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La Boussole

La Boussole I - 48

Faut-il rebâtir la maison commune ?

À la faveur de la nouvelle politique de Cyrus, roi de Perse, le peuple d’Israël est autorisé à rentrer d’exil (530 av J.C.).
Le prophète Aggée est témoin de ce retour et s’étonne de voir le peuple se précipiter chacun dans sa maison et « d’oublier » de reconstruire le temple de Dieu.
« Ainsi parle le Seigneur de l’univers : Ces gens-là déclarent : Il n’est pas venu, le moment de rebâtir la Maison du Seigneur. »
Or la parole du Seigneur arriva par l’intermédiaire d’Aggée, le prophète : « Est-ce le moment pour vous d’habiter vos maisons lambrissées, alors que cette Maison-ci est en ruine ?

La Bible, livre d’Aggée chapitre 1, versets 2 à 4
Une mosaïque représentant une spirale dans les tons bleus, vert rouge et jaune.
Glass tile swirl abstract outside the Glazer Children’s Museum in downtown Tampa, , Florida, USA

Chemins de réflexion

Quel bâtisseur suis-je ?

Le prophète Aggée s’adresse au peuple d’Israël, de retour d’un long exil à Babylone.
Un peuple exilé, loin de ses maisons, de ses habitudes, de ses repères, loin de ses pratiques sociales et religieuses. De retour, chacun pense d’abord à lui, à bâtir sa maison et à retrouver son confort d’antan. Pour ce qui est de la reconstruction de la Maison du Seigneur, centre de la vie sociale, religieuse voire culturelle de l’époque, on verra plus tard.
Les intérêts personnels passent avant ceux du collectif.
Aujourd’hui, nous sommes encore en exil ; le retour à une vie « ordinaire » n’est pas pour demain.
Et pourtant, la vie d’après se construit déjà maintenant.
Nous sommes tiraillés entre le chacun pour soi de la protection personnelle et l’aspiration à une vie sociale plus humaine, faite de rencontres et de rassemblements.
Quelle sera ma contribution à ce monde nouveau à imaginer ?
Quelle sera la pierre que j’apporterai, pour la mise en œuvre d’un édifice à bâtir où, pour tous, il fasse bon vivre ?
Denis Heller, Fondation Diaconesses de Reuilly

Nous sommes tiraillés entre le chacun pour soi de la protection personnelle et l’aspiration à une vie sociale plus humaine, faite de rencontres et de rassemblements

Tous semblablement acteurs

Aujourd’hui, le texte du livre d’Aggée questionne à la fois la possibilité et notre envie de re-bâtir une maison commune.
Isolés dans un exil intérieur, nous avons beaucoup de mal à imaginer une nouvelle vie collective et nous préférons aménager notre maison.
Comme le prophète Aggée pour le peuple d’Israël, quelqu’un devrait nous dire que nous ne sommes peut-être qu’un maillon de la chaîne parmi d’autres, mais que nous sommes un maillon indispensable.
Il devrait nous dire aussi que nous sommes tous appelés à la construction de la maison commune, une maison où il n’y a ni première place, ni strapontin, mais des bancs où nous sommes tous assis ensemble.
Une maison que Dieu nous a promise et qu’il va réaliser avec nous et à travers nous.
Brice Deymié – Fédération Protestante, aumônerie des prisons

Bâtir avec d’autres me construit aussi

Géniale intuition du prophète Aggée ! Incroyable projet de Dieu !
Oui, au moment de sortir d’une crise, et peut-être même encore au milieu de la crise, se mettre en projet pour une construction commune est bien plus bénéfique à chacun que tout resserrement sur sa propre construction !
Construire, reconstruire la maison du Seigneur, le temple, c’est agir avec d’autres pour tous.
C’est se redonner un lieu de retrouvailles, un lieu d’exercice de la solidarité, un lieu de rencontre entre les générations, un lieu de transmission.
Participer à la construction de la maison commune c’est compter pour d’autres, expérimenter que d’autres comptent pour moi et que d’autres comptent sur moi !
Et bien sûr aussi, reconstruire la maison de Dieu c’est se redonner ensemble un lieu d’ouverture à la transcendance, un lieu où construire un lien avec Dieu.
En sortie de crise, ou à la veille d’en sortir, se projeter dans la construction de la maison commune est bénéfique pour chacun, construit chacun, l’aide à sortir de la crise. Génial… et si vrai !
Bâtir avec d’autres va me construire.
Aggée ne parle pas d’un Dieu qui voudrait qu’on le serve Lui, d’abord.
Aggée parle d’un Dieu qui nous invite à la plénitude, par la participation à la construction de la maison commune, où Lui-même s’engage aussi à nos côtés !
Isabelle Bousquet – Fondation John BOST

Seigneur, tu nous as donné des mains.
Aujourd’hui, elles ne peuvent ni se toucher, ni enlacer, ni embrasser.
Pour autant, ces mains ne sont pas appelées à devenir des poings.
Apprends-nous à les garder ouvertes pour donner, partager, construire, bâtir.
Toi qui es une pierre angulaire solide, constitutive de notre fondation,
inspire-nous pour que nous devenions des bâtisseurs de justice,
des artisans de paix, des constructeurs de liberté, des architectes de fraternité,
des artistes de l’espérance, des sculpteurs de l’amour.

Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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