Une femme étrangère demande la guérison de sa fille à Jésus, leur échange est « musclé »…
Référence verset
Jésus lui répond : « Laisse d’abord les enfants se rassasier, car ce n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens. »
Mais elle réplique : « C’est vrai, Seigneur, mais les petits chiens, sous la table, mangent des miettes des enfants. »
Il lui dit : « À cause de cette parole, va, le démon est sorti de ta fille. »

Chemins de réflexion
Donner la parole à ceux qui ne la prennent pas
Surprenant texte de l’Évangile où Jésus traite de chien une femme qui n’est pas d’Israël et se laisse convertir par la parole cinglante de cette même femme.
Intrusion de l’autre dans les certitudes bien installées de Jésus. La violence du propos, jeté à la figure de cette mère qui demande une guérison pour sa fille, semble calculée pour laisser sans voix cette supplique.
Souvent, la puissance qui confisque la parole ne laisse pas la possibilité à d’autres vérités de transparaître.
La soumission au principe d’autorité est de mise.
Mais cette femme ne va pas se soumettre.
Énergie du désespoir ou provocation ultime, elle lance une incise et elle fait mouche.
Par cette parole, elle renonce à être destituée de l’état de sujet. Elle affirme sa dignité et elle veut que le Christ la lui reconnaisse même dans le dérisoire des miettes.
Quand on donne la parole à tous ceux qui, a priori, ne la prennent pas, on fait l’expérience que ce qui est premier ce n’est pas la relation au monde, comme totalité, mais la relation à l’autre. Brice Deymié, Fédération protestante de France
Elle affirme sa dignité et elle veut que le Christ la lui reconnaisse même dans le dérisoire des miettes
Ouvrir le débat par l’écoute mutuelle…
En cette période d’épidémie inédite et incertaine, beaucoup de paroles sont prononcées : incitations, recommandations, injonctions, interdictions. Au final, les pouvoirs publics prennent des décisions qui tiennent lieu de réglementations, sur avis des autorités de santé.
On peut s’étonner du peu de débat qu’elles occasionnent au sein des parlementaires, mais aussi dans les milieux intellectuel, associatif ou médiatique.
Ces décisions touchent au quotidien de notre vie et s’imposent à nous, à tout citoyen, sans que nous ayons notre mot à dire. On décide pour nous.
Que dire des mesures prises relatives aux visites pour les personnes en maison de retraite ?
Ne sommes-nous pas en train de les infantiliser ? De couper les liens qui donnent sens à leur vie ?
Face au trop plein de paroles imposées, écoutons la parole des personnes concernées, comme Jésus a entendu la femme étrangère. Rencontrer, écouter nos anciens, c’est les honorer dans leur dignité et leur responsabilité.
Denis Heller, Fondation Diaconesses de Reuilly
Parce que nous avons à apprendre d’eux
Dans notre société, nombreux sont ceux qui n’ont pas l’occasion de s’exprimer et dont la parole est négligée.
Tous ceux qui ont perdu un emploi à cause des crises successives, qui est leur porte-parole ?
Les SDF, les migrants, les personnes malades et âgées, les détenus, si on leur donnait la parole ?
Et les personnes handicapées, ceux qui précisément ont du mal à communiquer, si on les écoutait ?
On serait peut-être étonné de ce qu’ils ont à nous dire. Quel regard portent-ils sur notre société ? Qu’est-ce qu’ils voient et que nous ne voyons pas ?
Il ne s’agit pas seulement de donner la parole à toutes ces personnes, mais de leur faire sentir qu’elles ne sont pas quantité négligeable dans notre société, que nous avons à apprendre d’elles.
Jésus-Christ n’avait pas prévu de faire un miracle en terre païenne, mais il a pris en compte la parole de cette femme, si humble et si déterminée.
Dès lors, il était clair que Jésus-Christ n’était pas venu seulement pour les juifs mais pour le monde entier.
Isabelle Bousquet, Fondation John BOST
Seigneur, il est si tentant de décider pour les autres,
sans même demander leur avis.
Oh certes, nous voulons leur bien ; mais sans même les avoir écoutés,
nous pensons savoir mieux que quiconque ce qui est bien pour eux.
Par une telle attitude, les autres sont pour nous comme des pions sans parole,
sans opinion, sans avis. Nous les déplaçons à notre guise selon notre bon vouloir.
Viens nous rappeler que ces prochains que nous côtoyons sont dignes de paroles,
quels que soient leur âge, leur fragilité, leur handicap. Leur parole compte
et tu les as créés en capacité de responsabilité et de décisions.
Tu es un Dieu qui donne une place à chacun, qui écoute notre parole,
qui entend notre prière.
Dieu d’écoute et de parole, apprends-nous à écouter et à parler.
Amen
Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.