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La Boussole

La Boussole VI - 18

Et si l’argent n’existait pas ?

Oui, je tiens beaucoup à toi,
tu es précieux et je t’aime.

La Bible, Ésaïe, chapitre 43, verset 4
Aimer pour vivre,
Claire Biette

Chemins de réflexion

Un mauvais maître

L’argent est un bon serviteur mais un mauvais maître.
On ne peut nier son utilité pour vivre dans notre société : den ombreux projets importants
ne verraient jamais le jour sans un investissement pécuniaire parfois considérable.
Et ceux qui ne peuvent pas ou plus travailler ont besoin d’être aidés pour ne pas tomber
dans une extrême pauvreté.
Mais il paraît fondamental de ne pas faire de l’argent sa priorité.
En effet, la Bible valorise tout ce qui est fait de bon coeur, à titre gratuit : savoir mettre
à disposition des autres ses capacités manuelles, artistiques, relationnelles, intellectuelles
ou autres est une belle attitude.
Elle dénonce également, à maintes reprises, les dérives auxqueles donnent lieu non
seulement l’avarice, mais aussi la cupidité. Celles-ci, malheureusement trop répandues,
considèrent une situation ou une personne uniquement si elles sont susceptibles
de rapporter financièrement : elles ne tiennent pas compte de la valeur de l’être humain
lui-même.
L’argent dans ce cas tient la première place, celle dont le Christ nous indique qu’elle
ne revient qu’à Dieu seul.
Mario Holderbaum et Bruno Landais, pasteurs, Église tzigane Vie et Lumière

Mais il paraît fondamental de ne pas faire de l’argent sa priorité

La satisfaction morale ne remplit pas le réfrigérateur

Quelle est la signification profonde de l’argent ? L’argent est un moyen d’évaluer les choses et les gens,
il donne un ordre de grandeur et, comme tout ordre, est donc contestable.
Interrogeons notre critère d’évaluation. Pourquoi un footballeur peut-il être payé plusieurs millions d’euros alors qu’une infirmière ou une aide-soignante ont un salaire des plus modestes ?
L’un tape dans un ballon et les autres soignent et prennent soin des femmes et des hommes. L’argent n’est donc pas le reflet de l’utilité de la personne pour la société. L’épidémie de covid et les confinements qui ont suivi ont montré que les professions dites « essentielles » n’étaient pas, dans leur majorité, celles qui étaient les mieux payées.
La satisfaction morale de se savoir indispensable ne remplit pas le réfrigérateur.
Et puis, en bas de l’échelle, il y a celles et ceux à qui la société attribue une valeur négative car ils coûtent à la collectivité, provisoirement ou sur le plus long terme. Comment dès lors leur dire, à eux aussi, qu’ils ont du prix à nos yeux ?
Entrons dans une autre économie : non celle du combien ça « vaut » mais celle du sens.
Elle commence là où l’argent n’a plus de langage.
Brice Deymié, pasteur de l’Église protestante française au Liban

Le travail n’est pas une fin mais un moyen

Le travail ne se résume pas à un revenu. Il est un lien, un repère, un vecteur de reconnaissance.
Ce n’est pas l’argent qui donne de la valeur à une personne, mais le regard de l’autre, la sensation d’être utile,
attendu quelque part. Avoir un emploi, c’est une façon de trouver un rythme, une place dans la société.
C’est là qu’intervient le job coach. À la croisée de l’accompagnement humain et professionnel, il joue un rôle essentiel auprès
des personnes vulnérables. Il a pour mission de les aider à réparer un lien souvent rompu, de réactiver l’élan, de redonner confiance.
Le travail devient alors un moyen, non une fin, pour dire à quelqu’un : « Tu existes. »
Être en emploi, ce n’est pas seulement « gagner sa vie », c’est croiser des regards, se sentir légitime.
Quand l’activité a du sens, elle redonne un visage. Le job coach ne cherche donc pas à faire correspondre un profil à une fiche
de poste mais bien à révéler ce qui, en chacun, reste vivant. Il voit l’élan avant l’expérience, la personne avant le CV.
Car souvent, ce qui pèse le plus n’est pas l’absence d’argent, mais celle de reconnaissance.
Et cela, aucun salaire ne peut le compenser.
Audrey Maret, coordinatrice, job coach, formatrice, service emploi formation,
Fondation Diaconesses de Reuilly

Seigneur, pardonne-nous de donner parfois à l’argent
une place qui ne lui revient pas.
Nous te remercions pour tous ceux et celles qui s’investissent bénévolement
pour te servir ou servir les autres,
et nous te demandons de les encourager dans leur tâche

Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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