Réjouissez-vous avec ceux qui se réjouissent ; pleurez avec ceux qui pleurent.
La Bible, Romains, chapitre 12, verset 15

Véronique Legros-Sosa
Chemins de réflexion
La joie du cœur est un don de Dieu
« Soyez-toujours joyeux ! » nous dit l’apôtre Paul dans sa lettre aux Thessaloniciens. Mais devant une personne qui est dans la tristesse, dois-je vraiment être joyeux ?
Une telle attitude ne risque-t-elle pas d’être blessante, déplacée ?
Heureusement, Paul nuance ses propos dans sa lettre aux Romains :
« Réjouissez-vous avec ceux qui se réjouissent ; pleurez avec ceux qui pleurent. » Sage recommandation pour celles et ceux qui sont coutumiers de l’écoute et la relation d’aide.
Nous l’appelons aujourd’hui attitude de compréhension empathique.
L’injonction à être toujours joyeux ne vise pas une attitude mais plutôt une disposition profonde de l’être humain, qui n’a pas lieu d’être manifestée en toute circonstance.
Il faut distinguer gaîté et joie. Je suis capable de m’efforcer d’être dans la gaîté pour rendre plus agréable ma relation à l’autre, mais je ne suis pas en mesure de « commander » ma joie.
La joie du cœur est un don de Dieu. Je peux la recevoir, comme je reçois l’espérance et la foi.
La recevoir et la faire grandir sur mon chemin avec Dieu.
Christian Tanon, pasteur, Église protestante unie de France, L’Escale, Paris
L’injonction à être toujours joyeux ne vise pas une attitude mais plutôt une disposition profonde de l’être humain, qui n’a pas lieu d’être manifestée en toute circonstance.
Ouvrons-nous à la joie
Étrange injonction que celle de Paul ! L’apôtre a l’air de vouloir nous imposer des états intérieurs qui, en général, ne se commandent pas – et qui sonnent faux et hypocrites quand on fait semblant de vivre ce qu’on ne vit pas.
Pleurer avec ceux qui pleurent nous vient assez spontanément. Les larmes versées nous rappellent nos propres tristesses et nous sommes facilement émus de compassion face à la souffrance. Mais se réjouir avec les autres est moins naturel pour nous. Conscients des problèmes du monde, accablés par nos propres soucis, quelle place accordons-nous à la joie ?
L’apôtre nous vient en aide avec cette parole forte qui nous invite à nous ouvrir à la joie de l’autre. Le résident dont les yeux pétillent après la visite de ses petits-enfants. Le patient dont les analyses sont rassurantes, le collègue qui reçoit une bonne nouvelle, le bénévole qui fête son anniversaire : tous ces instants de bonheur légitime peuvent devenir des occasions pour expérimenter cette joie partagée. Joie qui rappelle que, si le monde souffre, la vie est aussi belle.
Ce partage devrait être réciproque. Il ne s’agit pas d’imposer nos élans joyeux à tout un chacun de manière inconsidérée ; mais s’autoriser à exprimer notre contentement, oser la transparence, invite ceux que nous côtoyons à se réjouir avec nous.
Alison Wyld, pasteure, Église Baptiste de Morlaix-Roscoff
La joie peut cohabiter avec la souffrance
Réjouissez-vous… Est-ce un ordre ? un choix ? un art de vivre ?
Ce qui frappe, en côtoyant nos salariés du chantier d’insertion, c’est le grand sourire de certains alors même que leur situation est tout sauf joyeuse. Après avoir écouté, pleuré ensemble parfois, on les voit vivre la joie de former une équipe après une longue solitude.
La joie de se sentir soutenu après tant de galères. La joie d’avoir retrouvé un travail.
La joie contagieuse d’un trait d’humour qui va aider à délaisser son fardeau un instant…
Mais comment demeurer joyeux alors qu’une pluie de missiles vient de s’abattre sur nos partenaires en Ukraine ?
Quand un collègue ploie sous les mauvaises nouvelles, il les partage et l’équipe prend un temps pour l’écouter et le soutenir. Bientôt, le même lance une boutade pour signifier, à sa manière : « Cette inquiétude, cette souffrance extrême, je les lâche car elles me plombent. Je me réfugie en Dieu et je continue mon travail d’aide comme je peux. Dans sa joie. »
Je sais en qui je me confie : Jésus a dit qu’Il veut que sa joie soit en nous et que notre joie soit parfaite.
Cette joie-là, elle semble pouvoir cohabiter avec la souffrance et même, donner de la force.
Caroline Semoulin et l’équipe de La Gerbe, association chrétienne de solidarité à caractère humanitaire et social à Ecquevilly (78)
Seigneur, Tu connais mon cœur.
Il est lourd de tout ce que j'apprends de mes amis, de ma famille, et de ce qui se passe dans le monde.
Il est lourd des pleurs et des gémissements que j'entends chaque jour.
Mais Tu veux que je reste joyeux !
Je t'en prie, aide-moi à garder la joie que Tu as placée au fond de moi, ne permets pas qu'elle soit étouffée par les événements tristes de la vie.
Que je puisse dire à mon âme, comme l’auteur du Psaume 42 :
« Pourquoi gémis-tu ô mon âme ? Espère en l'Éternel ! Car je le louerai encore. »
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.