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La Boussole

La Boussole V - 22

Faire place à la spiritualité dans mon quotidien ?

L’Écriture déclare :
« L’homme ne vivra pas de pain seulement. »

La Bible, Évangile de Luc, chapitre 4, verset 4

Chemins de réflexion

Je sais à qui m’adresser

Alors que je m’apprêtais à quitter une résidente que je visitais dans un Ehpad, j’ai proposé à cette chrétienne adventiste de prier avec elle. Elle a accepté.
J’ai sorti mon livre de prières et ai lu des mots qui, à mon avis, faisaient écho à la discussion
que nous avions eue. Avec un grand sourire, elle m’a dit : « Vous savez, dans notre communauté,
une vraie prière n’est pas lue, mais doit surgir du cœur. »
Cette remarque a donné un nouvel élan à nos échanges. Nous sommes arrivés à la conclusion
que prières formalisées et prières spontanées avaient toutes deux leur légitimité dans le cœur
du croyant comme auprès de Dieu.
Je pense aussi à ce témoignage d’une assistante sociale, chrétienne engagée dans sa communauté qui, confrontée à une bande de loubards, a témoigné que cette prière immédiate avait jailli de son cœur : « Seigneur, là, je suis au bout de mes possibilités, il faut que tu fasses quelque chose. » Et aussitôt, elle a trouvé les mots qui ont désamorcé la situation critique.
Prier avant le repas, avant et pendant mes visites et mes activités sont autant d’habitudes
qui inscrivent ma conversation avec Dieu dans mon vécu quotidien.
Si elle peut parfois paraître formelle, la prière m’aide à sentir que je vis sous le regard de Dieu.
En situation de crise, je sais à qui m’adresser et comment dire ma détresse.
Thomas Wild, pasteur Uepal en retraite

En situation de crise, je sais à qui m’adresser et comment dire ma détresse.

Tout peut être réponse à l’appel de Dieu

Il est coutume de séparer le spirituel du matériel et donc aussi le temps consacré à l’un et à l’autre. « Il y a un temps pour chaque chose sous le soleil » affirme le livre de l’Ecclésiaste.
C’est pourquoi la Bible, et principalement l’Ancien Testament, instaure le sabbat, le temps spirituel par excellence, celui durant lequel il est interdit de faire quoi que ce soit, excepté penser et prier Dieu.
La Réforme, plus que tout autre mouvement religieux, a voulu briser cette frontière entre le sacré et le profane, entre le spirituel et le matériel. Martin Luther a ému les paysans et les artisans de son époque en leur expliquant que ce qu’ils entreprenaient sur terre avait autant de valeur spirituelle que les chants et les prières des ecclésiastiques.
Pour Martin Luther, tout notre quotidien, dans ces circonstances les plus banales ou les plus exceptionnelles, peut être une réponse à l’appel de Dieu.
Faire place à la spiritualité dans ma vie de tous les jours, c’est croire que j’ai de l’importance aux yeux de Dieu et que je ne suis nullement indigne dans ma tâche.
C’est peu mais cela peut tout changer.
Brice Deymié, pasteur de l’Église protestante française au Liban

La spiritualité est une attitude de vie

Quand je suis arrivée dans l’établissement, j’ai ressenti que cette maison avait une âme.
La plupart de nos résidents sont croyants, je prends beaucoup de plaisir à parler avec eux. Partager quelques mots, voir leur sourire donne du sens à mon métier.
L’Ehpad est organisé pour que les résidents puissent vivre leur spiritualité. Nous proposons deux cultes protestants par semaine et une messe catholique mensuelle. Un aumônier et une vingtaine de « bénévoles spirituels » font des visites régulièrement.
Certains soignants peuvent être amenés à évoquer des choses spirituelles avec les résidents, ça fait partie aussi de l’accompagnement. C’est important d’être disponible pour répondre à tous leurs besoins et les orienter, si nécessaire, vers quelqu’un qui saura les aider.
Pour moi, la spiritualité n’est pas cantonnée à des moments spécifiques, elle imprègne le quotidien dans ma façon d’accompagner les personnes, dans les valeurs que je partage avec l’équipe : le respect de la dignité de l’autre, de son libre arbitre, de sa place, de ses choix dans toutes les facettes de sa vie y compris dans l’exercice de sa foi.
La spiritualité, c’est un peu une toile de fond sous-tendue par les valeurs chrétiennes que nous transmettons. Une attitude de vie.
Stéphanie Caillère, directrice de l’Ehpad Bethesda Caroline à Munster (68)

Je vis pleinement lorsque je suis plongé dans une activité qui me passionne.
Et lorsque je réalise quelque chose de positif, j’oublie fatigue et difficultés !
C’est ma manière de répondre aux dons que j’ai reçus de toi.
Je ne fais pas partie de ces personnes qui trouvent leur bonheur
dans la méditation ou l’introspection.
Je ne crois pas que ce soit grave : qui agit, qui prie, qui médite,
toutes et tous, nous pouvons ainsi vivre sous ton regard.

Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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