Hommes de Galilée,
La Bible, Actes, chapitre 1, verset 11
pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ?

Hubert Oddo
Chemins de réflexion
On n’est pas toujours en mesure de voir
Nos sociétés modernes sont construites sur un idéal de transparence : toute décision
se prendrait en connaissance de cause, il serait nécessaire d’avoir toutes les informations
pour choisir sa vie. Mais cet idéal se heurte à notre difficulté à assumer la réalité.
Connaissez-vous la boutade : « Il n’y a pas de problème parce qu’il n’y a pas de solution » ?
J’ai deux souvenirs parlants. L’un dans un quartier de Saint-Denis (93) dont les habitants
ne citaient jamais comme un problème l’autoroute qui longeait la cité, malgré le bruit et
la pollution qu’elle engendrait.
L’autre dans une cité de Gennevilliers (94) dont les résidents passaient délibérément sous
silence le délabrement des réseaux électriques dans leur appartement.
Dans les deux cas, les habitants ne pensaient pas que ces difficultés pourraient être
résolues. Alors à quoi bon leur donner une existence ?
De la même manière, il n’est pas toujours bon de mettre des personnes en face de leurs
limites ou de leurs contradictions : ont-elles les moyens de les dépasser ?
Accepter qu’il n’est pas toujours possible de tout voir peut être une forme de charité.
Stéphane Lavignotte, pasteur
Il n’est pas toujours bon de mettre des personnes en face de leurs
limites ou de leurs contradictions
Dieu voit et pourvoit
Ma pratique pastorale dans le secteur médico-social auprès d’adultes en situation de handicap me place souvent face à des personnes non verbales.
Je me demande quel regard je peux porter sur leurs réactions quand je raconte un récit biblique. Mais pourquoi cette question ?
Est-ce que je cherche une approbation, un signe de reconnaissance, une récompense émotionnelle de leur part ?
N’est-ce pas égoïste de vouloir tout maîtriser, tout comprendre ?
C’est alors que j’essaie de porter un regard aimant sur ces pesronnes en faisant moi-même un acte de foi : faire confiance à Dieu qui, j’en suis convaincu, par la présence de son Esprit, est capable de voir ce que moi-même je suis incapable de repérer.
Vivre l’Évangile, c’est la grâce de simplement accepter la présence de l’autre comme un cadeau. Célébrer ensemble la vie en partageant un temps de communion autour d’un récit biblique porteur de sens pour chacun. Le Christ est-il présent ou absent à ce moment-là, se trouve-t-il à mes côtés ou agit-i là distance pour que la vie avance à travers la rencontre ?
Même si je ne peux pas tout voir, je peux faire confiance à ce Dieu d’amour qui voit plus loin que moi. Il pourvoit à ce qui est nécessaire pour que nous vivions ce moment avec nos sens aiguisés mais le coeur en paix.
Christian Apel, pasteur-aumônier, Fondation John BOST
Marchons par la foi si ce n’est par la vue
Notre système sensoriel ne nous permet de voir qu’assez peu de choses, dans un spectre restreint ;
chacun a une acuité singulière. Globalement, nous ne voyons ni l’immensément grand, ni l’immensément petit.
Nous ne percevons de notre prochain que son enveloppe corporelle. Certains imaginent des ressemblances, d’autres non ; certains voient les soucis, la détresse, la misère, d’autres non. Certains veulent les voir, d’autres non.
Comble de la difficulté, une même situation peut être vue par plusieurs personnes de manière totalement différente : les quatre évangélistes ne nous racontent-ils pas les mêmes événements, chacun avec sa sensibilité ?
Quand nous recrutons, nous ne pouvons appréhender que ce que le candidat est en mesure de – ou veut bien – nous montrer.
Que pouvons-nous voir ? Son visage, son regard, son sourire, la couleur de sa peau, sa silhouette, ses mimiques, ses gestes, son habillement, son système pileux, sa coiffure, son maquillage, ses tatouages…
Nous ne sommes pas capables de discerner ni de quantifier son empathie, sa bienveillance, sa bonté, sa spiritualité,
la qualité de son écoute… Il ne faut donc pas s’attacher ce que l’on voit, mais aller au-delà.
C’est là que les interrogations commencent et que chaque participant au recrutement a sa propre réceptivité.
C’est là que, à la suite de l’apôtre Paul, « nous marchons par la foi et non par la vue ».
Yves Roman, président de l’Association de gestion de la Résidence Les Landiers à Bron (69)
Seigneur,
Parfois je vois ce que je ferais mieux de ne pas voir,
et je ne vois pas ce qu’il faudrait que je voie.
Pardon pour ma vision sélective.
J’ai besoin que tu m’apprennes à regarder comme tu regardes
et à voir ce que tu aimerais que je voie
Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.