Alors Jésus pleura et les Judéens disaient :
La Bible, Évangile de Jean, chapitre 11, verset 35
« Voyez comme il l’aimait. »

Marièle Gissinger
Chemins de réflexion
N’entravons pas la liberté de l’autre
Jésus ne s’attache jamais mais il aime chaque fois.
Jésus déclare à ses disciples qui se sont attachés à lui : « Il est bon (pour vous) que je m’en aille. » (Jean 16.7)
Jésus ne veut pas les lier – affectivement – à sa personne et souhaite que chacun prenne la place qui est la sienne au regard de Dieu.
Il décourage ceux qui souhaiteraient le suivre en leur prédisant une vie difficile : « Les renards ont des terriers et les oiseaux du ciel des nids ; le Fils de l’homme, lui, n’a pas où poser la tête. » (Matthieu 8. 20)
Sans amour, aucune relation d’aide n’est possible ; le geste professionnel se sublime par le supplément d’être que provoque l’amour. Cependant, dans notre quotidien, qui ne répond pas aux mêmes nécessités que celles du Christ, peut-on aider sans s’attacher ?
Une chose doit nous guider : la liberté de l’autre.
Nous devrions lui offrir les outils pour accéder à l’autonomie, en écho à la devise de Maria Montessori : « Aide-moi à faire seul. »
Le professionnalisme de celui qui aide ne se mesure pas à sa capacité à prendre de la distance mais à sa capacité à s’attacher sans lier l’autre.
Brice Deymié, pasteur de l’Église protestante française au Liban
Le professionnalisme de celui qui aide ne se mesure pas à sa capacité à prendre de la distance mais à sa capacité à s’attacher sans lier l’autre
Jésus est-il un bon thérapeute ?
Nul doute que Jésus, avec ses miracles, serait vu aujourd’hui comme un prêtre guérisseur.
Notre société médiatique aurait tôt fait de s’enthousiasmer pour ses guérisons extraordinaires avant, probablement, de le dénoncer sur les réseaux sociaux, comme la foule aux Rameaux !
Mais c’est surtout la proximité de Jésus qui interroge. Jésus pleure son ami. Il a les entrailles qui tremblent.
Or, toutes les formations de la santé, du social et même pastorales conseillent de garder de la distance avec celui qu’on veut soigner ou accompagner – pour éviter les dérives et autres abus de pouvoir, mais surtout se protéger soi-même.
Après vingt ans de ministère, je ne peux que faire mien ce conseil qui m’a permis de ne pas sombrer dans la rancœur, la culpabilité ou le cynisme lorsque j’ai été déçu par une situation d’accompagnement. Mais en même temps, je ne peux que reconnaître la complexité des sentiments qui s’entremêlent lors de ces accompagnements : sympathie, compassion, fraternité mais aussi colère, pitié et osons le dire, amour ! Je ne reste pas indifférent à l’autre.
Cette empathie est même pour moi signe de la richesse des relations qui se nouent.
Alors, proche ou lointain, acceptons de faire avec nos sentiments, sans culpabilité mais en tâchant de ne pas nous y noyer !
Pierre-Olivier Dolino, pasteur de la Mission Populaire à la Fraternité de la Belle de Mai (Marseille)
Il faut se dévoiler un peu, être vrai
Lors de ma formation d’éducateur spécialisé, la notion de « bonne distance » avec les personnes
était préconisée. Je préfère celle de « bonne proximité » : il y a forcément des interactions qui se jouent.
Aux enfants accompagnés, souvent en rupture affective, nous devons offrir une occasion de faire confiance. La confiance se construit. Pour la favoriser, je dois me dévoiler un peu. Être vrai. Avoir un discours en adéquation avec ma vie.
Les expériences de vie sont de bons supports de travail. Parler de soi favorise l’empathie et permet de comprendre plutôt que juger.
Je pense qu’on ne peut pas se contenter de ce que l’on a appris à l’école d’éducateurs pour venir en aide aux gens. Je suis ami avec des jeunes que j’accompagnais en 1990. Certains témoignent de ce que je leur ai apporté.
Il ne faut pas le nier, nous pouvons être des référents qui aident à se construire, comme le sont les figures parentales. En l’absence de la famille, le turn over du personnel éducatif peut avoir des effets négatifs sur la construction affective de l’enfant. Dès lors, soutenir des personnes ressources, présentes dans l’environnement de l’enfant, un entraîneur de foot ou une maîtresse de maison par exemple, permet le maintien d’une figure d’attachement dans la durée.
Christophe Lecointre, chef de service, Association Coste (maison d’enfants à caractère social)
Seigneur nous ne sommes pas faits de pierre, viens nous émouvoir et nous faire découvrir la richesse de ceux que Tu mets sur nos routes.
Mêle ta voix à la nôtre pour que ceux que nous aidons puissent expérimenter ton amour et ta sécurité.
Nous te confions les travailleurs sociaux, les éducateurs, les aumôniers de prison et d’hôpital qui rencontrent une humanité déchirée et meurtrie, et qui ont peur d’être engloutis par leurs sentiments.
Donne-nous l’humilité nécessaire pour que nos émotions ne deviennent pas des pièges pour l’autre.
Nous aimons parce que Tu nous as aimés le premier.
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.