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La Boussole

La Boussole V - 30

Faut-il donner des conseils ?

Écoute les conseils, et reçois l’instruction,
afin que tu sois sage dans la suite de ta vie.

Proverbes 19.20
Face à face,
Marie-Hélène Vallade Huet

Chemins de réflexion

Les WC sont fermés de l’intérieur

À mes débuts comme pasteur, je pensais que je devais, comme Jésus dans les Évangiles,
donner le bon conseil, la punchline parfaite, celle qui remet les gens debout, fait danser les boîteux, voir les aveugles.
C’est un jeune SDF qui a renversé ma vision des choses. Alors que j’exerçais depuis six mois et avais l’impression que mon accompagnement ne servait à rien, tout s’est enchaîné d’un coup : il a exprimé sa volonté de commencer une formation, on l’a trouvée, une place dans un foyer de jeunes travailleurs a suivi… C’était parti !
À la question du pourquoi maintenant et pas avant, il m’a cité un conseil que je lui aurais donné :
« Quand une porte est entrouverte, tu mets le pied dedans et tu donnes un coup d’épaule ».
Je suis sûr que je n’ai jamais dit ça. J’avais seulement reformulé une parole qu’il avait prononcée,
je ne sais laquelle, il l’avait mise dans un coin de sa tête, elle avait dû chatouiller quelque chose de son inconscient, tricoté sa propre pelote, et un jour elle avait été mûre comme un fruit prêt à cueillir.
Coin, chatouille, pelote, fruit… ne cherchez pas la logique, l’inconscient est poétique.
Le meilleur conseil consiste à répéter ce que les autres disent, à faire écho à ce qu’ils formulent.
Ils sont prêts à l’écouter car c’est le leur.
Les WC sont fermés de l’intérieur, ce sont les personnes elles-mêmes qui choisissent,
à un moment, de les ouvrir. Ou de ne pas.
Stéphane Lavignotte, pasteur, Mission populaire évangélique,
La Maison ouverte, Montreuil

Le meilleur conseil consiste à répéter ce que les autres disent, à faire écho à ce qu’ils formulent.

Hum, c’est compliqué…

L’admirable conseiller, c’est Dieu… et Dieu seul. Mais Dieu lui-même intervient davantage et plus clairement par l’expression de sa volonté générale que par une parole particulière, concrète et explicite adressée à l’individu. Et comme c’est dur et frustrant de ne pas avoir d’instructions plus intelligibles de la part de Celui qui sait tout, beaucoup de nos contemporains deviennent
les proies de donneurs de conseils, prétendus bergers et faux prophètes en tous genres…
Oui, les gens veulent des conseils : les sept paroles de sages par-ci, les neuf clefs spirituelles par-là et bien sûr les trois étapes ultimes pour entendre la voix de Dieu : quand on se noie, mieux vaut un gourou bien concret qu’un exégète ou un sociologue trop perché !
Paradoxalement, peu de gens sont enclins à demander conseil quand il s’agit de s’améliorer, de s’amender ou de discerner collectivement.
Faut-il frustrer la vaine demande pour accompagner vers la responsabilité, la recherche personnelle de solutions, la libération psychologique et spirituelle ?
Faut-il se risquer à une parole partielle, incomplète, mais qui a le mérite de maintenir debout la personne qui va tomber ? Faut-il conseiller uniquement ceux qui nous sollicitent ou seulement ceux qui nous paraissent émotionnellement stables ?
Hum, c’est compliqué… vaudrait mieux demander directement à Dieu…
Julien Coffinet, pasteur, Fondation La Cause

Notre rôle n’est pas de décider à leur place

Je suis convaincue que notre rôle n’est pas de décider à la place des personnes que nous accompagnons, mais de les aider à devenir actrices de leurs propres décisions, à trouver leurs propres solutions. Paradoxalement, un premier conseil pourrait être de les inviter à réfléchir et agir par elles-mêmes. Donner des conseils n’est pas proscrit, mais il est important de respecter certaines limites pour ne pas entraver l’autonomie.
Chaque individu possède des ressources, des compétences et une expérience unique. Proposer des solutions « prêtes à l’emploi » à ceux que nous accueillons pourrait limiter leur capacité à trouver les réponses propres à leur situation. Notre mission consiste plutôt à lister avec eux leurs besoins et à créer des opportunités adaptées, comme une formation, une mission ou une immersion.
Notre méthode repose sur une écoute active et des questions ouvertes : « Qu’est-ce qui a du sens pour vous dans votre parcours ? Quelle première étape vous semble accessible ? » Ces approches stimulent la réflexion et renforcent l’autonomie.
Cela ne signifie pas abandonner l’idée d’orienter ou d’informer. Nos conseils doivent éclairer un choix, jamais l’imposer. Prenons l’exemple d’une personne confrontée à un problème de mobilité. Si les financements sont réunis, nous l’encourageons à persévérer. Mais si un nouvel obstacle apparaît, il nous revient d’être flexibles et de l’accompagner en renonçant à des réponses inadaptées.
En valorisant leur potentiel, nous aidons les salariés en parcours à s’approprier leurs projets,
à dépasser leurs freins et à devenir les véritables acteurs de leur réussite.
Céline Dilhat, directrice, Association intermédiaire Airelle, Nîmes (30)

Seigneur,
Garde-moi de dispenser des conseils qu’on ne me demande pas,
de plaquer sur l’autre ma façon de penser
au lieu de le laisser faire ses choix.
Donne-moi ta sagesse et ton discernement
pour marcher à ses côtés,
l’aider à grandir sans interférer dans son jugement.

Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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