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La Boussole

La Boussole III - 44

Faut-il attendre de la reconnaissance ?

Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement

La Bible, Évangile de Matthieu, chapitre 10, verset 8
L’invitation,
Evelyne Widmaier

Chemins de réflexion

Je recevrai ma part de louange

Pasteur de paroisse, puis travaillant pour une ONG, combien de fois n’ai-je pas perçu la déception de bénévoles ou de professionnels désappointés à cause du manque de reconnaissance ?
Moi aussi, j’ai mis un temps certain à me défaire de l’amertume et de la rancœur lorsque de beaux projets que j’avais initiés ont échoué. C’est une expérience difficile d’être ignoré, mis sur la touche, d’entendre d’autres s’approprier nos idées ou de voir notre engagement et notre investissement complètement méconnus.
Comme chaque être humain, j’ai besoin de me sentir reconnu avec mes forces et mes faiblesses, mes dons et mes limites.
Est-ce mal ? Est-ce manquer d’humilité ou de professionnalisme ?
Lorsqu’il n’y a pas de reconnaissance, j’ai besoin de me libérer du ressentiment qui me plombe. Je peux changer de regard : sur moi-même, sur ceux qui semblent ne faire aucun cas de moi, sur les luttes à mener.
Je suis critiqué, oublié? Peu importe, ce que j’ai fait, je l’ai fait gratuitement, de bon cœur. Ce n’est pas perdu !
Personne ne pourra me voler la joie de mon service. Même si je n’entends aucun merci.
Ce qui m’aide, c’est de toujours me rappeler que j’ai du prix aux yeux de Dieu.
Il m’aime et, un jour, je recevrai la part de louange qui me revient.
Thomas Wild, pasteur UEPAL en retraite

Personne ne pourra me voler la joie de mon service. Même si je n’entends aucun merci

La reconnaissance n’est pas une finalité

Dans les métiers du soin, comme dans la relation d’aide, nous sommes engagés au quotidien auprès de femmes et d’hommes qui traversent des épreuves. Il y a des jours où la personne accompagnée nous exprime sa reconnaissance. Et ses mots peuvent illuminer notre journée ! Mais d’autres fois, nous sommes confrontés à l’absence de toute reconnaissance. Ce qui peut être difficile à vivre. Surtout quand l’accompagnement dure dans le temps.
Ces situations nous renvoient sans doute à notre motivation. Pourquoi avons-nous choisi ce métier si ce n’est pour trouver du sens à notre vie et faire œuvre d’humanité en présence de ceux qui sont fragilisés ?
Notre engagement à leurs côtés ne les rend en rien redevables à notre personne.
La reconnaissance de l’autre n’est pas l’objectif de notre engagement.
Pourtant, nous avons tous besoin de recevoir pour pouvoir donner, et se donner.
Jésus nous invite à méditer sur tout ce que nous recevons gratuitement et quotidiennement (de Dieu, de la vie, des autres), pour pouvoir donner à notre tour avec un cœur libre et joyeux.
Dieu nous manifeste sa bonté sans cesse et gratuitement (avec souvent si peu de reconnaissance de notre part !). Prendre conscience de la bonté inépuisable de Dieu nous invite à donner à notre tour sans (toujours) recevoir ! C’est la pensée de Jésus. Qu’elle soit la nôtre !
Andreas Lof, pasteur, Fondation Diaconesses de Reuilly

La positive attitude peut nous libérer

En tant qu’aumônier, je suis amenée à accompagner, écouter, offrir du temps.
Je crois qu’il faut sortir d’une logique du monde qui nous enjoint de faire, pour demeurer dans le registre de l’être. Je rencontre souvent des patients soucieux de ce que les autres pensent d’eux.
Ce besoin de reconnaissance de la part de leurs proches est parfois très limitant. Comment agir si l’on entend sans cesse se conformer à ce que d’autres attendent de nous ?
Si l’on escompte obtenir de leur part une récompense pour nos « bonnes actions » accomplies ?
Pouvoir relativiser l’importance que nous accordons à l’avis des autres, se libérer de leur exigence est libérateur.
C’est par une expérience de foi que cette liberté advient : l’amour de Dieu est notre seul bien essentiel. Notre identité d’enfant de Dieu nous offre cette juste place.
Nous pouvons entendre les propos qui nous sont adressés sans être déstabilisés, car notre fondement est en Dieu.
Rester dans une attitude de gratitude par rapport aux événements, être reconnaissants envers Dieu pour ses bienfaits quotidiens, prendre chaque journée comme une occasion de renouvellement de ses bontés change notre rapport aux autres et à nous-mêmes.
C’est la « positive attitude » ! Rien à voir avec un quelconque conditionnement, mais plutôt à une conscience de ce qui compte vraiment, une lucidité inspirée…
Joëlle Haessler, aumônier UEPAL (Union des églises protestantes d’Alsace et de Lorraine)

Seigneur, je voudrais seulement que quelqu’un me dise de temps en temps : 
« C’est bien ce que tu as fait. »
Aide-moi à me libérer de l’amertume lorsque je me sens mis de côté, ignoré, nié.
Ouvre mon regard aux petits signes de reconnaissance que parfois je n’arrive même plus à discerner :
le sourire d’une personne que j’ai aidée, un soupir de soulagement, une main serrée avec amitié.
Les hommes regardent aux apparences, oublient, mais toi Tu lis dans le cœur.
Dans les situations difficiles que nous devons affronter, Tu es là.
Tu entends notre prière, Tu nous aides à marcher sur des chemins d’espérance.
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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