Ce que je veux, je ne le fais pas, mais ce que je hais, je le fais.
La Bible, Romains, chapitre 7, verset 15

Hubert Oddo
Chemins de réflexion
Un signal d’alarme à prendre au sérieux
Au cœur de l’action sociale, il y a un paradoxe.
On s’engage en général dans le secteur social car il est important pour soi d’aider les autres. Quelque chose de profond en nous est impliqué.
Pourtant, en même temps, avoir une attitude professionnelle – même quand on est bénévole – suppose de prendre de la distance avec ce qui se vit dans notre accompagnement.
On perd patience quand ce paradoxe est exacerbé.
Ce n’est pas si grave. Toute faillibilité montre qu’on est encore humain, qu’on n’est pas un distributeur automatique de réponses techniques.
En revanche, lorsque je perds patience à répétition, il y a peut-être quelque chose de grave : des conditions d’exercice de ma fonction qui mettent en contradiction mon désir de bien faire et les moyens – humains, matériels, en temps – qui me sont alloués ; une perte du désir d’exercer l’activité que j’avais jusque-là ; une absence d’espace pour partager avec d’autres ce qui est difficile au quotidien ; une situation d’injustice et de violence faites aux personnes que j’essaie d’aider et sur laquelle je n’ai pas ou peu de prise…
Alors là, oui, ma perte de patience est un signal d’alarme : je dois le prendre très au sérieux.
Stéphane Lavignotte, pasteur, Mission populaire évangélique, La Maison Ouverte, Montreuil
Toute faillibilité montre qu’on est encore humain, qu’on n’est pas un distributeur automatique de réponses techniques
L’impatience est une forme d’intolérance
Je perds patience ! Je m’énerve, ça m’énerve, tu m’énerves ! C’est épuisant, frustrant.
Je suis prise en flagrant délit de non-maîtrise de moi.
Je n’arrive pas à persévérer, à être indulgente. Je ne parviens plus, tout simplement, à prendre du recul.
Les battements de mon cœur s’accélèrent, je deviens nerveuse, le ton monte, les paroles se font blessantes.
L’impatience, c’est tout simplement une forme d’intolérance. Je le sais bien, et je n’en suis pas fière.
La patience est une valeur morale, une qualité essentielle, une vertu, un fruit de l’Esprit Saint.
Je voudrais être calme, disponible, en paix avec moi-même et la terre entière. Et voilà que je suis fatiguée, irritable, trop exigeante, voilà que je ne suis plus capable de me mettre à la place des autres…
Je sais que la patience demande des efforts. Comprendre les causes de mon impatience, me rappeler qu’elle ne surgit pas de nulle part, ni en un éclair, trouver ses racines parfois lointaines.
Savoir reconnaître que je ne suis pas parfaite, et toujours essayer de renouer les liens que mon impatience a pu abîmer.
Considérer la patience comme un courage qui peut me permettre de trouver et de retrouver le chemin vers l’autre, vers l’Autre.
Des efforts, pour reprendre espoir et confiance en moi. En toi. En Lui.
Élisabeth Walbaum, déléguée à la réflexion et l’animation spirituelles à la FEP
La patience suscite bienveillance et respect
Toute manifestation d’impatience de notre part risque de conduire la personne accompagnée à craindre que son accompagnement soit de moins bonne qualité, ce qui serait d’ailleurs une violation de notre obligation morale, voire statutaire, d’égalité de traitement.
Notre patience et, si besoin, la maîtrise de notre impatience sont en réalité une condition pour que s’établissent et se maintiennent des relations bienveillantes.
Cette résolution rend aussi crédibles notre respect de la dignité de la personne accompagnée
ainsi que notre acceptation de sa liberté de jugement et de décision.
Pourtant, ce que nous entendons de la personne que nous accompagnons et ce que nous percevons de ses silences, de sa posture non coopérative ou de ses convictions sont susceptibles de nous heurter, d’autant plus que nous sommes toujours dans des relations dissymétriques de sachant ou de donneur envers une personne en attente de solution ou de sollicitude.
Mais encore faut-il que nous, et moi le premier, nous recherchions une disposition d’esprit adéquate, avant tout accompagnement.
Dans cette quête, nous savons que Jésus sera présent à nos côtés.
Philippe Guttinger, bénévole au groupe local de La Cimade à Orléans (45)
Seigneur, je reconnais que j’ai du mal à ne pas m’énerver
lorsque les choses ne se passent pas comme je l’aurais souhaité.
Pardonne mon intolérance. Pardonne ma mauvaise humeur.
Accorde-moi la grâce de maîtriser mes émotions,
et le courage d’être plus calme, même dans les moments de stress ou de pression.
Je te confie mes soucis et mes préoccupations,
je te demande de me donner la paix et la sérénité,
le courage dont j’ai besoin pour rester patient chaque jour.
Version à télécharger et imprimable
Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.