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La Boussole

La Boussole V - 24

Comment résister à la méchanceté ?

Mais moi je vous dis
de ne pas résister au méchant.

La Bible, Évangile de Matthieu, chapitre 5, verset 39
Pygargue à tête blanche,
Claire Tragel

Chemins de réflexion

Ne pas résister ne signifie pas laisser faire


Aumônier à l’hôpital, j’ai accompagné des personnes fragilisées par des paroles assassines.
Elles vivaient dans la crainte de subir la méchanceté d’un proche, d’un voisin ou d’un collègue.
Ces paroles dites « gratuites » – mais qui ne le sont pas – ratent rarement leur cible.
Elles blessent, offensent, écrasent. Il est difficile de les endiguer car elles se fraient un chemin
au détour d’une phrase ou sur le pas d’une porte.
J’ai mal quand quelqu’un de mon entourage commet des méchancetés. Ou quand, un jour,
je reconnais cette dérive en moi. La méchanceté a pour objectif de désenchanter le monde.
Elle a des effets destructeurs. Elle isole, elle tue l’espérance.
« Ne résiste pas au méchant » : ces paroles du Sermon sur la montagne m’interpellent.
Comment faire ? Dois-je ignorer la méchanceté lorsqu’elle s’exprime ? Regarder ailleurs ?
Il est vrai que parfois, mieux vaut fuir. Il est important d’accepter son existence et de pouvoir
la regarder en face. Si je résiste, je risque fort d’être entraînée dans un cycle de violence.
Ne pas résister au méchant ne signifie cependant pas le laisser faire.
Je peux toujours, avec humilité et patience, poser d’autres paroles ou d’autres gestes,
faire référence aux valeurs qui comptent pour moi et qui nous aident à vivre une vie
plus fraternelle.
Je peux le faire seule ou, mieux encore, avec d’autres.
Éliane Wild, pasteur Uepal, aumônier en Ehpad

Je peux le faire seule ou, mieux encore, avec d’autres.

C’est de l’abondance du cœur que la bouche parle


La méchanceté, exercée à l’encontre d’une personne ou d’un groupe, s’est très largement répandue avec la prolifération des réseaux sociaux. L’anonymat de la médisance ou de la calomnie, que l’on dénonçait il n’y a pas si longtemps chez les « corbeaux », est devenu quasiment banal. Les lois, dépassées par le succès des réseaux internationaux, ont bien du mal à encadrer ce déferlement, à protéger les victimes et à sanctionner les coupables.
Des images bibliques nous aident à comprendre les ravages que peut créer cette malveillance : ce sont celles d’un cheval débridé, d’un bateau dont le gouvernail n’est pas dirigé, d’un petit feu capable de détruire une grande forêt, et même d’un venin mortel !
Ces comparaisons nous permettent de mieux interpréter la parole du Christ.
Il nous demande de ne pas répondre « en miroir » à l’agressivité : il ne s’agit pas d’être passifs ni indifférents (Jésus a su utiliser des paroles sévères pour dénoncer les injustices) mais de ne pas attiser l’animosité.
Réalisons bien que ce n’est pas seulement un modèle à suivre : en effet, le Christ nous propose une véritable transformation de notre cœur car, précise-t-il, c’est du contenu de celui-ci que notre bouche parle.
Soyons réceptifs à son invitation.
Mario Holderbaum et Bruno Landais, pasteurs, Église tzigane Vie et Lumière

Un numéro d’équilibriste entre bienveillance et fermeté


Il arrive que les enfants que nous accueillons fassent du mal délibérément. Cette méchanceté n’est souvent qu’une réaction de défense, une carapace qui dissimule une souffrance.
Accueillir l’émotion qui se cache derrière les paroles agressives et les gestes violents permet de rejoindre le besoin de l’enfant. Le défi est de maintenir le dialogue, respecter l’enfant et ne pas le rejeter.
Résister à la méchanceté suppose de ne pas se focaliser sur l’acte mais plutôt d’aller à la rencontre de l’autre, de le rejoindre dans sa douleur, même si elle peut paraître futile.
L’équilibre entre bienveillance et fermeté est difficile à trouver, d’autant plus quand on reçoit des coups. Être ferme ne veut pas dire être violent. Même si nous sommes parfois amenés à contenir physiquement l’enfant, nous nous gardons de devenir maltraitants.
J’ai réalisé que la douceur est un atout, une force. Elle demande plus de temps et d’énergie, plus d’engagement personnel mais les bénéfices sont nombreux. S’attaquer au cœur du problème donne plus de résultats, à long terme, que d’agir sur les symptômes.
Certains jours, je n’arrive plus, humainement, à accueillir l’autre. Les forces me manquent pour répondre sereinement. Pour éviter d’entrer dans le jeu de la violence, de la méchanceté, je laisse la main à un collègue et je m’isole pour faire baisser la tension, ne pas déraper… et puiser les forces auprès du Dieu de l’impossible.
Nicolas Muller, éducateur, foyer d’accueil d’urgence pour enfants placés, Strasbourg

Aide-nous, Seigneur, à maîtriser notre comportement
et surtout notre langage pour ne pas blesser autrui.
Aide-nous aussi à ne jamais répondre à la malveillance
par des actes ou des propos méchants.
Merci pour ton invitation à transformer notre être intérieur :
nous en avons tellement besoin !

Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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