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La Boussole

La Boussole VI-03

Et si c’était mon dernier jour ?

Celui qui cherchera à préserver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie la conservera.

La Bible, Évangile de Luc, chapitre 17, verset 33
Fin d’après-midi,
Evelyne Widmaier

Chemins de réflexion

Croire et savourer le moment présent

Cette question est d’une intensité presqu’insoutenable. Quoi, mon dernier jour ?
Elle me plonge dans des abîmes que j’aimerais mieux éviter. Incertitude, stress, urgence,
peur, perte.

La vie reste fragile tout de même…

Si je savais que je vivais mon dernier jour, est-ce que j’abandonnerais les préoccupations futiles pour me concentrer sur des moments de vérité, l’instant présent, les rires, les étreintes, la beauté des choses simples ?

Je me souviens avec une grande émotion du témoignage de foi de ma grand-mère, juste avant sa mort : « Je n’ai pas peur de mourir, car je sais que je serai en Dieu. Je suis sûre que je vais retrouver tous ceux que j’ai aimés, et vous tous aussi, un jour. » Et puis, sans transition : « Et pour décorer le temple à mon enterrement, tu pourras mettre des jonquilles dans le vase qui est là-bas, dans ce placard. Tiens, d’ailleurs, sors-le, tu vas le nettoyer. Il sera prêt. »

Ce sera peut-être comme ça, mon dernier jour, continuer à croire et savourer le moment présent. Témoigner et transmettre, donner des billes à ceux qui vont rester, des occasions de se souvenir de moi avec tendresse et amusement.
Élisabeth Walbaum, déléguée à la réflexion et l’animation spirituelles à la FEP

Le dernier jour du reste de ma vie

Ce que je ferais ?! Partir en courant ! Mais pour aller où ? Resterais-je au lit, tétanisé, implorant, attendant l’heure ?
M’offrirais-je un grand cru de Pessac-Léognan ? Ou aurais-je la foi de Luther pour planter un pommier ?

À bien considérer l’affaire, je pense que je me glisserais dans ce dernier quotidien comme dans les précédents. Je prendrais un café, j’irais au travail, je prendrais part à la réunion d’équipe et au déjeuner entre collègues, avant d’aller chercher mes petits à l’école… Ce serait mon dernier jour.

Mais je demanderais une chose à Dieu : que chacun de ces instants soit revêtu d’une grâce particulière, d’une intensité insoupçonnée, d’un parfum extraordinaire. Que chacune de mes paroles, chacun de mes regards et de mes gestes soit empreint d’une force d’amour, d’une légèreté inhabituelle, d’une gratuité absolue. Que je ne cherche plus à protéger ma vie en face des autres, mais que chaque moment programmé devienne l’occasion d’une aventure nouvelle et libératrice. Qu’en perdant le contrôle de ma vie, je puisse la trouver enfin, découvrant dans l’éclat de ce jour dernier la lumière même de l’éternité.

Dans la rencontre avec le Christ, ce dernier jour vécu dans l’abandon de soi à la grâce de l’Autre,
pourrait bien devenir le premier d’une vie radicalement transformée.
Pierre Lacoste, pasteur de l’Église libre de Bordeaux-Pessac

Je pense que je me glisserais dans ce dernier quotidien comme dans les précédents.

Il ne reviendra pas

Nous accompagnons des enfants en situation de polyhandicap et sommes parfois confrontés à leur dernier jour.

Nous respectons les besoins de la famille et de l’enfant. Le dernier jour peut être vécu dans l’intimité du foyer ou à l’hôpital, auquel cas des membres de notre équipe se relaient au chevet de l’enfant.

Nous accueillons certains enfants depuis quasiment leur naissance, des vrais liens de confiance se sont tissés. Lorsque la question du dernier jour se présente, ils ne sont pas seuls, nous les accompagnons au départ en douceur. Notre présence est bienfaisante pour l’enfant, et aidante pour la famille.

Un décès d’enfant, c’est éprouvant pour toute l’équipe. Nous évoquons souvent le dernier jour mais on oublie trop souvent l’après, difficile à vivre. Nous avons un partenariat avec l’équipe des soins palliatifs qui nous soutient pendant l’accompagnement et après le décès. C’est important de parler. C’est rassurant de savoir que tout a été fait pour soulager l’enfant, qu’il n’a pas souffert.

Pour les autres enfants, le manque est là. Le copain est parti à l’hôpital et on pose des mots, une photo, il ne reviendra pas. Des activités sont proposées pour que tous puissent lui rendre hommage.

Côtoyer la mort nous rend humbles, on vit plus intensément le quotidien, en essayant de faire le maximum pour les enfants.

Il n’y en a qu’un qui sait quand sera notre dernier jour. Il est là-haut et il gère.
Yannick Strescher, directeur du pôle handicap de l’association Résonance à Logelbach (68)

Et pourtant maintenant je ne puis plus écrire
que pour chanter à toi mon Seigneur et mon Dieu
pour trouver au-delà des instances humaines
ce qu’inlassablement tu recrées de nouveau
De nouveau ! ah nouveau ce simple jour à vivre
que tu me donnes encor dans ta grande pitié et
nouveau cet espoir au-delà des désastres
et nouveau ce regard émerveillé par toi.
Amen
En partenariat avec Radio Omega

Chaque semaine la Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumoniers et acteurs de terrain dialoguent.

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