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La Boussole

La Boussole V -11

Je n’ai pas le temps d’écouter, suis-je maltraitant(e) ?

Chaque matin, le Seigneur Dieu me réveille,
il me réapprend à écouter,
comme doivent écouter les disciples.

La Bible, Ésaïe, chapitre 50, verset 4
Consolation,
Claire Biette

Chemins de réflexion

Désolé, je n’ai pas le temps

Mal réveillé, mauvais trajet, mal à l’aise au travail, malaise avec l’autre, mal être et maintenant malentendant ! « Désolé(e) je n’ai pas (pour ne pas dire jamais) le temps ! » Malentendant envers qui en réalité ? L’autre ou soi-même, l’Autre et moi-même ?
Écouter c’est prendre le risque de se rendre vulnérable en s’exposant aux besoins de l’autre. « Oublier » le cadre, le rôle, la fonction professionnelle de manière ponctuelle. Se rendre disponible, de manière empathique, pendant un court instant. Accepter de ne plus rien savoir. S’éveiller à l’écoute, c’est une discipline, un apprentissage de vie. Ouvrir son oreille, son âme, son coeur à entendre une voix singulière, à suivre une nouvelle voie, à se soumettre (joyeusement ?) à une vérité autre.
Avant, je pensais bien faire mon travail d’AS – aide-soignant – jusqu’au jour où les conditions de travail ne m’ont plus permis de rencontrer les personnes. Finalement, j’ai continué le boulot… ailleurs. Finalement, je suis devenu AS – accompagnant spirituel.
J’aime les paroles de ce chant : « Je désire entendre ta voix. Je désire écouter ton coeur, recevoir ta parole, ta pensée, ta volonté. Je désire entendre ta voix. Je désire écouter ton coeur ; recevoir ton Esprit, tous tes dons et ton amour. »
Charles-Édouard Doublier, animateur de l’accompagnement spirituel, Armée du Salut

S’éveiller à l’écoute, c’est une discipline, un apprentissage de vie.

L’écoute est aussi une disposition

Le but de cette question n’est pas de nous culpabiliser : en effet, le Christ n’est pas venu pour nous juger mais pour nous tendre la main et nous inviter à être attentifs à ce qu’il veut nous apprendre.
D’autre part, nous ne pouvons nier la pression exercée sur les soignants par le manque de personnel et les horaires contraints qui les empêchent de consacrer à chacun le temps suffisant.
Pourtant, lorsque l’on se retrouve en posture de soigné, on s’aperçoit vite que l’écoute n’est pas seulement une question de temps : nous connaissons tous des soignants qui ne se restreignent pas à leur savoir ou leur savoir-faire, mais savent poser un regard bienveillant sur ceux qu’ils accompagnent et leur tendre une oreille attentive. Ils prennent aussi le temps de ménager des moments de silence dans lesquels les personnes peuvent s’exprimer si elles le désirent ; ils savent accompagner ainsi l’autre dans sa souffrance ou ses demandes spécifiques.
Le verset en exergue nous indique que cette façon d’écouter non seulement s’apprend (certains, psychologues ou aumôniers par exemple, y sont formés), mais aussi se réapprend sans cesse : elle n’est pas naturelle ni innée, et peut vite être oubliée.
Il nous demande en tout cas un examen de notre pratique et de notre disponibilité à recevoir ce que l’autre veut nous faire entendre. Reste que, quand le temps manque cruellement, la frustration de celles et ceux qui ne peuvent offrir ces moments précieux d’écoute est pour le moins légitime.
Mario Holderbaum et Bruno Landais, pasteurs, Église tzigane Vie et Lumière

J’ai l’impression de travailler à la chaîne

Souvent nous sommes deux pour prendre soin de trente-deux résidents, parfois je suis toute seule. J’ai l’impression de travailler à la chaîne, d’être un automate, je n’ai pas le temps de parler avec les résidents, pas le temps de les écouter, je trouve que ce n’est pas humain.
Si mes parents étaient en Ehpad, je ne voudrais pas qu’ils soient traités comme ça. Pour la toilette, par exemple, on ne doit pas dépasser un quart d’heure. On bouscule les résidents.
Dimanche, ils n’ont même pas mangé à la salle à manger. Plusieurs n’ont pu être levés. Nous n’étions pas assez nombreuses.
Une collègue a accepté de rester pour nous aider à midi. Il faut faire manger certains résidents. Je n’ai que deux mains. Je ne vais pas les gaver comme des oies ! Je me sens maltraitante parce que je ne peux pas faire mon travail correctement.
Je n’ai pas le temps. J’ai mal au coeur parce que les personnes âgées en pâtissent. Je culpabilise, même si je sais que c’est la faute de l’institution. J’aime mon travail et je m’en veux. Je ne sais pas avec qui partager ma souffrance. Je suis un pion, je ne suis pas soutenue par la direction. Je suis à 80% mais je fais un plein temps ; on m’appelle tout le temps. Si je refuse, il y a des représailles : sur le planning, la prime de fin d’année.
Les répercussions sont évidentes, sur ma vie privée, ma santé, physique et mentale.
Ce n’est pas une vie !
Martine, aide-soignante dans un Ehpad privé à but lucratif

Seigneur, merci parce que tu es toujours à notre écoute
et tu sais répondre à nos questions les plus secrètes.
Apprends-nous à être attentifs à ta Parole, mais aussi à celle des autres,
surtout ceux qui sont en souffrance.
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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