déshumanisés. L’art est thérapeutique : il fait partie des soins à l’hôpital, dans les institutions, en soins palliatifs, en prison…
Il ne s’agit pas d’enjoliver la réalité. Mais de renouer avec al vie en se raccrochant à ce qui est beau, bon et vrai. Aumônier à l’hôpital, j’y ai croisé une patiente très éprouvée qui, chaque année à Pâques, prenait en photo une fleur. Elle envoyait ses photos, semant autour d’elle l’espérance. « Voyez, disait-elle, toutes ces résurrections, tous ces petits miracles ! »
Marie Madeleine brise un vase. Le parfum précieux se répand sur Jésus et ceux qui se trouvent là. Son geste peut sembler dérisoire et, pour certains, absurde. Pourtant, deux mille ans après,
cet événement nous parle encore.
Éliane Wild, aumônier de l’Uepal

Apprendre à regarder la beauté ensemble

Je travaille comme art-thérapeute auprès de femmes migrantes en demande d’asile.
Avec une psychiatre et une psychologue, nous avons monté un groupe de papotage, autour du rituel du café. À partir de ces rencontres informelles, nous avons organisé une prise en charge plus globale, à la demande de ces femmes.
Aujourd’hui, nous leur proposons un accompagnement psychique ; elles ont eu des parcours difficiles pour arriver en Europe et se retrouvent seules et isolées. Nous leur offrons de mettre leur histoire en images à travers un roman graphique co-écrit. L’expression est libre. Tout a commencé par une rencontre entre les pinceaux et le café.
Ces femmes communiquent autrement leur souffrance, leur mal à dire et, petit à petit, reparlent en « je ». On essaie de voir le beau dans des situations pleines de souffrances, de tristesses. Le beau est d’abord dans le regard, dans la rencontre. Nous regardons cette beauté ensemble et ces femmes nous apprennent à la voir dans des endroits où l’on ne la soupçonnerait pas.
La place de l’art est omniprésente. L’art, c’est savoir faire avec l’autre, avec soi, avec la souffrance.
Tourner son regard vers le haut. Apprendre à faire avec et non pas pour l’autre.
L’art est une échappatoire salutaire. Il transforme, comme Baudelaire, la boue en or.
Il fait de ce qui fait mal, de ce qui manque, boîte, une nouvelle possibilité.
Savoir regarder la beauté peut sauver. Nous-mêmes d’abord, malgré nos fêlures.
Et puis, peut-être… le monde.
Louise d’Anglejan, art-thérapeute

Signe d’espoir
Le ciel est noir
Mais il y a un signe d’espoir,
Un petit coin bleu nuit où une étoile luit.
Et peu à peu le ciel s’éclaircit.
Elle est finie la nuit !
C’est l’aube d’un jour nouveau,
Le monde renaît, plus beau,
Image de la vie que tu nous donnes.
Marthe Balla
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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