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La Boussole

La Boussole IV - 2

Et quand mon origine complique la relation ?

Vous aimerez l’émigré, car au pays d’Égypte vous étiez des émigrés.

La Bible, Deutéronome, chapitre 10, verset 19
Fati,
Sophie Jourdan

Chemins de réflexion

Respect et bienveillance envers tous

Qui de nous ne s’est jamais senti étranger, « pas à sa place » en arrivant auprès
de personnes inconnues ou dont les réactions nous déstabilisent ? Parfois malheureusement, s’ajoutent à ce malaise des propos blessants parce qu’ils touchent à notre origine, donc à ce qui constitue une part primordiale de notre personne.
Nous pouvons choisir de laisser de côté ces paroles, prêts à nous adapter à de telles remarques ou à trouver des excuses à ceux qui nous les ont adressées.
Dans certains cas, malheureusement trop peu fréquents, nous disposons de recours auprès d’autorités compétentes puisque de tels propos sont contraires à nos droits, notamment dans le milieu du travail… Encore faut-il que ces droits soient appliqués, et ils ne peuvent pas l’être, en tout état de cause, avec certaines personnes jugées irresponsables. Une oreille attentive et bienveillante sera bien sûr une aide, un secours face au malaise que nous pouvons alors ressentir.
La Bible n’ignore pas pareilles situations ; elle rappelle de nombreuses fois au peuple hébreu qu’il a été longtemps étranger en Égypte, où il était même devenu esclave. C’est pourquoi Dieu lui demande d’aimer l’étranger qui se trouve près de lui, et ce commandement s’applique à nous aujourd’hui. Cet amour pour l’étranger, si bien décrit dans la Bible, doit se manifester par le respect et la bienveillance envers tous, dans nos paroles comme dans nos actes.
Mario Holderbaum et Bruno Landais, pasteurs, Église tzigane Vie et Lumière

La Bible n’ignore pas pareilles situations ; elle rappelle de nombreuses fois au peuple hébreu qu’il a été longtemps étranger en Égypte, où il était même devenu esclave.

Le racisme est tabou

Je visite régulièrement un monsieur fort âgé dans un Ehpad. Il se plaint souvent du personnel et mêle à ses récriminations des propos racistes à l’encontre des soignants d’origine étrangère. Il n’est malheureusement pas un cas isolé. Je sais par expérience que les remarques ouvertement ou indirectement racistes sont une réalité dans le monde du soin.
Elles créent des situations délicates et tendues que les aides-soignantes – les plus concernées – gèrent au mieux au quotidien. Le plus souvent, elles s’abstiennent de réagir et refusent de s’aventurer dans la conversation. Rares sont celles qui se plaignent auprès de leur hiérarchie. C’est ce que j’ai cru comprendre lors de mes discussions avec les unes ou les autres.
Vis-à-vis des personnes âgées en situation de vulnérabilité, cette attitude bienveillante et tolérante se comprend.
Et n’y a-t-il pas quelque chose d’évangélique dans une réponse douce à la violence ? Le racisme dans le monde du soin est un sujet trop souvent tabou. Il faut en parler. En commençant par donner la parole à ces femmes et ces hommes d’origine étrangère qui prennent soin des plus fragiles (parfois dans des conditions difficiles qui ne relèvent pas de leur responsabilité) et sont confrontés aux remarques racistes sur leur lieu de travail.
Je pense que nos institutions, garantes du cadre de travail, ont une responsabilité dans ce domaine qui n’est pas toujours pensée ou mise en oeuvre.
Andreas Lof, aumônier de la Fondation des Diaconesses

Vous êtes de quelle origine ?

Quand je rentre dans une chambre, on me prend toujours pour une aide-soignante parce que je suis noire. Si je suis avec une aide-soignante blanche, les patients s’adressent systématiquement à elle et elle doit expliquer que c’est moi l’infirmière. C’est très habituel.
Il y a aussi la question récurrente : « Vous êtes de quelle origine ? ». Parfois je réponds de Suède, ou bien du Japon. Certains insistent : « Mais vos parents ? » J’essaie de rester aimable. Ce n’est pas facile. Hier une aide-soignante, une grande femme blonde de type scandinave, est entrée juste avant moi dans une chambre. Je l’avais à peine rejointe que déjà le patient me posait la question. Je lui ai demandé s’il avait aussi interrogé ma collègue sur son origine.
Quelquefois, les réflexions racistes fusent : une dame d’un Ehpad a refusé de prendre ses médicaments parce qu’elle n’aimait pas la couleur de ma peau et ne me faisait pas confiance. J’ai relaté l’incident à l’équipe, mais mes collègues ont simplement commenté : « Ah oui, c’est vrai, elle est raciste ! »
Le racisme existe aussi dans les équipes. Quand j’ai pris contact par téléphone avec la cadre d’un établissement dans lequel je devais faire un remplacement, elle m’a tout de suite arrêtée : « C’est quoi cet accent, vous venez d’où ? » Ce n’est pas normal que je sois obligée de faire de l’humour, de supporter tout ça, de prouver que je suis aussi compétente qu’une blanche… Je pense que les personnes racistes, il faut les remettre en place. Gentiment bien sûr, mais les remettre en place.
Marthe, infirmière (85)

Seigneur,
c’est d’abord auprès de toi que nous trouvons une écoute bienveillante lorsque des propos nous ont blessés.
Apprends-nous à avoir la même écoute quand des personnes nous font part des torts
qu’elles ont subis à cause de leur origine.
Aide-nous aussi à être attentifs à nos paroles comme à nos attitudes pour ne pas blesser ceux que nous rencontrons.
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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